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CÉLINE la petite musique

Œuvre

Mort à crédit

Les plus beaux passages de Mort à crédit, composés à la main et vérifiés mot pour mot.

Elle a tout fait pour que je vive, c’est naître qu’il aurait pas fallu.
L’essentiel, c’est pas de savoir si on a tort ou raison. Ça n’a vraiment pas d’importance … Ce qu’il faut c’est décourager le monde qu’il s’occupe de vous … Le reste c’est du vice.
J’étais sec comme trente‑six mille triques ! J’étais le coriace débauché ! La substance de bouse … Un corbeau des sombres rancunes … J’étais la déception de la vie ! J’étais le chagrin soi‑même.
Le Destin bouffe les prières comme le crapaud bouffe les mouches … Il saute après ! il les écrase ! les bousille ! les gobe !
C’est ça la présence de la mort … C’est quand on cause à leur place
Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste … Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini.
Elle savait Mme Bérenge que tous les chagrins viennent dans les lettres.
J’aime mieux raconter des histoires. J’en raconterai de telles qu’ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde.
Si j’avais bien dormi toujours j’aurais jamais écrit une ligne.
Il n’est point de douceur en ce monde Gwendor ! rien que de légende ! Tous les royaumes finissent dans un rêve ! …
Tout trahit Gwendor … Les passions n’appartiennent à personne, l’amour, surtout, n’est que fleur de vie dans le jardin de la jeunesse.
Pour se défendre contre la vie faudrait des digues dix fois plus hautes qu’au Panama et de petites écluses invisibles.
Elle a couru derrière moi, la folie … tant et plus pendant vingt‑deux ans. C’est coquet. Elle a essayé quinze cents bruits, un vacarme immense, mais j’ai déliré plus vite qu’elle, je l’ai baisée, je l’ai possédée au « finish ».
C’est pas gratuit de crever ! C’est un beau suaire brodé d’histoires qu’il faut présenter à la Dame. C’est exigeant le dernier soupir.
Sa mémoire c’est tout ce qu’il a laissé mon père et des tombereaux d’emmerdements. Ça la possède le Souvenir ! Plus qu’il est mort et plus qu’elle l’aime ! C’est comme une chienne qu’en finit pas …
Il avait du cœur au fond. Moi aussi j’avais du cœur. La vie c’est pas une question de cœur.
Ils ont mis quand même quarante ans toujours ensemble, à se suicider.
Il faut avouer que le Passage, c’est pas croyable comme croupissure. C’est fait pour qu’on crève, lentement mais à coup sûr, entre l’urine des petits clebs, la crotte, les glaviots, le gaz qui fuit. C’est plus infect qu’un dedans de prison.
Sous le vitrail, en bas, le soleil arrive si moche qu’on l’éclipse avec une bougie.
On y reviendra, on se fatigue de tout sauf de dormir et de rêvasser.
Toute jaune et rouge qu’était maintenant sa figure avec beaucoup de sueur dessus, comme un masque qui serait en train de fondre
« Travaille bien mon petit Ferdinand ! » qu’elle a chuchoté … J’avais pas peur d’elle … On se comprenait au fond des choses
On tenait déjà pas beaucoup de place et pourtant on aurait voulu pouvoir nous rapetisser toujours … Demander pardon à quelqu’un, à tout le monde … On se pardonnait les uns aux autres … On suppliait qu’on s’aimait bien … On avait peur de se perdre encore … pour toujours … comme Caroline …
quand on l’a sentie une fois … on la sent après partout … malgré les fleurs … dans le parfum même … après soi … Ça vous tourne … ça vient du trou … on croit qu’on l’a pas sentie. Et puis la revoilà ! …
On a regardé l’Angleterre comme on débarque dans l’Au‑delà
La pluie d’Angleterre c’est un Océan suspendu … On se noie peu à peu …
Depuis qu’il m’avait dit ces mots à propos d’entrer dans la vie, je les regardais les petits compagnons, comme si jamais je les avais vus … L’angoisse d’être reçus les coinçait tous contre la table, ils se tortillaient comme dans un piège. C’était ça rentrer dans la vie ?
La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle‑là qu’on en crève.
Pour nous l’âme, c’était la frousse. Dans chaque piaule, la peur de manquer elle suintait des murs …
Pour redonner aux clients le goût du ciselé, j’aurais découpaillé la lune.
je maigrissais de plus en plus … Sauf des biceps bien entendu. Je grandissais encore des pieds. Je grandissais de l’âme … de partout … Je devenais sublime
Les malheurs ça se fatigue aussi
C’est curieux quand même quand on n’a plus pour respirer que des endroits tous bien horribles
Il s’est mis dès le premier instant à bégayer tellement si fort, qu’il lui venait comme de la vapeur à la place des mots … On le comprenait plus … Seulement qu’il soufflait des fusées … Sa casquette partait en bourrasque … Elle s’envolait de tous les côtés … Il tapait dessus à tour de bras … Il s’en défonçait le cassis … Il se gonflait encore toute la bouille … absolument cramoisi … avec des sillons livides … Il changeait de couleur. Il tournait violet.
L’univers, pour lui, n’était plus qu’un énorme acide … Il avait plus qu’à essayer de devenir tout « bicarbonate » …
Bientôt, il serait plus que des trous … Les étoiles passeraient à travers avec les renvois.
J’emportais tout en Angleterre, des bons principes … Des excellents … et la grande honte de mes instincts.
C’est bien agréable une langue dont on ne comprend rien … C’est comme un brouillard aussi qui vadrouille dans les idées … C’est bon, y a pas vraiment meilleur … C’est admirable tant que les mots ne sortent pas du rêve
Elle m’embrassait tellement fort, dans une trombe tellement violente, que j’en vacillais … La force d’un cheval en tendresse qui lui remontait dans ces cas‑là du fond de sa carcasse biscornue … Ça la trempait à l’avance les séparations. Ça la retournait tout entière, une terrible tornade, comme si son âme lui serait sortie du derrière, des yeux, du ventre, de la poitrine, qu’elle m’en aurait foutu partout, qu’elle en illuminait la gare …
Ça me semblait tout d’un coup qu’on ne me rattraperait plus jamais … que j’étais devenu un souvenir, un méconnaissable, que j’avais plus rien à craindre, que personne me retrouverait jamais …
Ça va les tendresses ! les aveux ! C’est comme les familles ! Ça se repère pas du premier coup, mais c’est pourri et compagnie, c’est fourmillant d’infection
C’est tout à fait comme les fleurs … Aux plus belles le plus puant fumier ! … La saison dure pas si longtemps !
