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CÉLINE la petite musique

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Citations sur mort

Les passages de Céline sur mort — composés à la main, vérifiés mot pour mot.

Quand on a pas d’imagination, mourir c’est peu de chose, quand on en a, mourir c’est trop. Voilà mon avis.
— L.-F. Céline
La grande défaite, en tout, c’est d’oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu’à quel point les hommes sont vaches. Quand on sera au bord du trou faudra pas faire les malins nous autres, mais faudra pas oublier non plus, faudra raconter tout sans changer un mot, de ce qu’on a vu de plus vicieux chez les hommes et puis poser sa chique et puis descendre. Ça suffit comme boulot pour une vie tout entière.
— L.-F. Céline
Celui qui parle de l’avenir est un coquin, c’est l’actuel qui compte. Invoquer sa postérité, c’est faire un discours aux asticots.
— L.-F. Céline
Dans ce métier d’être tué, faut pas être difficile, faut faire comme si la vie continuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge.
— L.-F. Céline
Mentir, baiser, mourir. Il venait d’être défendu d’entreprendre autre chose.
— L.-F. Céline
Je ne connaissais que des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne.
— L.-F. Céline
Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue. S’ils se mettent à penser à vous, c’est à votre torture qu’ils songent aussitôt les autres, et rien qu’à ça. On ne les intéresse que saignants, les salauds !
— L.-F. Céline
Sa formidable résignation l’accablait, cette qualité de base qui rend les pauvres gens de l’armée ou d’ailleurs aussi faciles à tuer qu’à faire vivre. Jamais, ou presque, ils ne demandent le pourquoi, les petits, de tout ce qu’ils supportent. Ils se haïssent les uns les autres, ça suffit.
— L.-F. Céline
On avait à peine le temps de les voir disparaître les hommes, les jours et les doses dans cette verdure, ce climat, la chaleur et les moustiques. Tout y passait, c’était dégoûtant, par bouts, par phrases, par membres, par regrets, par globules, ils se perdaient au soleil, fondaient dans le torrent de la lumière et des couleurs, et le goût et le temps avec, tout y passait. Il n’y avait que de l’angoisse étincelante dans l’air.
— L.-F. Céline
Ainsi s’en vont les hommes qui décidément ont bien du mal à faire tout ce qu’on exige d’eux : le papillon pendant la jeunesse et l’asticot pour en finir.
— L.-F. Céline
Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.
— L.-F. Céline
J’en arrivais à ne plus prendre de quinine pour bien laisser la fièvre me cacher la vie. On se soûle avec ce qu’on a.
— L.-F. Céline
Faire confiance aux hommes c’est déjà se faire tuer un peu.
— L.-F. Céline
La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi.
— L.-F. Céline
On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité.
— L.-F. Céline
C’était comme une plaie triste la rue qui n’en finissait plus, avec nous au fond, nous autres, d’un bord à l’autre, d’une peine à l’autre, vers le bout qu’on ne voit jamais, le bout de toutes les rues du monde.
— L.-F. Céline
C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
— L.-F. Céline
il avait toujours eu peur de la vie, à présent il rattachait sa peur à quelque chose, à la mort, à sa tension, comme il l’avait rattachée pendant quarante ans au risque de ne pas pouvoir finir de payer la maison. Il était toujours malheureux, tout autant, mais il fallait cependant qu’il se dépêche de trouver une bonne raison nouvelle pour être malheureux.
— L.-F. Céline
Elle venait d’un temps où le petit peuple n’avait pas encore appris à s’écouter vieillir.
— L.-F. Céline
J’entendais bien, moi, toujours, le sang tomber sur le parquet comme à petits coups d’une montre de plus en plus lente, de plus en plus faible.
— L.-F. Céline
Autant se taire et regarder dehors, par la fenêtre, les velours gris du soir prendre déjà l’avenue d’en face, maison par maison, d’abord les plus petites et puis les autres, les grandes enfin sont prises et puis les gens qui s’agitent parmi, de plus en plus faibles, équivoques et troubles, hésitants d’un trottoir à l’autre avant d’aller verser dans le noir.
— L.-F. Céline
Plus loin, bien plus loin que les fortifications, des files et des rangées de lumignons dispersés sur tout le large de l’ombre comme des clous, pour tendre l’oubli sur la ville, et d’autres petites lumières encore qui scintillent parmi des vertes, qui clignent, des rouges, toujours des bateaux et des bateaux encore, toute une escadre venue là de partout pour attendre, tremblante, que s’ouvrent derrière la Tour les grandes portes de la Nuit.
— L.-F. Céline
Faut entendre au fond de toutes les musiques l’air sans notes, fait pour nous, l’air de la Mort.
— L.-F. Céline
Est-ce que la vie elle est gentille avec eux ? Pitié de qui et de quoi qu’ils auraient donc eux ? Pour quoi faire ? Des autres ? A-t-on jamais vu personne descendre en enfer pour remplacer un autre ? Jamais. On l’y voit l’y faire descendre. C’est tout.
— L.-F. Céline
La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit.
— L.-F. Céline
« Bardamu ! qu’il a hurlé alors après moi, Bardamu ! Elle est ouverte ! Elle est ouverte la fenêtre que je te dis ! » Je ne savais pas quoi lui répondre moi, j’en restais imbécile devant. Il tenait ses deux bras en plein dans la fenêtre, dans l’air frais. Il ne voyait rien évidemment, mais il sentait l’air. Il les allongeait alors ses bras comme ça dans son noir tant qu’il pouvait, comme pour toucher le bout. Il voulait pas y croire. Du noir tout à lui.
— L.-F. Céline
On ne peut pas se retrouver pendant qu’on est dans la vie. Y a trop de couleurs qui vous distraient et trop de gens qui bougent autour. On ne se retrouve qu’au silence, quand il est trop tard, comme les morts.
— L.-F. Céline
Bientôt il n’y aura plus que des gens et des choses inoffensifs, pitoyables et désarmés tout autour de notre passé, rien que des erreurs devenues muettes.
— L.-F. Céline
Être seul c’est s’entraîner à la mort.
— L.-F. Céline
« Il faudra mourir que je lui dis encore, plus copieusement qu’un chien et on mettra mille minutes à crever et chaque minute sera neuve quand même et bordée d’assez d’angoisse pour vous faire oublier mille fois tout ce qu’on aurait pu avoir de plaisir à faire l’amour pendant mille ans auparavant… Le bonheur sur terre ça serait de mourir avec plaisir, dans du plaisir… Le reste c’est rien du tout, c’est de la peur qu’on n’ose pas avouer, c’est de l’art. »
— L.-F. Céline
La grande fatigue de l’existence n’est peut-être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c’est-à dire immonde, atroce, absurde.
— L.-F. Céline
Impossible de faire comprendre à une famille qu’un homme, parent ou pas, ce n’est rien après tout que de la pourriture en suspens… Elle refuserait de payer pour de la pourriture en suspens…
— L.-F. Céline
Je veux, Ferdinand, essayer d’aller me perdre l’âme comme on va perdre son chien galeux, son chien qui pue, bien loin, le compagnon qui vous dégoûte, avant de mourir… Enfin bien seul… Tranquille… soi-même…
— L.-F. Céline
Nos adieux en furent abominablement brutalisés. « Au revoir, mes enfants ! » eut-il juste le temps de nous dire et sa main s’est détachée, enlevée aux nôtres… Elle remuait là-bas dans la fumée, sa main, élancée dans le bruit, déjà sur la nuit, à travers les rails, toujours plus loin, blanche…
— L.-F. Céline
On a beau dire et prétendre, le monde nous quitte bien avant qu’on s’en aille pour de bon.
