Thème
Citations sur nuit
Les passages de Céline sur nuit — composés à la main, vérifiés mot pour mot.
On les a vus traverser la place refroidie, plantée des débris de la fête, le dernier bec de gaz du bout a éclairé leur groupe brièvement blanchi et puis la nuit les a pris. On entendit encore un peu leurs voix et puis plus rien du tout. Il n’y avait plus rien.— L.-F. Céline
Si j’avais bien dormi toujours j’aurais jamais écrit une ligne.— L.-F. Céline
C’est toute la beauté la nuit … ça vient se rebiffer contre vous … ça vous attaque, ça vous emporte … C’est impossible à supporter …— L.-F. Céline
Elle est rauque l’eau, elle fait des bruits creux … des étranglements, dans des grands nœuds jaunes … Elle se penchait juste au‑dessus Nora, et puis elle relevait vite la tête … Elle regardait là‑bas, très loin, le jour qui sombrait derrière les maisons de la côte … Ça faisait une lueur sur son visage … Une tristesse qui faisait trembler tous ses traits …— L.-F. Céline
Déjà c’est joli les cierges, ça fait des buissons fragiles … tout frétillants dans le grand velours sombre des voûtes … Ça m’hallucinait … Peu à peu ça m’endormait …— L.-F. Céline
Sur le fond cru du gaz, y avait les musiques des bistrots, leurs portes qui chavirent. On se sentait menacés. On repassait vite sur l’autre trottoir, ma mère avait peur des ivrognes. La gare c’était dedans comme une boîte, la salle d’attente pleine de fumée avec une lampe d’huile en haut, branleuse au plafond. Ça tousse, ça graillonne autour du petit poêle, les voyageurs, tout empilés, ils grésillent dans leur chaleur. Voici le train qui vrombit, c’est un tonnerre, on dirait qu’il arrache tout.— L.-F. Céline
Le Phare écarquille la nuit … L’éclair passe sur le bonhomme … Le rouleau de la grève aspire les cailloux … s’écrase … roule encore … fracasse … revient … crève …— L.-F. Céline
Encore un petit coup à la bière … On pourra jamais se relever … Alors ça sera beaucoup mieux …— L.-F. Céline
Ils en reviennent alors tout livides, dans le petit jour du matin … qu’on dirait qu’ils sont déjà morts …— L.-F. Céline
C’était un royaume de fantômes …— L.-F. Céline
Tous les sifflements du chemin de fer, ils s’enroulaient en serpentins à travers les buées du ciel … C’était un royaume de fantômes … Il fallait même rentrer vite … On serait tombés de la falaise …— L.-F. Céline
Au moment des accalmies, il arrivait des nuages tout roses, sur la terre et sur l’horizon … et puis les champs devenaient bleus … Comme c’était disposé la ville, les toits des maisons dévalaient en pente vers le fleuve, on aurait dit toute une avalanche, des bêtes et des bêtes … un énorme troupeau tour noir et tassé dans les brumes qui descendait de la campagne … Tout ça fumait dans les buées … jaunes et mauves …— L.-F. Céline
C’était comme de l’oiseau sa voix, ça battait des ailes, c’était partout dans la nuit, des petits échos …— L.-F. Céline
À force de me préoccuper je me réveillais en sursaut dans le milieu de la nuit … J’avais une obsession comme ça, qui me possédait de plus en plus fort … Ça me tenaillait toute la bouille …— L.-F. Céline
Les arbres en avaient la tremblote … Ils ramaient les fantômes du vent … Aussitôt vidées nos assiettes on retournait vite dans les tas de paille pour conserver notre chaleur ! …— L.-F. Céline
J’ai pas dormi, depuis vingt ans, une seule nuit complète ! Si vous voulez tout savoir ! C’est la vérité absolue ! … On m’a tout enlevé à moi ! … le sommeil, l’appétit, mes économies ! …— L.-F. Céline
Février c’est le mois le plus petit, c’est aussi le plus méchant ! …— L.-F. Céline
Le ciel était d’une grande clarté … Je crois que jamais je l’avais vu si net … Ça m’a étonné ce soir‑là comme il était découvert … Je reconnaissais toutes les étoiles … Presque toutes en somme … et je savais bien les noms ! …— L.-F. Céline
La voix s’élevait tout doucement, elle ondoyait dans la vallée … Elle revenait sur nous … L’atmosphère au‑dessus du fleuve, ça résonne, ça amplifie …— L.-F. Céline
Il est remonté en bicyclette, il est reparti en zigzag d’un bord à l’autre de la route … Il vadrouillait loin dans la nuit avec son petit lampion rouge … On l’a regardé disparaître … Il pouvait plus s’en aller droit.— L.-F. Céline
Le début de l’hiver avait pas été trop dur … maintenant ça se vengeait la saison …— L.-F. Céline
La nuit elle finirait jamais ! … J’aurais jamais pu m’endormir tellement il me passait de transes … Jamais je crois j’avais tant redouté …— L.-F. Céline
Comme il était, son âme est partie, comme le son de la lourde cloche au premier choc, s’est envolée.— L.-F. Céline
que je repousse l’angoisse de ne plus dormir jamais, que j’agglomère mes bruits à moi, toute ma batterie d’oreille, avec ceux du dehors et qu’à petits coups j’arrive à faire une heure, deux heures, trois, à l’inconscience, comme on soulève un poids énorme et qu’on laisse retomber, pour faillir encore dans une énorme déroute.— L.-F. Céline
C’est pas croyable comme torture l’univers du sommeil.— L.-F. Céline
Loin, loin c’était toujours du soleil et des arbres, ce serait le plein été bientôt. Mais les taches de nuages qui passaient restaient longtemps sur les champs de betteraves. Je le maintiens c’est joli. C’est fragile les soleils du Nord.— L.-F. Céline
Je sentais tout autour le destin si fragile que c’était comme des craquements partout autour dans le plancher, dans les meubles quand j’avançais dans la piaule.— L.-F. Céline
Voici la fin de l’hiver Bébert, que je lui dis. Bientôt l’espérance ! Un coup de printemps et je vais bourdonner de la cloche plus que jamais !— L.-F. Céline
Chaque matin j’avais plus de fatigue que la veille à force de m’être réveillé vingt trente fois par les bourdonnements au cours de la nuit.— L.-F. Céline
Le soleil passe et se carre facilement dans le noir, pour un rien. C’est un sensible.— L.-F. Céline
À gauche défilait le canal bien endormi sous les peupliers pleins de vent. Il s’en allait en zigzag murmurer ces choses là-bas jusqu’aux collines et filait encore tout le long jusqu’au ciel qui le reprenait en bleu avant la plus grande des trois cheminées sur la pointe de l’horizon.— L.-F. Céline
on revient à la charge du sommeil comme les lapins traqués au cours de la chasse, contre un fossé, qui laissent ça là, n’insistent plus, repartent, espèrent encore.— L.-F. Céline
C’est étrange et bien touchant à voir le bateau, la sirène encore, le bon, le beau, le gros bateau. Il a trembloté de toute sa carcasse, il a frémi plutôt. La surface du bassin a frémi tout de suite pour de bon.— L.-F. Céline