Plus tard c’était l’accalmie, le grand domaine des brouillards … Ça devenait alors tout magique … Ça devenait comme un autre monde … On voyait plus à deux pas autour de soi, au jardin … Y avait plus qu’un nuage, il entrait doucement dans les pièces, il cachait tout, il passait peu à peu partout, dans la classe, entre les mômes … Les bruits de la ville, du port, montaient, remplissaient l’écho …
C’est toute la beauté la nuit … ça vient se rebiffer contre vous … ça vous attaque, ça vous emporte … C’est impossible à supporter …
Quand elle passait d’une pièce à l’autre, ça faisait comme un vide dans l’âme, on descendait en tristesse d’un étage plus bas …
Elle est rauque l’eau, elle fait des bruits creux … des étranglements, dans des grands nœuds jaunes … Elle se penchait juste au‑dessus Nora, et puis elle relevait vite la tête … Elle regardait là‑bas, très loin, le jour qui sombrait derrière les maisons de la côte … Ça faisait une lueur sur son visage … Une tristesse qui faisait trembler tous ses traits
Ce lourd bagage de vertus sincères me sera compté, j’en ai peur, plutôt à charge qu’à crédit, le jour où se régleront mes comptes ! …
L’avenir c’est pas une plaisanterie
Ils se recroquevillaient dans le malheur, ils se décomposaient, ils se mutilaient du désespoir, ils se morfondaient férocement pour opposer moins de surface … Ils essayaient de se faufiler par‑dessous les catastrophes …
Cloches ! … Sous cloche qu’on était ! sous cloche qu’il fallait demeurer ! Toujours et quand même ! Un point c’était tout ! … C’était la loi du plus fort !
C’est le roman qui pousse au crime encore bien pire que l’alcool
Je pourrissais dans la saison, croulant de sueur et de honte, rampant les étages, suintant après les sonnettes, je dégoulinais totalement, sans vergogne et sans morale.
Déjà c’est joli les cierges, ça fait des buissons fragiles … tout frétillants dans le grand velours sombre des voûtes … Ça m’hallucinait … Peu à peu ça m’endormait …
Les refrains s’enlaçaient quand même dans la jolie nuit tombante, à travers les zéphyrs pourris … Le monstre aux cent mille braguettes, écroulé sur les martyrs, remue la musique dans son ventre
C’est comme un monde tout caché qui vient saccader dans les mains … C’est la vie ! … Faut la sentir bien
« Les muscles, Ferdinand, sans l’esprit, c’est même pas du cheval ! Et l’esprit quand y a plus les muscles c’est de l’électricité sans pile ! Alors tu sais plus où la mettre ! Ça s’en va pisser partout ! C’est du gaspillage … C’est la foire ! … »
« Un jour, Ferdinand, je partirai … Je partirai au diable, tu verras ! Je partirai très loin … Je m’en irai tout seul … Par mes propres moyens ! … Tu verras ! … »
Telle était sa destinée, son entraînement, sa cadence, de mettre l’univers en bouteille, de l’enfermer par un bouchon et puis tout raconter aux foules … Pourquoi ! et comment ! …
Il aurait fait par conviction passer toute la foudre entière dans le petit trou d’une aiguille, l’aurait fait jouer sur un briquet, le tonnerre dans un mirliton.
Il avait le sens du désordre … Il plaignait tous ceux qui l’ont pas … Tout l’ordre est dans les idées ! Dans la matière pas une trace !
Achetez jeune ! Faites souple ! Ne bâtissez pas ! Montez ! Bâtir c’est la mort ! On ne bâtit bien que des tombes ! Achetez vivant ! Demeurez vivants !
“ Courtial n’a commis qu’une erreur ! Mais elle était fondamentale ! Il avait pensé que le monde attendait l’esprit pour changer … Le monde a changé … C’est un fait ! Mais l’esprit lui n’est pas venu ! … ”
S’il existe un truc au monde, dont on ne doit jamais s’occuper qu’avec une extrême méfiance, c’est bien du mouvement perpétuel ! … On est sûr d’y laisser des plumes
Ô tu es funèbre Ferdinand ! sans en avoir l’air ! Tes eaux sont troubles ! Que de monstres Ferdinand ! dans les replis de ton âme !
on a beau être jeune quand on s’aperçoit pour le premier coup … comme on perd des gens sur la route … des potes qu’on reverra plus … plus jamais … qu’ils ont disparu comme des songes … que c’est terminé … évanoui … qu’on s’en ira soi‑même se perdre aussi … un jour très loin encore … mais forcément …
dans tout l’atroce torrent des choses, des gens … des jours … des formes qui passent … qui s’arrêtent jamais …
C’est pas nous, Irène ! C’est l’époque ! … C’est la débâcle qu’est générale
Le génie il pourrit sur place ! … Voici l’exacte vérité ! … Il ne se vend pas ! Il se ramasse ! Il est Gratis pro Deo. C’est moins cher que les allumettes …
Dès que dans l’existence ça va un tout petit peu mieux, on ne pense plus qu’aux saloperies.
Moi hier encore au zénith ! Perclus de faveurs ! Moi qu’on adule ! Moi qu’on plagie ! Moi qu’on harcèle ! Qu’on fête alentour divinement ! Que dis‑je ? Qu’on prie des quatre coins du monde ! Tu l’as vu ? Tu l’as lu ! … Et puis aujourd’hui ? … Patatrac ! Broum ! ! ! … Plus rien ! La foudre est tombée !
C’est comme une bête immense la ville, c’est écrasé dans l’horizon … C’est noir, c’est gris … ça change … ça fume … ça fait un bruit triste, ça gronde tout doucement … ça fait comme une carapace … des crans, des trous, des épines qui raccrochent le ciel …
J’ai dégusté moi la pâtée ! … la jeunesse ! La merde ! …
Les détails n’ont pas d’importance ! … Ils obscurcissent toute la vie ! … Ce qu’il faut c’est la résolution ! … La Grande ! …
« Bonne chance ! Bonne chance ! » à la craie … en très grosses lettres majuscules … Et c’était bien son écriture …
Les enfants, c’est comme les années, on les revoit jamais.
Plus c’est l’opulence et tant plus c’est la charogne ! … C’est terrible les compagnies ! …
Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.
Ils ont changé d’âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler toujours d’autre chose …
C’est inépuisable les rides, le fronton infect des belles années dans la viande.
Si les choses nous emportaient en même temps qu’elles, si mal foutues qu’on les trouve, on mourrait de poésie.