— L.-F. Céline
moi si tu veux tout savoir… Tout absolument… Eh bien, c’est tout, qui me répugne et qui me dégoûte à présent ! Pas seulement toi !… Tout !… L’amour surtout !… Le tien aussi bien que celui des autres… Les trucs aux sentiments que tu veux faire, veux-tu que je te dise à quoi ça ressemble moi ? Ça ressemble à faire l’amour dans des chiottes !
— L.-F. Céline
Dans ces moments-là, c’est un peu gênant d’être devenu aussi pauvre et aussi dur qu’on est devenu. On manque de presque tout ce qu’il faudrait pour aider à mourir quelqu’un. On a plus guère en soi que des choses utiles pour la vie de tous les jours, la vie du confort, la vie à soi seulement, la vacherie. On a perdu la confiance en route. On l’a chassée, tracassée la pitié qui vous restait, soigneusement au fond du corps comme une sale pilule. On l’a poussée la pitié au bout de l’intestin avec la merde.
— L.-F. Céline
Mais il n’y avait que moi, bien moi, moi tout seul, à côté de lui, un Ferdinand bien véritable auquel il manquait ce qui ferait un homme plus grand que sa simple vie, l’amour de la vie des autres. De ça, j’en avais pas, ou vraiment si peu que c’était pas la peine de le montrer.
— L.-F. Céline
Son cœur s’est mis à battre de plus en plus vite et puis tout à fait vite. Il courait son cœur après son sang, épuisé là-bas, minuscule déjà, tout à la fin des artères, à trembler au bout des doigts. La pâleur lui est montée du cou et lui a pris toute la figure. Il a fini en étouffant. Il est parti d’un coup comme s’il avait pris son élan, en se resserrant sur nous deux, des deux bras. Et puis il est revenu là, devant nous, presque tout de suite, crispé, déjà en train de prendre tout son poids de mort.
— L.-F. Céline
De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l’écluse, un autre pont, loin, plus loin… Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus.
— L.-F. Céline
Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort.
— L.-F. Céline
On est puceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté. Comment aurais-je pu me douter moi de cette horreur en quittant la place Clichy ?
— L.-F. Céline
Ah ! l’envie de s’en aller ! Pour dormir ! D’abord ! Et s’il n’y a plus vraiment moyen de partir pour dormir alors l’envie de vivre s’en va toute seule.
— L.-F. Céline
La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment ; d’autres commencent et s’y prennent vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.
— L.-F. Céline
On faisait queue pour aller crever. Le général même ne trouvait plus de campements sans soldats. Nous finîmes par coucher tous en pleins champs, général ou pas. Ceux qui avaient encore un peu de cœur l’ont perdu. C’est à partir de ces mois-là qu’on a commencé à fusiller des troupiers pour leur remonter le moral, par escouades, et que le gendarme s’est mis à être cité à l’ordre du jour pour la manière dont il faisait sa petite guerre à lui, la profonde, la vraie de vraie.
— L.-F. Céline
Un petit hameau de rien du tout qu’on apercevait même pas pendant la journée, au fond d’une moche petite campagne, eh bien, on a pas idée la nuit, quand il brûle, de l’effet qu’il peut faire ! On dirait Notre-Dame ! Ça dure bien toute une nuit à brûler un village, même un petit, à la fin on dirait une fleur énorme, puis, rien qu’un bouton, puis plus rien.
— L.-F. Céline
Ainsi le mouton, sur le flanc, dans le pré, agonise et broute encore.
— L.-F. Céline
Il s’agissait de vivre une heure de plus au fond pour nous tous, et une seule heure dans un monde où tout s’est rétréci au meurtre c’est déjà un phénomène.
— L.-F. Céline
Le canon pour eux c’était rien que du bruit. C’est à cause de ça que les guerres peuvent durer. Même ceux qui la font, en train de la faire, ne l’imaginent pas. La balle dans le ventre, ils auraient continué à ramasser de vieilles sandales sur la route, qui pouvaient « encore servir ».
— L.-F. Céline
De certain, il n’y avait à opposer décidément à tous ces puissants que notre petit désir, à nous deux, de ne pas mourir et de ne pas brûler. C’était peu, surtout que ces choses-là ne peuvent pas se déclarer pendant la guerre.
— L.-F. Céline
J’ pense plus à rien, moi, qu’il a fait, pour finir… À rien, t’entends !… J’ pense qu’à pas crever… Ça suffit… J’ me dis qu’un jour de gagné, c’est toujours un jour de plus !
— L.-F. Céline
Cette espèce d’agonie différée, lucide, bien portante, pendant laquelle il est impossible de comprendre autre chose que des vérités absolues, il faut l’avoir endurée pour savoir à jamais ce qu’on dit.
— L.-F. Céline
Ils promenaient autour de nous, dans des mines toujours affables, notre condamnation à mort.
— L.-F. Céline
Alors je suis tombé malade, fiévreux, rendu fou, qu’ils ont expliqué à l’hôpital, par la peur. C’était possible. La meilleure des choses à faire, n’est-ce pas, quand on est dans ce monde, c’est d’en sortir ? Fou ou pas, peur ou pas.
— L.-F. Céline
– Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez-vous d’un seul nom par exemple, Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent Ans ?… Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ?… Non, n’est-ce pas ?… Vous n’avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papier devant nous, que votre crotte du matin… Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l’affirme ! La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte.
— L.-F. Céline
Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papier devant nous, que votre crotte du matin… Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l’affirme ! La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte.
— L.-F. Céline
C’est plus difficile de renoncer à l’amour qu’à la vie.
— L.-F. Céline
J’étais en sursis de mort et amoureux. Ce n’était pas qu’un cauchemar.
— L.-F. Céline
Musyne disparut avec les autres. Je l’ai attendue, chez nous, en haut, une nuit, tout un jour, un an… Elle n’est jamais revenue me trouver.
— L.-F. Céline
on ne partage la mort de personne… Tout doit être aux âmes et aux corps bien portants, façon de distraction et rien de plus et rien de moins
— L.-F. Céline
Ici, on ne nous engueulait pas, certes, on nous parlait même avec douceur, on nous parlait tout le temps d’autre chose que de la mort, mais notre condamnation figurait toutefois, bien nette au coin de chaque papier qu’on nous demandait de signer, dans chaque précaution qu’on prenait à notre égard : Médailles… Bracelets… La moindre permission… N’importe quel conseil… On se sentait comptés, guettés, numérotés dans la grande réserve des partants de demain.
— L.-F. Céline
Le Nord au moins ça vous conserve les viandes ; ils sont pâles une fois pour toutes les gens du Nord. Entre un Suédois mort et un jeune homme qui a mal dormi, peu de différence. Mais le colonial il est déjà tout rempli d’asticots un jour après son débarquement.
