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Citations sur ville
Les passages de Céline sur ville — composés à la main, vérifiés mot pour mot.
C’était comme une plaie triste la rue qui n’en finissait plus, avec nous au fond, nous autres, d’un bord à l’autre, d’une peine à l’autre, vers le bout qu’on ne voit jamais, le bout de toutes les rues du monde.— L.-F. Céline
Autant se taire et regarder dehors, par la fenêtre, les velours gris du soir prendre déjà l’avenue d’en face, maison par maison, d’abord les plus petites et puis les autres, les grandes enfin sont prises et puis les gens qui s’agitent parmi, de plus en plus faibles, équivoques et troubles, hésitants d’un trottoir à l’autre avant d’aller verser dans le noir.— L.-F. Céline
Plus loin, bien plus loin que les fortifications, des files et des rangées de lumignons dispersés sur tout le large de l’ombre comme des clous, pour tendre l’oubli sur la ville, et d’autres petites lumières encore qui scintillent parmi des vertes, qui clignent, des rouges, toujours des bateaux et des bateaux encore, toute une escadre venue là de partout pour attendre, tremblante, que s’ouvrent derrière la Tour les grandes portes de la Nuit.— L.-F. Céline
À mesure qu’on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous.— L.-F. Céline
De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l’écluse, un autre pont, loin, plus loin… Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus.— L.-F. Céline
Un petit hameau de rien du tout qu’on apercevait même pas pendant la journée, au fond d’une moche petite campagne, eh bien, on a pas idée la nuit, quand il brûle, de l’effet qu’il peut faire ! On dirait Notre-Dame ! Ça dure bien toute une nuit à brûler un village, même un petit, à la fin on dirait une fleur énorme, puis, rien qu’un bouton, puis plus rien.— L.-F. Céline
Ma conclusion c’était que les Allemands pouvaient arriver ici, massacrer, saccager, incendier tout, l’hôtel, les beignets, Lola, les Tuileries, les Ministres, leurs petits amis, la Coupole, le Louvre, les Grands Magasins, fondre sur la ville, y foutre le tonnerre de Dieu, le feu de l’enfer, dans cette foire pourrie à laquelle on ne pouvait vraiment plus rien ajouter de plus sordide, et que moi, je n’avais cependant vraiment rien à perdre, rien, et tout à gagner. On ne perd pas grand-chose quand brûle la maison du propriétaire.— L.-F. Céline
Dans le grand abandon mou qui entoure la ville, là où le mensonge de son luxe vient suinter et finir en pourriture, la ville montre à qui veut le voir son grand derrière en boîtes à ordures. Il y a des usines qu’on évite en se promenant, qui sentent toutes les odeurs, les unes à peine croyables et où l’air d’alentour se refuse à puer davantage. Tout près, moisit la petite fête foraine, entre deux hautes cheminées inégales, ses chevaux de bois dépeint sont trop coûteux pour ceux qui les désirent, pendant des semaines entières souvent, petits morveux rachitiques, attirés, repoussés et retenus à la fois, tous les doigts dans le nez, par leur abandon, la pauvreté et la musique.— L.-F. Céline
La végétation bouffie des jardins tenait à grand-peine, agressive, farouche, entre les palissades, éclatantes frondaisons formant laitues en délire autour de chaque maison, ratatiné gros blanc d’œuf solide dans lequel achevait de pourrir un Européen jaunet.— L.-F. Céline
Pour une surprise, c’en fut une. À travers la brume, c’était tellement étonnant ce qu’on découvrait soudain que nous nous refusâmes d’abord à y croire et puis tout de même quand nous fûmes en plein devant les choses, tout galérien qu’on était on s’est mis à bien rigoler, en voyant ça, droit devant nous… Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout.— L.-F. Céline
chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.— L.-F. Céline
C’était les pauvres de partout.— L.-F. Céline
La grande marmelade des hommes dans la ville. D’où j’étais là-haut, on pouvait bien crier sur eux tout ce qu’on voulait. J’ai essayé. Ils me dégoûtaient tous. J’avais pas le culot de leur dire pendant le jour, quand j’étais en face d’eux, mais d’où j’étais je ne risquais rien, je leur ai crié « Au secours ! Au secours ! » rien que pour voir si ça leur ferait quelque chose. Rien que ça leur faisait. Ils poussaient la vie et la nuit et le jour devant eux les hommes. Elle leur cache tout la vie aux hommes. Dans le bruit d’eux-mêmes ils n’entendent rien. Ils s’en foutent. Et plus la ville est grande et plus elle est haute et plus ils s’en foutent. Je vous le dis moi. J’ai essayé. C’est pas la peine.— L.-F. Céline