Ma grande rivale c’est la musique, elle est coincée, elle se détériore dans le fond de mon esgourde … Elle en finit pas d’agonir … Elle m’ahurit à coups de trombone, elle se défend jour et nuit.
C’est moi les orgues de l’Univers … J’ai tout fourni, la bidoche, l’esprit et le souffle … Souvent j’ai l’air épuisé. Les idées trébuchent et se vautrent. Je suis pas commode avec elles.
Quand la fièvre s’étale, la vie devient molle comme un bide de bistrot … On s’enfonce dans un remous de tripes.
Les souvenirs anciens c’est tenace … mais c’est cassant, c’est fragile
On a crevé dans notre famille pour l’honneur du petit commerce … On est pas nous des ouvriers ivrognes et pleins de dettes … Ah ! non. Pas du tout ! … Il faut pas confondre ! … Trois vies, la mienne, la sienne et puis surtout celle à mon père ont fondu dans les sacrifices …
Plus loin que la route, c’est les arbres, les champs, le remblai, des mottes et puis la campagne … plus loin encore c’est les pays inconnus … la Chine … Et puis rien du tout.
C’est triste les raclures du temps … c’est infect, c’est moche.
Il comprenait pas que les choses périssent.
C’est vicelard comme tout la cliente, plus c’est huppée mieux c’est voleuse.
Sur le fond cru du gaz, y avait les musiques des bistrots, leurs portes qui chavirent. On se sentait menacés. On repassait vite sur l’autre trottoir, ma mère avait peur des ivrognes. La gare c’était dedans comme une boîte, la salle d’attente pleine de fumée avec une lampe d’huile en haut, branleuse au plafond. Ça tousse, ça graillonne autour du petit poêle, les voyageurs, tout empilés, ils grésillent dans leur chaleur. Voici le train qui vrombit, c’est un tonnerre, on dirait qu’il arrache tout.
C’est à la lumière au pétrole qu’elle réparait, notre ouvrière. Elle s’enfumait, elle se crevait les yeux avec ça.
Les baffes, ça suffit pas tout de même. Mon père, en prévision que je serais sans doute voleur, il mugissait comme un trombone.
Les mômes qui ne sortaient jamais, la transition leur fut trop forte. Ils étaient morts au grand air !
Ils sont morts dans les bras l’un de l’autre. Ça faisait un quart d’heure à peine qu’il était sorti.
Elle a collé un papier, c’était court en grosses majuscules … : MENTEUR … Tout le monde s’est mis à rigoler. Le charme était bien rompu
Mon oncle juché sur son enfer, en scaphandrier poilu, environné de mille flammèches, nous adjure au‑dessus du guidon de nous cramponner au bazar ! … Mon père nous suit à la trace. Il pédale à notre secours. Il ramasse tous les morceaux au fur et à mesure qu’ils se débinent, des bouts de commande et des boulons, des petites goupilles et des grosses pièces. On l’entend jurer, sacrer plus fort que tout son pétard.
Ils mangent tout dans la même séance, la rose et la merde qu’est au pied
en quelques minutes, des millions et des millions, et tout l’honneur d’une famille et tous les châteaux s’envoler.
Il m’est monté dans tout le corps de telles bouffées de fièvre … un afflux de chaleur si dense, que je me croyais devenu un autre.
Elle était devenue si vieille depuis l’hiver précédent, qu’elle avait plus de figure du tout, rien qu’une pâte molle à la place
Les hommes ça n’a pas de ressort, au lieu de remonter le courant, il s’est barré au loin avec une donzelle.
On mangeait plus qu’une fois sur deux … On remplaçait depuis longtemps les allumettes du fourneau par des papillotes.
Il parlait déjà qu’on se suicide avec un fourneau grand ouvert. Ma mère réagissait même plus …
Je restais son tourment, sa croix.
Elles osent aborder nulle part. L’éclusier bouffi crache trois fois sa chique, tombe la veste, ramone et râle sur la chignole … La porte aux pivots tremblote, grince et démarre à petits coups … Les remous pèsent … les battants suintent et cèdent enfin
En bas, la campagne … la plaine … le vent qui prend son élan … trébuche au fleuve … tourmente le bateau‑lavoir … C’est l’infini clapotis … les triolets des branches dans l’eau …
Il a écrit avec une craie sur sa porte : Je reviendrai jamais.
Les falaises aussi c’est dangereux. Chaque année des familles entières sont écrabouillées sous les roches. Une imprudence, un faux pas, une réflexion malheureuse … La montagne se renverse sur vous
Le Phare écarquille la nuit … L’éclair passe sur le bonhomme … Le rouleau de la grève aspire les cailloux … s’écrase … roule encore … fracasse … revient … crève …
C’est la crête fumante, redressée, bétonnée de cent mille galets, grondante qui s’écrase et me happe. Transi, raclé, l’enfant vacille et succombe … Un univers en cailloux me baratine tous les os parmi les flocons, la mousse.
C’était le grand silence dans les rangs, la timidité, les inquiétudes de l’accostage. Des cadavres seraient pas plus timides.
Il a compté dessus toutes les secondes jusqu’à la fin … La grande aiguille, ça le fascinait, celle qui court vite. Il bougeait plus à la regarder pendant des heures …
Souvent j’en croise, à présent, des indignés qui ramènent … C’est que des pauvres culs coincés … des petits potes, des ratés jouisseurs … C’est de la révolte d’enfifré … c’est pas payé, c’est gratuit … Des vraies godilles … Ça vient de nulle part … du Lycée peut‑être … C’est de la parlouille, c’est du vent.
Le patron c’est tout la charogne, ça pense qu’à vous débrayer … L’effroi du tréfonds, c’est d’être un jour « fleur », sans emploi
On n’avait qu’une chose de commun, dans la famille, au Passage, c’était l’angoisse de la croûte. On l’avait énormément.
C’est effrayant, en ce temps‑là, ce qu’on était polis
On retournait le ciel et la terre … mais la résurrection venait pas
La peine en ce temps‑là on en parlait pas. C’est en somme que beaucoup plus tard qu’on a commencé à se rendre compte que c’était chiant d’être travailleurs. On avait seulement des indices.
Le sang me reflue dans les veines … Je m’assois sur les marches … Je suis fait ! … Extra ! Paumé comme un rat ! …
Elle pleurait à genoux contre mon lit, comme si j’étais déjà mort … Elle marmonnait des prières …
J’aurais voulu disparaître … maigrir tellement qu’il me reste rien
En me redressant debout je sentais plus mes deux guibolles … J’allais comme saoul dans la rue … Les passants, ils me remarquaient … Je suis resté un bon moment planqué sous le petit tunnel à la Porte Saint‑Denis. J’osais plus sortir du trou … Je voyais de loin les omnibus, ils ondulaient dans la chaleur … J’avais des éblouissements …
Mon père, il était comme ça. Il avait toujours placé les tourments moraux, bien au‑dessus des tourments physiques … Bien plus respectables ! … Essentiels !