— L.-F. Céline
D’ailleurs, dans la vie courante, réfléchissons que cent individus au moins dans le cours d’une seule journée bien ordinaire désirent votre pauvre mort, par exemple tous ceux que vous gênez, pressés dans la queue derrière vous au métro, tous ceux encore qui passent devant votre appartement et qui n’en ont pas, tous ceux qui voudraient que vous ayez achevé de faire pipi pour en faire autant, enfin, vos enfants et bien d’autres. C’est incessant. On s’y fait.
— L.-F. Céline
À Paris, sans fortune, sans dettes, sans héritage, on existe à peine déjà, on a bien du mal à ne pas être déjà disparu… Alors ici ? Qui se donnerait seulement la peine de venir jusqu’à Bikomimbo cracher dans l’eau seulement, pas davantage, pour faire plaisir à mon souvenir ? Personne évidemment.
— L.-F. Céline
On peut se perdre en allant à tâtons parmi les formes révolues. C’est effrayant ce qu’on en a des choses et des gens qui ne bougent plus dans son passé. Les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà. On ne sait plus qui réveiller en vieillissant, les vivants ou les morts.
— L.-F. Céline
On n’explique rien. Le monde ne sait que vous tuer comme un dormeur quand il se retourne le monde, sur vous, comme un dormeur tue ses puces.
— L.-F. Céline
C’est par les odeurs que finissent les êtres, les pays et les choses. Toutes les aventures s’en vont par le nez.
— L.-F. Céline
Il est bien rare que la vie revienne à votre chevet, où que vous soyez, autrement que sous la forme d’un sacré tour de cochon.
— L.-F. Céline
Tout dans ces moments vient s’ajouter à votre immonde détresse pour vous forcer, débile, à discerner les choses, les gens et l’avenir tels qu’ils sont, c’est-à-dire des squelettes, rien que des riens, qu’il faudra cependant aimer, chérir, défendre, animer comme s’ils existaient.
— L.-F. Céline
Le médecin lui avait appris à trouver le chemin de sa mort à lui.
— L.-F. Céline
L’âge l’avait recouverte comme un vieil arbre frémissant, de rameaux allègres. Elle était gaie la vieille Henrouille, mécontente, crasseuse, mais gaie. Ce dénuement où elle séjournait depuis plus de vingt ans n’avait point marqué son âme. C’est contre le dehors au contraire qu’elle était contractée, comme si le froid, tout l’horrible et la mort ne devaient lui venir que de là, pas du dedans.
— L.-F. Céline
Pendant qu’elle invoquait, provoquait le Ciel et l’Enfer, tonitruait de malheur, je baissais le nez et baissant déconfit je voyais se former sous le lit de la fille une petite flaque de sang, une mince rigole en suintait lentement le long du mur vers la porte. Une goutte, du sommier, chutait régulièrement. Tac ! tac !
— L.-F. Céline
Trop d’humiliation, trop de gêne portent à l’inertie définitive. Le monde est trop lourd pour vous. Tant pis.
— L.-F. Céline
C’est tuer et se tuer qu’ils voulaient, pas d’un seul coup bien sûr, mais petit à petit comme Robinson avec tout ce qu’ils trouvaient, des vieux chagrins, des nouvelles misères, des haines encore sans nom quand ça n’est pas la guerre toute crue et que ça se passe alors plus vite encore que d’habitude.
— L.-F. Céline
Cependant, je crois qu’il me venait des forces à écouter ces choses-là, des forces d’aller plus loin, des drôles de forces et la prochaine fois, alors je pourrais descendre encore plus bas la prochaine fois, écouter d’autres plaintes que je n’avais pas encore entendues, ou que j’avais du mal à comprendre avant, parce qu’on dirait qu’il y en a encore toujours au bout des autres des plaintes encore qu’on n’a pas encore entendues ni comprises.
— L.-F. Céline
Quand on arrive vers ces heures-là en haut du pont Caulaincourt on aperçoit au-delà du grand lac de nuit qui est sur le cimetière les premières lumières de Rancy. C’est sur l’autre bord Rancy. Faut faire tout le tour pour y arriver. C’est si loin ! Alors on dirait qu’on fait le tour de la nuit même, tellement il faut marcher de temps et des pas autour du cimetière pour arriver aux fortifications.
— L.-F. Céline
J’ai fini par m’endormir sur la question, dans ma nuit à moi, ce cercueil, tellement j’étais fatigué de marcher et de ne trouver rien.
— L.-F. Céline
La vocation de meurtre qui avait soudain possédé Robinson me semblait plutôt somme toute comme une espèce de progrès sur ce que j’avais observé jusqu’alors parmi les autres gens, toujours mi-haineux, mi-bienveillants, toujours ennuyeux par leur imprécision de tendances.
— L.-F. Céline
Il se recroquevillait tellement dans le noir pour tousser sur lui-même que je ne le voyais presque plus, si près de moi, ses mains seulement je voyais encore un peu, qui se rejoignaient doucement comme une grosse fleur blême devant sa bouche, dans la nuit, à trembler.
— L.-F. Céline
Tant pis alors qu’il m’a répondu, j’en ai trop marre des trucs réguliers à tout le monde… T’es vieux, t’attends encore ton tour de rigoler et quand il arrive… Bien patient s’il arrive… T’es crevé et enterré depuis longtemps… C’est un business pour les innocents les métiers honnêtes, comme on dit…
— L.-F. Céline
Être vieux, c’est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c’est tomber dans cette insipide relâche où on n’attend plus que la mort.
— L.-F. Céline
Il n’y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n’a pas encore été dit. On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire.
— L.-F. Céline
On dirait qu’on peut toujours trouver pour n’importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir et tout de suite et bien content encore. Seulement son occasion ne se présente pas toujours de mourir joliment, l’occasion qui lui plairait. Alors il s’en va mourir comme il peut, quelque part… Il reste là l’homme sur la terre avec l’air d’un couillon en plus et d’un lâche pour tout le monde, pas convaincu seulement, voilà tout. C’est seulement en apparence la lâcheté.
— L.-F. Céline
Des vagues incessantes d’êtres inutiles viennent du fond des âges mourir tout le temps devant nous, et cependant on reste là, à espérer des choses… Même pas bon à penser la mort qu’on est.
— L.-F. Céline
La mort n’est après tout qu’une question de quelques heures, de minutes même, tandis qu’une rente c’est comme la misère, ça dure toute la vie.
— L.-F. Céline
on s’est tous rattrapés comme les boules du jeu qui tremblotent au bord du trou qui font des manières avant d’en finir. Elles partent bien violentes et grondeuses elles aussi les boules, et elles ne vont jamais nulle part, en définitive. Nous non plus, et toute la terre ne sert qu’à ça, qu’à nous faire nous retrouver tous.
— L.-F. Céline
Elles chantaient la déroute d’exister et de vivre et elles ne comprenaient pas. Elles prenaient ça encore pour de l’amour, rien que pour de l’amour, on leur avait pas appris le reste à ces petites.
— L.-F. Céline
Ça commençait d’un petit ton gentil leur chanson, ça n’avait l’air de rien, comme toutes les choses pour danser, et puis voilà que ça vous faisait pencher le cœur à force de vous faire triste comme si on allait perdre à l’entendre l’envie de vivre, tellement que c’était vrai que tout n’arrive à rien, la jeunesse et tout, et on se penchait alors bien après les mots et après qu’elle était déjà passée la chanson et partie loin leur mélodie pour se coucher dans le vrai lit à soi, le sien, vrai de vrai, celui du bon trou pour en finir.