La lumière du ciel à Rancy, c’est la même qu’à Detroit, du jus de fumée qui trempe la plaine depuis Levallois. Un rebut de bâtisses tenues par des gadoues noires au sol. Les cheminées, des petites et des hautes, ça fait pareil de loin qu’au bord de la mer les gros piquets dans la vase. Là-dedans, c’est nous.— L.-F. Céline
Quand on arrive vers ces heures-là en haut du pont Caulaincourt on aperçoit au-delà du grand lac de nuit qui est sur le cimetière les premières lumières de Rancy. C’est sur l’autre bord Rancy. Faut faire tout le tour pour y arriver. C’est si loin ! Alors on dirait qu’on fait le tour de la nuit même, tellement il faut marcher de temps et des pas autour du cimetière pour arriver aux fortifications.— L.-F. Céline
Et la musique est revenue dans la fête celle qu’on entend d’aussi loin qu’on se souvienne depuis les temps qu’on était petit, celle qui ne s’arrête jamais par-ci par-là, dans les encoignures de la ville, dans les petits endroits de la campagne, partout où les pauvres vont s’asseoir au bout de la semaine, pour savoir ce qu’ils sont devenus. Paradis ! qu’on leur dit. Et puis on fait jouer de la musique pour eux, tantôt ci tantôt là, d’une saison dans l’autre, elle clinque, elle moud tout ce qui faisait danser l’année d’avant les riches.— L.-F. Céline
Le même pinard, le même cinéma, les mêmes ragots sportifs, la même soumission enthousiaste aux besoins naturels, de la gueule et du cul, en referaient là-bas comme ici la même horde lourde, bouseuse, titubante d’un bobard à l’autre, hâblarde toujours, trafiqueuse, malveillante, agressive entre deux paniques.— L.-F. Céline
Ce sont des esprits d’insectes dans des bottines à boutons. Faut rien leur dire, à peine les approcher. Elles sont mauvaises.— L.-F. Céline
On ne pouvait aller plus loin, parce qu’après ça il n’y avait plus que les morts.— L.-F. Céline
Vigny-sur-Seine se présente entre deux écluses, entre ses deux coteaux dépouillés de verdure, c’est un village qui mue dans sa banlieue. Paris va le prendre. Il perd un jardin par mois. La publicité, dès l’entrée le bariole en ballet russe. La fille de l’huissier sait faire des cocktails. Il n’y a que le tramway qui tienne à devenir historique, il ne s’en ira pas sans révolution. Les gens sont inquiets, les enfants n’ont déjà plus le même accent que leurs parents.— L.-F. Céline
Sur les soirs l’été, elle devenait parfois comme douce, la boue, quand le ciel, en rose, tournait au sentiment.— L.-F. Céline
On n’est plus qu’un vieux réverbère à souvenirs au coin d’une rue où il ne passe déjà presque plus personne.— L.-F. Céline
L’orgue à sentiments du manège profite de ce qu’on la grelottait déjà pour vous faire trembloter encore un peu plus par les nerfs. C’est la faillite du monde entier dont il rigole, l’instrument. Il en hurle à la déroute parmi ses mirlitons argentés, l’air va crever dans la nuit d’à côté, à travers les rues pisseuses qui descendent des Buttes.— L.-F. Céline
Pour être bien vus et considérés, il a fallu se dépêcher daredare de devenir bien copains avec les civils parce qu’eux, à l’arrière, ils devenaient à mesure que la guerre avançait, de plus en plus vicieux. Tout de suite j’ai compris ça en rentrant à Paris et aussi que leurs femmes avaient le feu au derrière, et les vieux des gueules grandes comme ça, et les mains partout, aux culs, aux poches. On héritait des combattants à l’arrière, on avait vite appris la gloire et les bonnes façons de la supporter courageusement et sans douleur.— L.-F. Céline
C’est déjà des cercueils les murs de ce côté-là.— L.-F. Céline
C’est désespérant quand on y pense, combien c’est défendu les hommes les uns contre les autres, comme autant de maisons.— L.-F. Céline
un vrai Saint-Esprit, plus précieux que du sang. J’ai eu tout de même le temps d’aller les voir et même je suis entré pour leur parler à ces employés qui gardaient les espèces. Ils sont tristes et mal payés.— L.-F. Céline
Dans ce milieu trop différent de celui où j’avais de mesquines habitudes, je m’étais à l’instant comme dissous. Je me sentais bien près de ne plus exister, tout simplement.— L.-F. Céline
Les maisons vous possèdent, toutes pisseuses qu’elles sont, plates façades, leur cœur est au propriétaire.— L.-F. Céline
Et puis l’hiver a traîné, s’est étalé pendant des mois et des semaines encore. On n’en sortait plus de la brume et de la pluie, au fond de tout.— L.-F. Céline