Mourir, moi ? Ah ! là ! là ! La mort ? Oh ! mais je ne demande que ça moi ! Mourir ! Vite ! Ah ! là ! là ! Alors tu parles comme je m’en fous ! Mais c’est ce que je désire moi la mort ! …
C’était comme un truc déglingué, le piano du vrai malheur qu’aurait plus que des notes atroces … Même remonté dans le wagon je craignais encore qu’elle me repoisse …
Le chagrin est venu quand même, d’une façon pire que j’aurais cru, au moment de partir. C’est difficile de s’empêcher.
Encore un petit coup à la bière … On pourra jamais se relever … Alors ça sera beaucoup mieux
À toute la perfidie des choses ! Du moment qu’on se laisse envelopper ! …
Ils en reviennent alors tout livides, dans le petit jour du matin … qu’on dirait qu’ils sont déjà morts
Dehors à travers le carreau, sur le trottoir, à présent, c’étaient des poissons qui passaient … On les voyait joliment bien … Ils allaient doucement … Ils ondulaient sur la vitrine … Ils venaient comme ça dans la lumière … Ils ouvraient la bouche, il en sortait de petits brouillards …
On vivait dans une vraie tornade. Dès que ça mugissait en tempête, ils gueulaient les mômes comme des sourds, ils s’entendaient plus … Y avait pas de Bon Dieu qui tienne ! Il fallait que ça pète ou que ça cède. Les arbres prenaient de la forte bande, ils restaient crochus, les pelouses étaient en lambeaux, arrachées par plaques.
C’était un royaume de fantômes
Toutes les vannes qu’on peut vous filer avec des paroles ! Merde ! Plus pour moi !
C’est l’entêtement moi, ma force
C’est une espèce de musique, ça vient comme d’une autre planète
Tous les sifflements du chemin de fer, ils s’enroulaient en serpentins à travers les buées du ciel … C’était un royaume de fantômes … Il fallait même rentrer vite … On serait tombés de la falaise …
Aux épaules, le corsage en soie il fait des lignes, des détours, des réussites de la viande, qui sont des images atroces, des douceurs qui vous écrabouillent
Faut se concentrer quand on est mince … T’ouvres toute ta gueule, on rentre dedans.
Au moment des accalmies, il arrivait des nuages tout roses, sur la terre et sur l’horizon … et puis les champs devenaient bleus … Comme c’était disposé la ville, les toits des maisons dévalaient en pente vers le fleuve, on aurait dit toute une avalanche, des bêtes et des bêtes … un énorme troupeau tour noir et tassé dans les brumes qui descendait de la campagne … Tout ça fumait dans les buées … jaunes et mauves …
Les jonquilles, les pâquerettes tremblotaient dans toutes les prairies … Le ciel est remonté chez lui, il gardait ses nuages comme tout le monde.
C’était comme de l’oiseau sa voix, ça battait des ailes, c’était partout dans la nuit, des petits échos …
Aux portes de la vieillesse, notre santé, minée déjà par les angoisses continuelles, les labeurs harassants, les revers, les perpétuelles inquiétudes, les privations de tous ordres, chancelle, s’effondre …
Une véritable fatalité s’acharne sur notre pauvre barque ! …
C’était fini l’indépendance ! Merde le Silence … Chiotte la vadrouille ! Il faudrait reprendre toute l’enfance, refaire le navet du début !
Ils étaient au diable à présent … de l’autre côté … au Canada … et puis d’autres en Australie … toutes voiles dehors … Ils ramassaient les baleines … J’irais moi, jamais voir tout ça
Le jeu valait plus la chandelle ! D’abord maman se rendait bien compte, elle se l’avouait dans les larmes, le goût des belles choses se perdait … c’était un courant pas remontable … Lutter même devenait imbécile, c’était se ronger pour des prunes …
Pourquoi s’évertuer sur le Beau ? Voilà ce que les dames demandaient ! Du tape‑à‑l’œil à présent ! Du vermicelle ! Des tas d’horreurs ! Des vraies ordures de bazar ! La belle dentelle était morte !
Tout le monde se fascine pour l’avenir … Chacun veut qu’on l’exproprie.
Elle en gémissait comme un chien, toute tordue sur le lino même … À plat par terre qu’elle s’étendait quand mon père était sorti. Elle trouvait ça plus frais que la plume.
Je me sentais là tout indigne, tout purulent, tout véreux … Je vois bien ce qu’il aurait fallu faire et je luttais désespérément,, mais je parvenais de moins en moins … Je me bonifiais pas avec l’âge … Et j’avais de plus en plus soif …
J’avais beau me fustiger, m’efforcer dans l’idéal à coups de suprêmes énergies, j’arrivais pas au sublime.
Tous les hommes d’abord à l’époque, ils le gardaient jusqu’à la mort, le sillon rouge autour du cou. C’était comme un signe magique.
À force de me préoccuper je me réveillais en sursaut dans le milieu de la nuit … J’avais une obsession comme ça, qui me possédait de plus en plus fort … Ça me tenaillait toute la bouille …
C’était plus qu’un énorme délire, un cratère tout dépecé sur quatre kilomètres de tour, tout grondant d’abîmes et d’ivrognes
Il sera trois heures ! Nom de Dieu ! Et puis quatre ! Et puis trente‑six ! Et puis douze ! Bordel de tonnerre ! …
Voilà toute la reconnaissance ! Pour toute une vie de sacrifices ! Deux existences en pleine angoisse ! Nous les vieux idiots ! les sales truffes toujours ! Nous toujours ! …
À présent, les jeux sont faits ! … La fatalité nous emporte ! Trop tard ! Trop tard ! Tu m’entends, Clémence ? Beaucoup trop tard !
On dirait que tout se décolle, que tout se débine en lambeaux … Ça trembloche comme dans une tempête, ça branle la carcasse, les dents qui chocottent …
Jamais je l’aurais cru si faible, si mou … C’était la surprise … je suis étonné … C’était facile à serrer …
Aux grilles des Tuileries j’oblique … Je traverse, je pénètre dans les jardins … y avait déjà une damnée foule … C’était pas commode du tout de trouver une place dans les herbes … et surtout à l’ombre … C’était beaucoup plus que comble … Je me laisse un peu caramboler, je dégringole dans un glacis, au revers d’un remblai, dans les pourtours du grand bassin … C’était bien frais, bien agréable … Mais il survient juste alors toute une armée de cramoisis, une masse compacte, râlante, suifeuse, dégoulinante des quatorze quartiers d’alentour
« Je veux pas finir en papier ! »
On parlait pas devant L’Angélus … C’était pas les « Rois du volant » ! … C’était pas pour les bavardages !