— L.-F. Céline
Il courait son cœur, on pouvait le dire, derrière ses côtes, enfermé, il courait après la vie, par saccades, mais il avait beau bondir, il ne la rattraperait pas la vie. C’était cuit.
— L.-F. Céline
On ne pouvait aller plus loin, parce qu’après ça il n’y avait plus que les morts.
— L.-F. Céline
Il faut alors continuer sa route tout seul, dans la nuit. On a perdu ses vrais compagnons. On leur a pas seulement posé la bonne question, la vraie, quand il était temps. À côté d’eux on ne savait pas. Homme perdu. On est toujours en retard d’abord.
— L.-F. Céline
« La terre est morte, qu’il m’avait expliqué… On est rien que des vers dessus nous autres, des vers sur son dégueulasse de gros cadavre, à lui bouffer tout le temps les tripes et rien que ses poisons… Rien à faire avec nous autres. On est tout pourris de naissance… Et puis voilà ! »
— L.-F. Céline
Leur tâche à eux, la seule, c’est de se vider de leur obéissance, de la vomir. S’ils y sont parvenus avant de crever tout à fait alors ils peuvent se vanter de n’avoir pas vécu pour rien.
— L.-F. Céline
Faut se dépêcher, faut pas la rater sa mort. La maladie, la misère qui vous disperse les heures, les années, l’insomnie qui vous barbouille en gris, des journées, des semaines entières et le cancer qui nous monte déjà peut-être, méticuleux et saignotant du rectum. On n’aura jamais le temps qu’on se dit !
— L.-F. Céline
Ce n’est pas tout à fait de la nuit qu’ils ont au fond des orbites, c’est presque encore du regard mais en plus doux, comme en ont des gens qui savent.
— L.-F. Céline
Seulement c’est malheureux qu’ils meurent si vaches avec tant d’amour en réserve, les gens. Ça ne sort pas, voilà tout. C’est pris en dedans, ça reste en dedans, ça leur sert à rien. Ils en crèvent en dedans, d’amour.
— L.-F. Céline
Elle valait pourtant la peine d’être vue et entendue la mère Henrouille au milieu de ses cadavres. Elle vous les regardait en plein visage, elle qui n’avait pas peur de la mort et si ridée pourtant, si ratatinée déjà, elle-même, qu’elle était comme une des leurs avec sa lanterne à venir bavarder en plein dans leur espèce de figure.
— L.-F. Céline
Collés au mur comme des fusillés ils étaient ces vieux morts… Plus tout à fait en peau ni en os, ni en vêtements qu’ils étaient… Un peu de tout cela ensemble seulement… En très crasseux état et avec des trous partout… Le temps qui était après leur peau depuis des siècles ne les lâchait toujours pas… Il leur déchirait encore des bouts de figure par-ci par-là le temps… Il leur agrandissait tous les trous et leur trouvait même encore des longs filins d’épiderme que la mort avait oubliés après les cartilages. Leur ventre s’était vidé de tout, mais ça leur faisait à présent comme un petit berceau d’ombre à la place du nombril.
— L.-F. Céline
Il avait bien maigri depuis Toulouse et puis quelque chose que je lui connaissais pas encore lui était comme monté sur la figure, on aurait dit comme un portrait, sur ses traits mêmes, avec de l’oubli déjà, du silence tout autour.
— L.-F. Céline
Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s’y mettre. On en a bien marre de s’écouter toujours causer… On abrège… On renonce… Ça dure depuis trente ans qu’on cause… On ne tient plus à avoir raison.
— L.-F. Céline
Il suffit désormais de bouffer un peu, de se faire un peu de chaleur et de dormir le plus qu’on peut sur le chemin de rien du tout.
— L.-F. Céline
la mort est là aussi elle, puante, à côté de vous, tout le temps à présent et moins mystérieuse qu’une belote.
— L.-F. Céline
J’étais arrivé plus loin qu’elle dans la nuit à présent, plus loin même que la vieille Henrouille qui était morte… On était plus tous ensemble… On s’était quittés pour de bon… Pas seulement par la mort, mais par la vie aussi… Ça s’était fait par la force des choses… Chacun pour soi !
— L.-F. Céline
Parmi tous les stands, je l’ai bien reconnu tout de suite en passant le « Tir des Nations », un souvenir, j’en ai rien remarqué aux autres. Voilà quinze ans – que je me suis dit, rien que pour moi. – Voilà quinze ans qui viennent de passer… Une paye ! On en a perdu des copains en route !
— L.-F. Céline
j’ai plus envie qu’on m’aime… Ça me dégoûte !…
— L.-F. Céline
Tu cherches à savoir ce qu’il y a entre toi et moi ?… Eh bien entre toi et moi, y a toute la vie… Ça te suffit pas des fois ?
— L.-F. Céline
Il devait chercher un autre Ferdinand, bien plus grand que moi, bien sûr, pour mourir, pour l’aider à mourir plutôt, plus doucement. Il faisait des efforts pour se rendre compte si des fois le monde aurait pas fait des progrès. Il faisait l’inventaire, le grand malheureux, dans sa conscience… S’ils avaient pas changé un peu les hommes, en mieux, pendant qu’il avait vécu lui, s’il avait pas été des fois injuste sans le vouloir envers eux…
— L.-F. Céline
Dans la chambre ça faisait comme un étranger à présent Robinson, qui viendrait d’un pays atroce et qu’on n’oserait plus lui parler.
— L.-F. Céline
Mon trimbalage à moi, il était bien fini. À d’autres !… Le monde était refermé ! Au bout qu’on était arrivés nous autres !… Comme à la fête !… Avoir du chagrin c’est pas tout, faudrait pouvoir recommencer la musique, aller en chercher davantage du chagrin… Mais à d’autres !…
— L.-F. Céline
Les berges se séparent du fleuve tout doucement, elles se lèvent, se relèvent des deux côtés de l’eau. Le boulot émerge de l’ombre. On recommence à tout voir, tout simple, tout dur. Les treuils ici, les palissades aux chantiers là-bas et loin dessus la route voici que reviennent de plus loin encore les hommes. Ils s’infiltrent dans le jour sale par petits paquets transis. Ils se mettent du jour plein la figure pour commencer en passant devant l’aurore. Ils vont plus loin. On ne voit bien d’eux que leurs figures pâles et simples ; le reste est encore à la nuit. Il faudra bien qu’ils crèvent tous un jour aussi.
— L.-F. Céline
C’est de l’autre côté de la vie.
— L.-F. Céline
On venait d’allumer la guerre entre nous et ceux d’en face, et à présent ça brûlait ! Comme le courant entre les deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n’était pas près de s’éteindre le charbon ! On y passerait tous, le colonel comme les autres, tout mariole qu’il semblait être et sa carne ne ferait pas plus de rôti que la mienne quand le courant d’en face lui passerait entre les deux épaules.