Son aplomb, sa compétence absolue, son irrésistible optimisme le rendaient invulnérable aux pires assauts des pires conneries
Pour Courtial rien n’était obscur, d’un côté y avait la matière toujours fainéante et barbaresque et de l’autre y avait l’esprit pour comprendre entre les lignes …
À peine effleurais‑je ma braguette, que je me sens, vous entendez ! Assommé ! Enlevé ! Propulsé effroyablement ! tel un fétu par la bourrasque ! Baoum ! Formidable ! une détonation inouïe ! … Les arbres, les feuillages alentour sont arrachés, fauchés, soufflés par la trombe ! L’air s’embrase ! Je me retrouve au fond d’un cratère et presque évanoui …
le désordre, mais mon ami c’est la belle essence de votre vie même ! de tout votre être physique et métaphysique ! Mais c’est votre âme Ferdinand !
Je reste bien avec l’Univers moi ! Je le laisse tel que je le trouve ! … Je ne le rectifierai jamais ! Non ! … L’Univers, il est chez lui ! Je le comprends ! Il me comprend ! Il est à moi quand je le demande ! Quand j’en veux plus je le laisse tomber !
Vous me comprenez, tout n’est pas dans un porte‑monnaie ! … Ferdinand ! Non ! Il n’y a rien dans un porte‑monnaie ! Rien ! … »
Vous embarquez ? Soit. Je vous accueille ! Je vous prends ! Soit ! Montez à bord ! Mais je vous le dis bien d’avance ! Pas un doublon dans les cales ! Rien dans les mains ! Peu dans les poches ! Point d’amertume ! Point de rancœur ! …
Tout branle ? Tout s’écroule ? Eh ! Tant mieux ! Je ne veux plus compter les étoiles 1 ! 2 ! 3 ! 4 ! 5 !
Les bureaux du Génitron en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire … Depuis le seuil de la boutique jusqu’au plafond du premier, toutes les marches, les aspérités, les meubles, les chaises, les armoires, dessus, dessous, c’était qu’enfoui sous les papelards, les brochures, tous les invendus à la traîne, un méli‑mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l’œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère
On pénétrait au petit bonheur, en tâtonnant un peu la route … on enfonçait dans une ordure, une fuyante sentine … dans la tremblotante falaise … Ça s’écroulait tout d’un coup ! Tout soudain la cataracte ! … Les plans, les épures en bombe ! les dix mille kilos grafouillés vous déambulaient dans la gueule ! … Ça déclenchait d’autres avalanches, une effroyable carambole de toute la paperasse bouillonneuse sur un ouragan de poussière … un volcan foireux d’immondices …
« Il plie beaucoup, mais ne rompt pas … »
Bâtir c’est la mort ! On ne bâtit bien que des tombes ! Achetez vivant ! Demeurez vivants !
« Tout commanditaire est un vrai oiseau pour s’enfuir, mais une tortue sur la douille. »
Notre magnifique territoire ! n’est‑il point jonché, du Nord au Midi, de ruines mélancoliques ! d’autrefois fières demeures ! Altiers manoirs ! parure de nos sillons, qu’êtes‑vous devenus ? Poussières !
Le temps passe ! Une minute ! Une heure ! À mon âge ? mais c’est déjà l’Éternité !
Si je monte, Mesdames, Messieurs, Mesdemoiselles, c’est pour l’instruction des Familles ! Voilà le but de toute ma vie ! Tout pour l’éducation des masses !
Les jeunes gens au jour d’aujourd’hui ont le goût du meurtre !
Tel un vieux jupon sur la corde, il était calamiteux …
Ferdinand ! Ferdinand ! Je suis un infect misérable ! Un abominable gredin … Tu peux parler d’infamie ! … J’ai tout perdu Ferdinand ! Tout notre mois, le mien ! le tien ! mes dettes ! les tiennes ! le gaz ! tout ! …
Tu vois dans quelle tourbe je m’enfonce ! … Ah ! Ferdinand ! Tu as raison ! Je croule dans ma fange ! …
Seulement si je revenais au Passage … moi je peux bien te l’avouer tout de suite … J’y tiendrais pas dix minutes ! … Je fouterais le feu à toute la crèche ! …
Jamais j’ai été si content qu’à cette époque au Génitron … Je faisais pas des projets d’avenir … Mais je trouvais le présent pas trop tarte
Merde ! Ce que ça vieillit vite un môme !
Il me montait une envie farouche … j’en tremblais moi de panique d’aller sauter dessus finalement … de me mettre là devant … qu’ils restent pile … Que je les accroche au costard … une idée de con … qu’ils s’arrêtent … qu’ils bougent plus du tout ! … Là, qu’ils se fixent ! … une bonne fois pour toutes ! … Qu’on les voye plus s’en aller.
On dirait une ascension, Ferdinand ! … Je m’élève ! … Je parcours un bout d’infini ! Je vais franchir ! … Je traverse déjà quelques nuages … Je vais voir enfin … Encore des nuages ! … La foudre m’étonne ! … Toujours des nuages … Je m’effraye ! … Je ne vois rien ! …
La vie extérieure me ligote ! … Elle me grignote ! Me dissémine ! … M’éparpille ! …
C’était mochement compromis l’avenir et nos jolis rêves ! … Y avait plus beaucoup d’illusions ! …
Mais j’aimerais mieux, tenez, Ferdinand ! vivre avec un singe véritable ! … Je le comprendrais lui à la fin ! … Il me comprendrait !
Il m’a fauché toute ma vie ! … Il m’a ruiné ma carrière ! … Il m’a séparée des miens ! … Le vampire ! La frappe ! … Et ma santé ? … Il m’aura comme ça tout bouffé ! complètement anéantie …
C’était des braves petites bêtes loyales et fidèles … Absolument familiales … Ils m’attendaient dans la soupente … Dès qu’ils m’entendaient remuer l’échelle … Ils roucoulaient double ! …
Avec les furieux, c’est franc … c’est une question de corrida … C’est de sauter la balustrade avant qu’ils vous écornent les tripes ! …
Je savais les phrases qui consolent … Les Profundis des Espérances ! …
L’espoir du trésor, c’est magique ! Y a rien qui puisse se comparer ! …
Ils savaient tous qu’il faut souffrir quand on a la foi ! La foi qui soulève les montagnes, qui renverse les mers …
Ils faisaient la révolution pour le plaisir d’être emmerdants ! …
C’est l’instant foireux où tous les magasins relâchent leurs petits maniaques, leurs employés trop ingénieux … Tous les folichons sont en bombe ! … Le grand éparpillage des fabriques, des manutentions … Ils se précipitent, ils sont nu‑tête, ils cavalent derrière l’omnibus ! … les artisans tracassés par les effluves du Progrès !
Les événements me libèrent … Me comprends‑tu ? … Dis ma buse ? … Ni amertume ! Ni rancune ! Ni dettes ! Ni protêts ! … Je m’en fous ! Tu m’entends bien ? Je chie sur le tout !
Profite de tout ce que tu vois ! Regarde ! Essaye de comprendre la grandeur, Ferdinand ! Tu n’en verras pas beaucoup !
Il est seul ! … Voilà ! Moi aussi je suis seul ! … Il est nu ! Moi aussi je suis nu ! …
Sa perte, c’est la prétention ! … Un jour, il revient, c’est la chimie ! … Le lendemain, c’est les machines à coudre ! … Après‑demain, ce sera la betterave ! Toujours quelque chose de plus neuf ! … Bien sûr qu’il arrive à rien !
Dans leur ventre, Ferdinand ! Pas dans leur tête ! Dans leur ventre ! Des clients pour leurs ventres ! Je m’adresse au ventre, Ferdinand ! …
L’esprit souffre ! … On le bafoue ! On me pourchasse ! On me glaviote ! En plein Paris !
Il allait, venait, comme bête en cage ! Et c’est lui pourtant qu’était sur la route ! La route est large ! …
Ah ! merde ! y en avait que pour eux des détresses, des marasmes, des épreuves horribles. Les miens ils existaient pas en comparaison !
Sûr que j’avais du chagrin … Sûr que je la trouvais bien malheureuse ! C’était au fait bien véritable ! Mais j’avais pas du chagrin pour aller le baver devant personne !
Depuis deux, trois mois, il ne dormait plus qu’une heure de nuit … Il en avait la tête ficelée par toute l’inquiétude … comme un seul paquet … le reste le concernait plus …
Sa peur de la révocation … c’était la plus terrible de toutes … ça le réveillait en panique … Il se redressait d’un bond sur le lit … « Au secours ! Au secours ! » qu’il hurlait
C’était un terrible équilibre pour qu’il sombre pas complètement … C’est elle qui faisait toute la voltige
« Les individus c’est fini ! … Ils ne donneront plus jamais rien ! … C’est aux familles, Ferdinand ! qu’il convient de nous adresser ! Une fois pour toutes, toujours aux familles ! Tout pour et par la famille ! … »
Quand elle s’était vouée à un truc, elle se vrillait dedans comme un boulon, fallait arracher toute la pièce ! …
À ceux que la vie quotidienne crucifiait lentement au fond des villes perverses, putrides, insanes ! … À ceux qui voulaient tenter l’impossible pour que leur petit chérubin échappe à l’atroce destinée d’un esclavage en boutique … d’une tuberculose de comptable
C’est toujours ainsi les voyeurs … ça se régale d’abord à plein tube … ça en perd pas un atome et puis quand la fête est finie … alors ça s’indigne ! …
On avait beau leur expliquer que c’est pas comme ça dans la vie … qu’on a tous nos obligations … que les honnêtes gens vous possèdent … tout au bout du compte
« Ferdinand ! Tu vois, mon brave … Ah ! Je voudrais bien être ailleurs ! Ailleurs tu sais tout à fait ! … Ailleurs ! que … ça serait … quoi … »
Les arbres en avaient la tremblote … Ils ramaient les fantômes du vent … Aussitôt vidées nos assiettes on retournait vite dans les tas de paille pour conserver notre chaleur ! …
On restait vautrés comme ça … des journées entières, tassés les uns dans les autres … sans ouvrir la bouche … sans nous dire un mot …
C’est pas marrant la famine
Le froid ça fait vachement rire ! …
Il l’étreignait dans ses bras … Le double canon lui rentrait à travers la bouche, lui traversait tout le cassis … Ça embrochait toute la compote … Toute la barbaque en hachis ! … en petits lambeaux, en glaires, en franges … Des gros caillots, des plaques de tifs … Il avait plus de châsses du tout … Ils étaient sautés … Son nez était comme à l’envers … C’est plus qu’un trou sa figure
Trente ans, que j’ai tout supporté … c’est pas une seconde trente ans ! … Et là c’est moi qu’on accuse ! … Après toutes les pires avanies ! … Après que j’ai tout enduré ?
J’ai pas dormi, depuis vingt ans, une seule nuit complète ! Si vous voulez tout savoir ! C’est la vérité absolue ! … On m’a tout enlevé à moi ! … le sommeil, l’appétit, mes économies ! …
Février c’est le mois le plus petit, c’est aussi le plus méchant ! …
C’est la fatigue qui la tuera
Une seule fois, quand tu regardes une chose … Tu dois la retenir pour toujours ! … Te force pas l’intelligence ! … C’est la raison qui nous bouche tout … Prends l’instinct d’abord …
Le ciel était d’une grande clarté … Je crois que jamais je l’avais vu si net … Ça m’a étonné ce soir‑là comme il était découvert … Je reconnaissais toutes les étoiles … Presque toutes en somme … et je savais bien les noms ! …
Je veux m’en aller, mon oncle ! … Je veux partir ! … Je veux partir loin ! … Comment t’en aller ? … Partir où ? … En Chine ? … Loin ? Où ça ? … Je sais pas, mon oncle ! … Je sais pas ! …
Quand t’as une musique dans le cassis, tu l’as pas ailleurs ! …
C’est jamais la place qui manque pour faire des conneries ! …
On est temporaire, c’est un fait, mais on a déjà temporé assez pour son grade.
Elle a pris tout le vent dans les voiles. Elle a bourlingué en Russie.
Il était gai quand il faisait rien.
C’est impitoyable la soif.
Papa voyait lourd, voyait loin.
Je faisais caca comme un oiseau entre deux orages … Je bondissais, à l’autre étage, on me retrouvait pas …
On est revenu parmi les gens et les choses bien ordinaires.
Les atouts claquaient comme des beignes.
Je pouvais plus cacher ma joie … Des distractions, des drôleries qui me survenaient dans les tempes.