— L.-F. Céline
Le colonel ne bronchait toujours pas, je le regardais recevoir, sur le talus, des petites lettres du général qu’il déchirait ensuite menu, les ayant lues sans hâte, entre les balles. Dans aucune d’elles, il n’y avait donc l’ordre d’arrêter net cette abomination ? On ne lui disait donc pas d’en haut qu’il y avait méprise ? Abominable erreur ? Maldonne ? Qu’on s’était trompé ? Que c’était des manœuvres pour rire qu’on avait voulu faire, et pas des assassinats !
— L.-F. Céline
Il collaborait avec la mort. On aurait pu jurer qu’elle avait un contrat avec le capitaine Ortolan.
— L.-F. Céline
Bientôt on serait en plein orage et ce qu’on cherchait à ne pas voir serait alors en plein devant soi et on ne pourrait plus voir qu’elle : sa propre mort. La nuit, dont on avait eu si peur dans les premiers temps, en devenait par comparaison assez douce. Nous finissions par l’attendre, la désirer la nuit.
— L.-F. Céline
On passe son temps à tuer ou à adorer en ce monde et cela tout ensemble. « Je te hais ! Je t’adore ! » On se défend, on s’entretient, on repasse sa vie au bipède du siècle suivant, avec frénésie, à tout prix, comme si c’était formidablement agréable de se continuer, comme si ça allait nous rendre, au bout du compte, éternels.
— L.-F. Céline
C’est déjà des cercueils les murs de ce côté-là.
— L.-F. Céline
On a beau dire, c’est pas drôle de vieillir dans les pays où y a pas de distractions… Où on est forcé de se regarder dans la glace dont le tain verdit devenir de plus en plus déchu, de plus en plus moche… On va vite à pourrir, dans les verdures, surtout quand il fait chaud atrocement.
— L.-F. Céline
Tout le monde devenait, ça se comprend bien, à force d’attendre que le thermomètre baisse, de plus en plus vache. Et les hostilités particulières et collectives duraient interminables et saugrenues entre les militaires et l’administration, et puis entre cette dernière et les commerçants, et puis encore entre ceux-ci alliés temporaires contre ceux-là, et puis de tous contre le nègre et enfin des nègres entre eux. Ainsi, les rares énergies qui échappaient au paludisme, à la soif, au soleil, se consumaient en haines si mordantes, si insistantes, que beaucoup de colons finissaient par en crever sur place, empoisonnés d’euxmêmes, comme des scorpions.
— L.-F. Céline
Que sa nièce l’a oublié aussi. Que le lieutenant Grappa n’a jamais revu son Toulouse… Que la forêt qui guettait depuis toujours la dune au détour de la saison des pluies a tout repris, tout écrasé sous l’ombre des acajous immenses, tout, et même les petites fleurs imprévues du sable qu’Alcide ne voulait pas que j’arrose… Qu’il n’existe plus rien.
— L.-F. Céline
Les comptes étaient faits. La forêt s’est tue pour une fois. Complet silence.
— L.-F. Céline
Ce n’est pas tout à fait vivant ce qui se passe sur les écrans, il reste dedans une grande place trouble, pour les pauvres, pour les rêves et pour les morts.
— L.-F. Céline
C’est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu’ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu’ils ne cherchent pas à comprendre eux, le pourquoi qu’on est là. Ça leur est bien égal. Ils dorment n’importe comment, c’est des gonflés, des huîtres, des pas susceptibles, Américains ou non. Ils ont toujours la conscience tranquille.
— L.-F. Céline
De leur masse montait l’odeur d’entrejambes urineux comme à l’hôpital. Quand ils vous parlaient on évitait leur bouche à cause que le dedans des pauvres sent déjà la mort.
— L.-F. Céline
Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, d’un endroit que je ne connais pas, qu’elle sache bien que je n’ai pas changé pour elle, que je l’aime encore et toujours, à ma manière, qu’elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée.
— L.-F. Céline
Pour la quitter il m’a fallu certes bien de la folie et d’une sale et froide espèce. Tout de même, j’ai défendu mon âme jusqu’à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais, j’en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres, tant de gentillesse et de rêve Molly m’a fait cadeau dans le cours de ces quelques mois d’Amérique.
— L.-F. Céline
Bébert passait, irrésistiblement emmené, souriant. Il se tenait tout en haut de sa fièvre comme en équilibre, moi en bas à cafouiller.
— L.-F. Céline
La nuit est sortie de dessous les arches, elle est montée tout le long du château, elle a pris la façade, les fenêtres, l’une après l’autre, qui flambaient devant l’ombre. Et puis, elles se sont éteintes aussi les fenêtres. Il ne restait plus qu’à partir une fois de plus.
— L.-F. Céline
Ce meurtre raté l’avait plutôt comme stimulée, arrachée à l’espèce de tombeau sournois où elle était recluse depuis tant d’années dans le fond du jardin moisi. À son âge une tenace vitalité revenait la parcourir. Elle jouissait indécemment de sa victoire et aussi du plaisir de posséder un moyen de tracasser, désormais indéfiniment, sa bru coriace. Elle la possédait à présent.
— L.-F. Céline
On les a vus traverser la place refroidie, plantée des débris de la fête, le dernier bec de gaz du bout a éclairé leur groupe brièvement blanchi et puis la nuit les a pris. On entendit encore un peu leurs voix et puis plus rien du tout. Il n’y avait plus rien.
— L.-F. Céline
Les souvenirs eux-mêmes ont leur jeunesse… Ils tournent dès qu’on les laisse moisir en dégoûtants fantômes tout suintants d’égoïsme, de vanités et de mensonges… Ils pourrissent comme des pommes
— L.-F. Céline
Comme toutes les pensées conduisent à la mort, il arriverait un certain moment où il ne verrait plus qu’elle avec lui dans son cinéma.
— L.-F. Céline
En somme la mort c’est un peu comme un mariage. Cette mort-là elle ne lui plaisait pas du tout et puis voilà. Rien à dire.
— L.-F. Céline
Tout notre malheur vient de ce qu’il nous faut demeurer Jean, Pierre ou Gaston coûte que coûte pendant toutes sortes d’années. Ce corps à nous, travesti de molécules agitées et banales, tout le temps se révolte contre cette farce atroce de durer.
— L.-F. Céline
On est séparé d’eux par toute la peur et on en reste écrasé jusqu’au moment où ça finit d’une façon ou d’une autre et alors on peut enfin les rejoindre ces salauds de tout un monde dans la mort ou dans la vie.
— L.-F. Céline
Son cœur était malade d’abord, et tout à fait vieux. Il poussait du sang comme il pouvait son cœur dans ses artères, il avait du mal à remonter dans les veines. Elle s’en irait au grand cimetière d’à côté d’abord la tante, où les morts c’est comme une foule qui attend.
— L.-F. Céline
C’est pas la peine de se débattre, attendre ça suffit, puisque tout doit finir par y passer dans la rue. Elle seule compte au fond. Rien à dire. Elle nous attend. Faudra qu’on y descende dans la rue, qu’on se décide, pas un, pas deux, pas trois d’entre nous, mais tous.
— L.-F. Céline
D’un coup, comme je n’y pensais plus, leur chanson est devenue plus forte que la vie et même qu’elle a fait tourner le destin en plein du côté du malheur.
— L.-F. Céline
Il se débattait autant contre la vie que contre la mort. Ça serait juste d’éclater dans ces cas-là. Quand la nature se met à s’en foutre on dirait qu’il n’y a plus de limites.
— L.-F. Céline
Tellement nombreux qu’on a honte vraiment, d’avoir pas eu le temps de les regarder pendant qu’ils vivaient là à côté de vous, des années… On n’a jamais assez de temps c’est vrai, rien que pour penser à soi-même.
— L.-F. Céline
On ne pouvait aller plus loin, parce qu’après ça il n’y avait plus que les morts. Ils commençaient sur la Place du Tertre, à côté, les morts. Nous étions bien placés pour les repérer.
— L.-F. Céline
Elle essaye de se faire du thé qu’on explique. Il faut bien qu’elle essaye puisqu’elle est là pour l’éternité. Elle n’en finira jamais de le faire bouillir son thé à cause du brouillard qui est devenu bien trop dense et bien trop pénétrant.
— L.-F. Céline
Après tout quand l’égoïsme nous relâche un peu, quand le temps d’en finir est venu, en fait de souvenir on ne garde au cœur, que celui des femmes qui aimaient vraiment un peu les hommes, pas seulement un seul, même si c’était vous, mais tous.
— L.-F. Céline
Dans tous les coins des jardins publics, il y a comme ça d’oubliés des tas de petits cercueils fleuris d’idéal, des bosquets à promesses et des mouchoirs remplis de tout. Rien n’est sérieux.
— L.-F. Céline
Je m’en retournai triste quand même du côté de Vigny, en pensant que tous ces gens, ces maisons, ces choses sales et mornes ne me parlaient plus du tout, droit au cœur comme autrefois, et que moi tout mariole que je pouvais paraître, je n’avais peut-être plus assez de force non plus, je le sentais bien, pour aller encore loin, moi, comme ça, tout seul.
— L.-F. Céline
Vous demeurent seulement précieux les menus chagrins, celui de n’avoir pas trouvé le temps pendant qu’il vivait encore d’aller voir le vieil oncle à Bois-Colombes, dont la petite chanson s’est éteinte à jamais un soir de février. C’est tout ce qu’on a conservé de la vie.
— L.-F. Céline
C’était comme s’il essayait de nous aider à vivre à présent nous autres. Comme s’il nous avait cherché à nous des plaisirs pour rester. Il nous tenait par la main.
— L.-F. Céline
La guerre décidément, n’était pas terminée ! Notre colonel, il faut dire ce qui est, manifestait une bravoure stupéfiante ! Il se promenait au beau milieu de la chaussée et puis de long en large parmi les trajectoires aussi simplement que s’il avait attendu un ami sur le quai de la gare, un peu impatient seulement.
— L.-F. Céline
Quand on a pu s’échapper vivant d’un abattoir international en folie, c’est tout de même une référence sous le rapport du tact et de la discrétion.
— L.-F. Céline
« Quand nous viendrons nous autres d’aussi loin qu’elles mon ami que ne puerons-nous pas ? »
— L.-F. Céline
Je dirai tout un jour, si je peux vivre assez longtemps pour tout raconter.
— L.-F. Céline
On n’en finit pas d’être heureux. On en a jamais assez de bonheur, tant qu’on est capable encore de jouer un rôle.
— L.-F. Céline
D’un côté, on ne le regretta pas, mais tout de même ce départ créait un sacré vide dans la maison. D’abord la façon dont il était parti nous rendait tristes et pour ainsi dire malgré nous. Elle n’était pas naturelle la façon dont il était parti.
— L.-F. Céline
Tous les assassins voient l’avenir en rose, ça fait partie du métier.
— L.-F. Céline
C’est avec des gens heureux qu’on fait les meilleurs damnés.
— L.-F. Céline
Vanité d’abord ! La prétention tue comme le reste ! Mieux que le reste !
— L.-F. Céline
Elle a tout fait pour que je vive, c’est naître qu’il aurait pas fallu.
— L.-F. Céline
C’est ça la présence de la mort … C’est quand on cause à leur place
— L.-F. Céline
Il n’est point de douceur en ce monde Gwendor ! rien que de légende ! Tous les royaumes finissent dans un rêve ! …
— L.-F. Céline
Tout trahit Gwendor … Les passions n’appartiennent à personne, l’amour, surtout, n’est que fleur de vie dans le jardin de la jeunesse.
— L.-F. Céline
C’est pas gratuit de crever ! C’est un beau suaire brodé d’histoires qu’il faut présenter à la Dame. C’est exigeant le dernier soupir.
— L.-F. Céline
Sa mémoire c’est tout ce qu’il a laissé mon père et des tombereaux d’emmerdements. Ça la possède le Souvenir ! Plus qu’il est mort et plus qu’elle l’aime ! C’est comme une chienne qu’en finit pas …
— L.-F. Céline
Ils ont mis quand même quarante ans toujours ensemble, à se suicider.
— L.-F. Céline
Toute jaune et rouge qu’était maintenant sa figure avec beaucoup de sueur dessus, comme un masque qui serait en train de fondre
— L.-F. Céline
« Travaille bien mon petit Ferdinand ! » qu’elle a chuchoté … J’avais pas peur d’elle … On se comprenait au fond des choses
— L.-F. Céline
quand on l’a sentie une fois … on la sent après partout … malgré les fleurs … dans le parfum même … après soi … Ça vous tourne … ça vient du trou … on croit qu’on l’a pas sentie. Et puis la revoilà ! …
— L.-F. Céline
On a regardé l’Angleterre comme on débarque dans l’Au‑delà
— L.-F. Céline
Achetez jeune ! Faites souple ! Ne bâtissez pas ! Montez ! Bâtir c’est la mort ! On ne bâtit bien que des tombes ! Achetez vivant ! Demeurez vivants !
— L.-F. Céline
« Bonne chance ! Bonne chance ! » à la craie … en très grosses lettres majuscules … Et c’était bien son écriture …
— L.-F. Céline
Si les choses nous emportaient en même temps qu’elles, si mal foutues qu’on les trouve, on mourrait de poésie.
— L.-F. Céline
Il comprenait pas que les choses périssent.
— L.-F. Céline
Les mômes qui ne sortaient jamais, la transition leur fut trop forte. Ils étaient morts au grand air !
— L.-F. Céline
Ils sont morts dans les bras l’un de l’autre. Ça faisait un quart d’heure à peine qu’il était sorti.
— L.-F. Céline
Elle était devenue si vieille depuis l’hiver précédent, qu’elle avait plus de figure du tout, rien qu’une pâte molle à la place
— L.-F. Céline
Les falaises aussi c’est dangereux. Chaque année des familles entières sont écrabouillées sous les roches. Une imprudence, un faux pas, une réflexion malheureuse … La montagne se renverse sur vous
— L.-F. Céline
C’était le grand silence dans les rangs, la timidité, les inquiétudes de l’accostage. Des cadavres seraient pas plus timides.
— L.-F. Céline
Il a compté dessus toutes les secondes jusqu’à la fin … La grande aiguille, ça le fascinait, celle qui court vite. Il bougeait plus à la regarder pendant des heures …
— L.-F. Céline
Elle pleurait à genoux contre mon lit, comme si j’étais déjà mort … Elle marmonnait des prières …
— L.-F. Céline
Mourir, moi ? Ah ! là ! là ! La mort ? Oh ! mais je ne demande que ça moi ! Mourir ! Vite ! Ah ! là ! là ! Alors tu parles comme je m’en fous ! Mais c’est ce que je désire moi la mort ! …
— L.-F. Céline
Ils en reviennent alors tout livides, dans le petit jour du matin … qu’on dirait qu’ils sont déjà morts
— L.-F. Céline
Bâtir c’est la mort ! On ne bâtit bien que des tombes ! Achetez vivant ! Demeurez vivants !