On se déplumait jour après jour
C’est la force de l’air qui nous grise … On déconne avec l’oncle Arthur …
Y a pas plus traître comme endroit. Si on carambole dans la vase, on est happé, on reste au fond, les crabes vous bouffent, on vous retrouve plus
Chaque seconde est la dernière … Mon père en maillot zébré, entre deux vallées mugissantes s’époumone.
Ils faisaient des efforts de figure, pour déjà prendre des allures d’hommes … On se ressemblait tous à peu près, comme ça vêtus, en tablier, c’étaient des enfants comme moi, de petits commerçants du centre, des façonniers, des « bazars » …
Il vous pistait toute la journée toujours en traître, et dès le premier instant … Il vous quittait plus à la trace, feutré, à la semelle … Sinueux, derrière vous, d’un couloir à l’autre … Les bras pendants, prêts à bondir, à vous étendre …
Le Roi dévore une grosse barbaque, un gigot ; il mord en plein dedans, à pleins crocs … Il déchiquette, il enrage … Là‑dessous ça n’avance donc plus ? …
Il faut avoir passé par là pour bien renifler sa hantise … Qu’elle vous soye à travers les tripes, passée jusqu’au cœur
Maman, à force d’escalades, elle en avait les jambes tordues … Ça lui faisait si drôle qu’elle pouvait plus s’arrêter … Elle faisait des terribles grimaces tout autour de notre table … Ça lui tiraillait les cuisses … C’est les crampes qui la torturaient …
« C’est plus difficile de le caser, que de liquider toute la boutique ! … et pourtant, ça tu le sais, Clémence, c’est un tintouin bien infernal ! »
Une « Samothrace » en mastic … D’autres « Victoires » en pendulettes … Des méduses en nœuds de serpents qui faisaient des colliers … Encore des Chimères ! … Cent allégories pour des bagues, plus caca les unes que les autres …
On arrangeait l’avenir en rose
Ça me tambourinait plus fort que trente‑six chevaux d’omnibus … J’en avais la tétère qui secouait …
Ils étaient encore plus blindés que tous les gogs de tout Asnières ! Voilà mon avis.
C’est comme les familles ! Ça se repère pas du premier coup, mais c’est pourri et compagnie
Je crève, oui littéralement. Je ne divague plus … J’ai un sursaut dans la mémoire …
Tout est crevé, pourri, fondu. Il vous resterait plus que la chiasse si vous laissiez passer l’occase !
Maintenant aussi faut se rendre compte, les femmes c’est toujours pressé. Ça pousse sur n’importe quoi … N’importe quelle ordure leur est bonne …
J’apprenais pas mais j’étais bien, je détestais pas l’intonation anglaise … C’est agréable, c’est élégant, c’est flexible … C’est une espèce de musique
Avec une beauté comme la sienne, ça devait être plutôt facile d’épouser un sac
on marche dans les nuages, les buées qui fondent dans la gadouille, dans la purée, les vieux tessons … C’est dégueulasse ! …
Ils jouent gonflé, cambré, musclé, ils jouent costaud les Écossais … Ils jouent marrant la cornemuse, ils jouent gaillard, ils jouent poilu comme des molletons
La voix s’élevait tout doucement, elle ondoyait dans la vallée … Elle revenait sur nous … L’atmosphère au‑dessus du fleuve, ça résonne, ça amplifie …
Je le vois encore le grand placard tout noir qui s’élève dans l’air … au‑dessus du panorama …
Nous savons ce qui nous attend … Aucune mansuétude, aucune considération d’affection, ne peut décidément limiter, atténuer, le caractère effréné, implacable de tes tendances …
J’étais un vampire dans un sens … C’était pas la peine de regarder …
Les plaques des noms sur les portes, elles fondaient après les clous tellement ça devenait une étuve … Il a fait des 39,2 !
Tant de chaleur, ça démoralise !
Ah ! c’est joli l’indépendance !
Je voudrais dire un mot … quelque chose pour faire passer vivement la gêne … Je vais parler de la chaleur …
Il aurait voulu m’enseigner toute la totalité des choses et puis aussi de temps à autre me jouer un beau tour de cochon ! Il pouvait pas s’en empêcher ! ni dans un cas ni dans l’autre !
Habituez‑vous à l’Harmonie ! et l’Harmonie vous retrouvera ! Et vous retrouverez tout ce que vous cherchez depuis si longtemps sur les routes du Monde …
Que de mal on pourrait détruire si tout le monde en faisait autant !
Je m’adresse à l’intelligence ! À l’intelligence seulement !
Devant toi, tu n’as pas un lâche ! Le foutriquet peut‑être que tu comptais terroriser ? Ah mais non ! Mais non ! Je fais face à tout mon Destin ! Je l’ai voulu ! J’irai jusqu’au bout !
Pendant qu’il bavait, ainsi juché, à la cantonade, captivant la foule, moi je faisais un peu la quête … C’était mon petit supplément. Je profitais de la circonstance, des palpitations, des émois … Je piquais à travers les rangées.
C’est triste vraiment … C’est infâme ! … les innocents qui défilent le long des vitrines
Depuis trente‑cinq années que je labeure dans les sciences ! … que je me crucifie ! c’est le mot … pour instruire … élever des masses … Jamais on m’a traité encore comme ce salaud‑là ! …
Où est‑il ? C’est la question que je me pose cinquante fois par jour … Pendant que je tourne, que je m’échine là‑bas toute seule ! que je me tue pour l’entretenir !
C’est là que tu l’as ta débandade … Elle lui montrait comme ça sa tête … C’est pas dans le ballon c’est là ! …
Toute une existence, Monsieur, vouée au service de la Science ! de la vérité ! par l’esprit ! par le courage personnel ! … 1 287 ascensions ! … Une carrière toute de périls ! Des luttes sans merci ! … Contre les trois éléments …
Qu’on m’enlève le boire ! le manger ! le gîte ! le couvert ! qu’on m’incarcère ! qu’on me torture de toute façon ! Je m’en colle de long en large ! J’ai ma conscience … et ça me suffit ! … Rien sans elle ! … Rien contre elle ! …
Comme ça des ponctions continuelles, pas une tôle peut résister ! Que ça serait la Banque du Pérou ! …
Mais avec les tendres, les effarouchés, les timides, ceux qui pensent tout de suite au suicide … c’est alors qu’on se trouve à la bourre ! … La désillusion est trop forte ! … ils supportent pas leur chagrin ! …
Ils s’abandonnent au malheur ! Ils veulent plus vivre ! … plus respirer ! …
C’est l’or, mon ami ! C’est l’or ! Attention ! …
C’est pas grand‑chose à faire fondre deux billets de mille francs ! …
Mais je suis pas gras pour les vengeances ! Ça rendrait seulement les choses encore un petit peu plus tartes !