— L.-F. Céline
Notre magnifique territoire ! n’est‑il point jonché, du Nord au Midi, de ruines mélancoliques ! d’autrefois fières demeures ! Altiers manoirs ! parure de nos sillons, qu’êtes‑vous devenus ? Poussières !
— L.-F. Céline
Le temps passe ! Une minute ! Une heure ! À mon âge ? mais c’est déjà l’Éternité !
— L.-F. Céline
C’était des braves petites bêtes loyales et fidèles … Absolument familiales … Ils m’attendaient dans la soupente … Dès qu’ils m’entendaient remuer l’échelle … Ils roucoulaient double ! …
— L.-F. Céline
Il l’étreignait dans ses bras … Le double canon lui rentrait à travers la bouche, lui traversait tout le cassis … Ça embrochait toute la compote … Toute la barbaque en hachis ! … en petits lambeaux, en glaires, en franges … Des gros caillots, des plaques de tifs … Il avait plus de châsses du tout … Ils étaient sautés … Son nez était comme à l’envers … C’est plus qu’un trou sa figure
— L.-F. Céline
Y a pas plus traître comme endroit. Si on carambole dans la vase, on est happé, on reste au fond, les crabes vous bouffent, on vous retrouve plus
— L.-F. Céline
Chaque seconde est la dernière … Mon père en maillot zébré, entre deux vallées mugissantes s’époumone.
— L.-F. Céline
Ils s’abandonnent au malheur ! Ils veulent plus vivre ! … plus respirer ! …
— L.-F. Céline
C’était bien plus sincère qu’un ami ! …
— L.-F. Céline
Et d’ailleurs, s’il y avait pas ça, on n'aimerait pas, comme vous dites ; l’amour, c’est de la peur de mourir.
— L.-F. Céline
C’est pour mourir qu’on a besoin de quelqu’un. (Aux policiers) Vous verrez ça. Pour guérir, on n’a besoin de personne...
— L.-F. Céline
Ce qui est plus triste que tout, écoutez-moi, c’est de mourir. Il y a même que ça de triste dans la vie.
— L.-F. Céline
tout près de vous, c’est le néant, c’est toujours le néant, vous promenez le néant derrière vous.
— L.-F. Céline
S’il y avait pas les agonies et les accouchements, tu vois mon vieux, ça irait tout seul la médecine : Et encore les agonies y a pas d’imprévus...
— L.-F. Céline
La beauté, au moins, on sait que ça meurt, et comme ça, on sait que ça existe...
— L.-F. Céline
Est-ce que ça m’empêchera d’avoir un cancer du rectum, si je dois en avoir un !
— L.-F. Céline
Dans l'Histoire des temps la vie n'est qu'une ivresse, la Vérité c'est la Mort.
— L.-F. Céline
La fièvre des accouchées ! Divinité terrible ! Détestable ! mais tellement habituelle !
— L.-F. Céline
L'homme finit où le fou commence, l'animal est plus haut et le dernier des serpents frétille au moins comme son père.
— L.-F. Céline
Il semble qu'il n'y eût au fond de cet être aucune indulgence pour le sort commun, pour la Mort, et rien de possible en lui qu'une foi immense dans la vie.
— L.-F. Céline
Je la regardais moi la vie, presque en train de me torturer. Quand elle me fera l’agonie pour de bon, je lui cracherai dans la gueule comme ça. Elle est tout con à partir d’un certain moment, faut pas me bluffer, je la connais bien. Je l’ai vue. On se retrouvera. On a un compte ensemble. Je l’emmerde.
— L.-F. Céline
Même si on n’avait plus que dix minutes à vivre on chercherait encore de l’émoi tendre d’antan.
— L.-F. Céline
C’est tout silencieux. C’est le printemps à côté avec les oiseaux. Ça siffle comme des balles les oiseaux.
— L.-F. Céline
Plus qu’on en écrabouille mieux les fleurs poussent, c’est mon avis.
— L.-F. Céline
Comme il était, son âme est partie, comme le son de la lourde cloche au premier choc, s’est envolée.
— L.-F. Céline
Pousser son couic encore ça peut se faire, c’est tout ce qui précède qui vous épuise la poésie, toutes les charcuteries, les baveries, les torturations qui précèdent le hoquet du bout. Faut être donc ou bien bref ou bien riche.
— L.-F. Céline
C’est extraordinaire ce que ça fait marcher les bouquets la guerre.
— L.-F. Céline
Y avait des civils bien nombreux sur le bateau qui rassuraient, qui parlaient comme avant qu’on soye condamnés à mort, de choses et d’autres.
— L.-F. Céline
Sérieux est mort, Verdun l’a tué ! Amen !…
— L.-F. Céline
c’est ça la pensée de la foule : hachis et bouts d’os !
— L.-F. Céline
ma mère est morte par syncope, du cœur, sur un banc, et de faim aussi, de se priver, j'étais en prison à la « Vesterfangsel », Danemark… j'étais pas là quand elle est morte, j'étais aux a condamnés à mort », Pavillon K…
— L.-F. Céline
Mais j'ai peut-être tort de me plaindre… la preuve, je vis encore… et je perds des ennemis tous les jours !… de cancer, d’apoplexie, de goinfrerie… c’est un plaisir ce qu’il en défile !… j'insiste pas… un nom !… un autre ! y a des plaisirs dans la nature.
— L.-F. Céline
ce que la vie a pu devenir !… un chef-d'œuvre de pas crever !…
— L.-F. Céline
la mort, mais ailleurs !… l’attirance pas à raisonner… même très discrètement. le retour !… l’aimant animal que c’est.
— L.-F. Céline
les morts se mettent à s’agiter… même qui dirait grouiller sous lui !… les maccabs… ça se met à bouger, lui remuer dessous !… et sur lui !… et à s’extirper !… positif! se sortir de la fosse… ils s’hissent !…
— L.-F. Céline
mais rien ne vaut que d’être soi-même condamné à mort, pour que presque plus rien vous gêne
— L.-F. Céline
combien de fois on vous a désiré mort depuis soixante et trois ans ?… c’est pas à compter !
— L.-F. Céline
ce qui nuit dans l’agonie des hommes c’est le tralala… l’homme est toujours quand même en scène… le plus simple.
— L.-F. Céline
elle était dans le sens du souvenir, d’où elle était venue, du Nord, du Danemark, le museau au nord, tourné nord… la chienne bien fidèle d’une façon, fidèle aux bois où elle fuguait, Korsôür, là-haut… fidèle aussi à la vie atroce.
— L.-F. Céline
le cancer est pas tout ! la conscience au travail qu’est tout !
— L.-F. Céline
ça vient !… certain moment, la courbe des âges… accélère tout! précipite tout! moi qui collectionne les « faire-part »… je sais !… le « Grand Rappel » ! bourreaux et victimes !…
— L.-F. Céline
l’Hamlet lui il l’avait facile philosopher sur des crânes !… il avait sa « sécurité » ! nous on l’avait pas, nom de Dieu !