Il passe parmi les inventeurs des bouffées terribles, des impulsions qu’ils se connaissent plus … Ils étripent tout sur leur passage !
Un défilé d’hurluberlus exorbités jusqu’aux sourcils, qui se dépoitraillaient devant la porte, gonflés, soufflés de certitudes, de solutions implacables …
L’atome, c’est moi ! … Mais l’atome Ferdinand, c’est tout ! …
Plus il vieillit, plus il se dérange ! Plus il se fêle ! … Moi je m’en aperçois ! Je suis pas dupe !
Siffle ! Siffle, ma garce ! Râle ! et Rugis ! Grogne ! je t’entends ! … Des goinfres ! … Des gouffres ! …
Tandis qu’eux, ils étaient victimes ! … Innocents ! toujours Martyrs ! Il fallait pas comparer ! …
Son cœur est pas tout en pierre ! Il est pas si dénaturé, absolument irrémédiable ! … Il pourra peut‑être s’en sortir …
Aussitôt qu’une entreprise prend un petit peu d’envergure, elle se trouve ipso facto en butte à mille menées hostiles, sournoises, subtiles, inlassables … On peut pas dire le contraire ! …
les plus astucieux capitaines, les conquérants les plus crâneurs ne peuvent et ne doivent compter, en définitive, que sur quelque étrange miracle … Telle est la nature et l’antienne, la conclusion véridique des plus admirables essors …
« Je suis, Messieurs, une honnête femme ! qu’elle a répondu ! … Vous pouvez me suivre ! … » Ils ont pas voulu.
Quand un groupe de parents fouineurs nous arrive un tantôt, un dimanche, par la route, à pied, vers les quatre heures pour se faire leur opinion propre … Ils examinèrent avec soin les locaux, toutes les dépendances, l’allure générale du domaine … Jamais nous ne les revîmes !
Ainsi la vie s’organisait … On nous détestait partout à vingt kilomètres à la ronde, on nous haïssait, à plein bouc, mais quand même dans notre solitude à Blême‑le‑Petit, c’était extrêmement difficile de nous poirer flagrant délit ! …
Il est remonté en bicyclette, il est reparti en zigzag d’un bord à l’autre de la route … Il vadrouillait loin dans la nuit avec son petit lampion rouge … On l’a regardé disparaître … Il pouvait plus s’en aller droit.
Bientôt tout l’arrondissement ne serait plus autour de Blême qu’un énorme champ tout pourri ! … Une tourbe abjecte ! … Un vaste cloaque d’asticots ! … Un séisme en larves grouilleuses ! …
Pas plus de Courtial que de beurre au cul ! …
Voilà comment j’ai vécu … Persécutée jour et nuit ! … Exactement ! Une véritable vie de criminelle ! …
Il se vautrait plus bas qu’une truie si on le laissait une seule minute ! … Il s’écroulait dans toutes les fosses
Le début de l’hiver avait pas été trop dur … maintenant ça se vengeait la saison
Ce jour‑là c’est vrai, je peux bien le dire c’est un des plus moches de ma vie.
Une invention de plus ! Un mensonge ! … Que des mensonges qu’il avait ! … Toujours ! Partout ! Encore ! …
Il avait tout ce qu’il désirait ! Il avait même pas le temps de parler ! Ah ! ce fut bien ma grande faiblesse ! …
Personne te croit plus à présent. Ah ! C’est trop abominable ! … Personne veut plus te croire ! …
Il a rien dans le corps le pauvre homme ! … Puisque c’est tout dans la tête
Il faut vous durcir au contraire … Vous avez pas encore fini ! …
Ça les agace quand on pleure
Il croyait plus à personne
Rien est trop triste à ton âge ! Maintenant, tu vas la faire ta vie … C’est qu’un commencement …
Comme il a pu changer ce mec‑là, depuis notre Palais‑Royal … Comme il est devenu féroce ! … Ils y ont fait bouffer des scorpions ! dans l’internement … Merde ! Il est devenu intraitable ! … Il a pompé du vitriol ! …
La nuit elle finirait jamais ! … J’aurais jamais pu m’endormir tellement il me passait de transes … Jamais je crois j’avais tant redouté …
Un homme ça chiale pas ! … Tu resteras tant qu’il faudra ! …
Quand t’es de Paris, faut que t’y restes ! …
Le travail c’est comme la croûte … Il faut que ça profite d’abord …
Et toujours ce mal au cœur … La rue, elle me foutait la panique … de la voir comme ça devant moi … sur les côtés … à droite … à gauche … Toutes les façades tout ça si fermé, si noir ! Merde ! … si peu baisant … c’était encore pire que Blême ! …
C’est une idée comme une fièvre. Tu bafouilles et puis c’est marre …
Mais tu te ravages à plaisir ! …
Je tremblais encore comme une feuille … Il m’a redonné des couvertures … Je continuais la grelotte … Il m’a complètement recouvert, enseveli sous un tas de manteaux … Toutes ses peaux d’ours je les avais dessus … Y avait un choix dans l’armoire ! … Je frissonnais quand même … Je regardais les murs de la piaule … Ils avaient aussi rapetissé ! …
Les voisins eux s’en occupaient, ils se surpassaient en conseils … Ils donnaient pas gros de ma carrière …
À temps nouveaux, façons nouvelles !
Un malheur arrive jamais seul ! …
Tu déconnes, ma grande poulette, qu’il l’a stoppée des Pereires … Tu déconnes effroyablement ! …
C’est moi je suis la femme horrible ! … C’est ma faute à moi tout ça
Merde ! je sais plus rien ! … Ma vie ! Ma vie ! …
Il faut que tu te défendes ! … T’as la vie devant toi ! …
C’était bien plus sincère qu’un ami ! …
T’as chialé comme une Madeleine … Tu dois avoir beaucoup soif ! …
Gras à lard comme te voilà, tu ferais pas mal sur un cheval ! Ils te verraient plus dans ta cuirasse ! … Tu serais fantôme au régiment ! …
À ton âge, on se rempiffe d’autor ! … Il suffit de plus y penser ! … Penser à autre chose ! … Et de bouffer comme quatre ! … comme trente‑six ! …
C’est fini les cropinettes ! et les sauces de courant d’air ! … Mais oui mon petit ours ! … C’est terminé la claquette ! …