— L.-F. Céline
que vous vous trouviez un prochain jour sous des myriatonnes de décombres, expirant beuglant troglodyte… finie taupe !… «la France ! toute la France pour une allumette |… l’Aquitaine en prime ! » personne vous donnera l’allumette !
— L.-F. Céline
à un certain âge, surtout après certaines épreuves, vous désirez plus qu’une chose : qu’on vous foute la paix !… mieux même : qu’on vous tienne pour mort !
— L.-F. Céline
Oh ! je me fais aucune illusion !… ils croient pas un mot de ces horreurs, mais une chose que je suis sûr, bel bien, c’est qu’ils m’harcèleront à la mort !…
— L.-F. Céline
viandes si plein de sang, prêtes à roustir! un coup de champignon ! le four ouvre ! la Messe est là ! pas à l’eau bénite !… au sang chaud ! sang, tripes, plein le tunnel !…
— L.-F. Céline
qu’il vienne je l’attends !… je suis toujours là, je m’absente jamais, je reste exprès pour les retardataires… un printemps… deux… trois… je serai plus là… il sera trop tard… je serai mort naturel.
— L.-F. Céline
tenez c’est comme la dentelle !… j'ai vu mourir la dentelle… moi, qui vous cause !…
— L.-F. Céline
la preuve ma mère au Père-Lachaise a même pas son nom sur sa tombe… je vous raconterai… Marguerite Céline. cause de moi, la honte… que les passants pourraient cracher.
— L.-F. Céline
Tartuffes, ils sont! dix fois comme les nôtres !… Tartuffes protestants, chapeau ! que vous creviez pendant qu’ils méditent ? ils veulent bien. puritains !… ils resteront à réfléchir vingt ans !…
— L.-F. Céline
le plus sûr moyen croyez-moi, j'ai été consulté cent fois : le fusil de chasse dans la bouche ! enfoncé, profond !… et pfanng !… vous vous éclatez le cinéma !
— L.-F. Céline
il aurait eu la « couverture », il vivrait encore, on l’aurait pas emmené se promener… mais pas couvert ? c'était joué ! c’était fatal !
— L.-F. Céline
il tombait un jour de la plus grande Gloire de Vengeance
— L.-F. Céline
voilà des morts qui doutent de rien !… zut !. moi qu’ai passé mort !… réputé mort !…, entendu mort !
— L.-F. Céline
payeurs !… pas payeurs !… tout le monde servi !… confitures de tronches !… massacrerie à la rame !
— L.-F. Céline
vrang ! brang ! riches !… pauvres ! les mères ! les mômes dans les bras ! brang : il leur sort la tête !
— L.-F. Céline
c’est effrayant ce qu’un agonique peut briser les nerfs des familles !… cette cruauté d’en pas finir !… le sadisme des « derniers moments » !
— L.-F. Céline
les animaux sont innocents, même les fugueurs comme Bessy… on les abat dans les meutes…
— L.-F. Céline
le seul vrai bonheur de bonheur l’incarnement !… vous pouviez lui couper la tête : il incarnait !… la tête serait partie toute seule, bien contente, aux anges !
— L.-F. Céline
C’est la guerre, Docteur ! c’est la guerre !
— L.-F. Céline
Surtout vous oubliez pas qu’au Ciel, très haut aux nuages, et plus bas au ras des toits, c’est la ronde !… c’est le tonnerre de Dieu perpétuel, de ces passages de forteresses !…
— L.-F. Céline
ces escadres au ras de la gare et du Château, que d’un geste, d’un seul petit doigt, ils auraient pu nous tourner torche, nous, les aqueducs et tous les trains de troupes !… une bombe !… toutes les munitions éclataient !
— L.-F. Céline
par l’orifice de la balle un jet de sang du dos… par pulsations… et par la bouche, glouglous de sang…
— L.-F. Céline
camemberts verts ? vers, coulants puants, vite vite à remettre au frigidaire !… à l’office ! à la fosse ! au trou !…
— L.-F. Céline
no man's land puzzle ! vous vous y faisiez flinguer par les gardes françaises, suisses, ou fritz… parfaitement d’accord !… à vue ! feu !… fifis, S.A., ou Guillaumes Tells !… chasse ouverte !… tout ce qui se risquait…
— L.-F. Céline
nous on était tout dans la Mort ! Constance, la Vie !… Bâle !… Berne !…
— L.-F. Céline
comme ça qu’ils s’étaient décidés ! partis ! le premier passeur venu ! hop !… tout de suite !… tout de suite ! et qu’ils s’étaient fait recevoir, là-bas !… un peu !… vachement attendus !… somnambules d’amour !… prévus !… attendus !… en bonheur, quoi !
— L.-F. Céline
des décapitations en masse ! pendaisons ! des pleines allées d’arbres ! entières !… guirlandes farandoles de pendus !
— L.-F. Céline
le 4° grand Reich est mort, tous les gens et maisons avec, et Beethoven aussi! choristes à la «Force par la joie!»
— L.-F. Céline
les animaux à la Villette ou Chicago ont peur ! ils ont le sens de ce qui va se passer. les chers malades du Grand Patron vont se faire ouvrir avec amour.
— L.-F. Céline
le rêve à tout prix !… avant la brife, le pive et l’oigne ! pas de question !… l’homme calanche de bien des trucs mais sans cigarette il peut pas !…
— L.-F. Céline
regardez-le au poteau ou la guillotine… il pourrait jamais !… faut qu’il fume d’abord !…
— L.-F. Céline
les pires condamnés à mort, même traqués par l’armée Leclerc, même tous les fifis plein les bois, et toute la R.A.F. sur le crâne, tonnante, jour et nuit, leur enlève pas l’envie de saillir !…
— L.-F. Céline
Je revois plus nulle part les zazous… pas plus qu’on reverra Louis XVI place de la Concorde… Les Chinois seront pas à regarder si ils retrouvent l’endroit de l’échafaud…
— L.-F. Céline
les boches sont si fourbes qu'ils vous présenteraient l’échafaud… « coupez donc votre petit cigare !… lieber Herr… bitte sehr !… allez-y !… l’allumette est de l’autre côté ! »
— L.-F. Céline
il a plus de comptes à rendre à personne, Bichelonne !… nous, un petit peu, c’est pas fini !… on a drôlement à s’expliquer ! des comptes à rendre à tout le monde !…
— L.-F. Céline
vous êtes à crever à l’hospice ? soit !… le moindre de vos devoirs !… vous aurez pas un myosotis !… les orchidées pour Miss Morue !
— L.-F. Céline
vieux et fatigué mutilé : je m’en vais !… tout se sera passé impeccable !… rien à redire !…
— L.-F. Céline
le plus de bide, popotin… bajoues, le plus damné de la Terre ? vous marrez ? ils vous coupent la tête.
— L.-F. Céline
C’est à lui qu’ils raquent: pas Robert ?… pas vrai, Robert ?
— L.-F. Céline
pour les dames d’un certain âge, Pétain c'était la France, c’est tout… ma père aussi est morte ainsi, Pétain la France…
— L.-F. Céline
jamais personne a rendu l’âme, jamais eu d’âmes fumiers pareils, dettes pendantes.
— L.-F. Céline