Les arrière-cours, c’est les oubliettes des maisons en série.— L.-F. Céline
Là viennent chuter, craquer, rebondir les cris, les appels des vingt maisons en pourtour, jusqu’aux petits oiseaux des concierges en désespoir qui moisissaient en pépiant après le printemps qu’ils ne reverront jamais dans leurs cages, auprès des cabinets, qui sont tous groupés les cabinets, là, dans le fond d’ombre, avec leurs portes toujours déglinguées et ballantes.— L.-F. Céline
Un chien, dessus, fait pipi, vite, la gérante somnole. Un autobus à vide fonce vers son dépôt. Les idées aussi finissent par avoir leur dimanche ; on est plus ahuri encore que d’habitude. On est là, vide. On en baverait. On est content. On a rien à causer, parce qu’au fond il ne vous arrive plus rien, on est trop pauvre, on a peut-être dégoûté l’existence ? Ça serait régulier.— L.-F. Céline
La nuit est sortie de dessous les arches, elle est montée tout le long du château, elle a pris la façade, les fenêtres, l’une après l’autre, qui flambaient devant l’ombre. Et puis, elles se sont éteintes aussi les fenêtres. Il ne restait plus qu’à partir une fois de plus.— L.-F. Céline
Vous remarquerez qu’il y a toujours deux prostituées en attente au coin de la rue des Dames. Elles tiennent ces quelques heures épuisées qui séparent le fond du jour au petit matin. Grâce à elles la vie continue à travers les ombres. Elles font la liaison avec leur sac à main bouffi d’ordonnances, de mouchoirs pour tout faire et les photos d’enfants à la campagne.— L.-F. Céline
On ne pouvait aller plus loin, parce qu’après ça il n’y avait plus que les morts. Ils commençaient sur la Place du Tertre, à côté, les morts. Nous étions bien placés pour les repérer.— L.-F. Céline
Dans tous les coins des jardins publics, il y a comme ça d’oubliés des tas de petits cercueils fleuris d’idéal, des bosquets à promesses et des mouchoirs remplis de tout. Rien n’est sérieux.— L.-F. Céline
Un énorme babillage s’étend gris et monotone au-dessus de la vie comme un mirage énormément décourageant.— L.-F. Céline
La Seine a tué ses poissons et s’américanise entre une rangée double de verseurs tracteurs-pousseurs qui lui forment au ras des rives un terrible râtelier de pourritures et de ferrailles.— L.-F. Céline
Aux fins des journées on s’apitoie sur le petit mouvement que créent les tramways en ramenant de Paris les employés par paquets dociles. Au premier détour après l’épicier c’est déjà fini leur déroute. Ils vont se verser tout doucement dans la nuit. On a à peine eu le temps de les compter.— L.-F. Céline
À l’estaminet des mariniers, je venais souvent tout seul encore, à l’heure morte qui suit le déjeuner, quand le chat du patron est bien tranquille, entre les quatre murs, comme enfermé dans un petit ciel en ripolin bleu rien que pour lui.— L.-F. Céline
Après le remblai de l’autre rive, c’est la grande plaine de Gennevilliers qui commence, une bien belle étendue grise et blanche où les cheminées se profilent doucement dans les poussières et dans la brume. Tout près du halage se tient le bistrot des mariniers, il garde l’entrée du canal. Le courant jaune vient pousser sur l’écluse. On regardait ça nous autres en contrebas pendant des heures, et à côté, l’espèce de long marécage aussi dont l’odeur revient sournoise jusque sur la route des autos. On s’habitue.— L.-F. Céline
C’est là sur le pont qu’on venait pour écouter l’accordéon, celui des péniches, pendant qu’elles attendent devant la porte, que la nuit finisse pour passer au fleuve. Surtout celles qui descendent de Belgique sont musicales, elles portent de la couleur partout, du vert et du jaune, et à sécher des linges plein des ficelles et encore des combinaisons framboise que le vent gonfle en sautant dedans par bouffées.— L.-F. Céline
Je m’en retournai triste quand même du côté de Vigny, en pensant que tous ces gens, ces maisons, ces choses sales et mornes ne me parlaient plus du tout, droit au cœur comme autrefois, et que moi tout mariole que je pouvais paraître, je n’avais peut-être plus assez de force non plus, je le sentais bien, pour aller encore loin, moi, comme ça, tout seul.— L.-F. Céline
Les brumes lentes du fleuve se déchirent au ras de l’eau, se pressent, passent, s’élancent, chancellent et vont retomber de l’autre côté du parapet autour des quinquets acides. La grosse usine des tracteurs qui est à gauche se cache dans un grand morceau de nuit. Elle a ses fenêtres ouvertes par un incendie morne qui la brûle en dedans et n’en finit jamais.— L.-F. Céline
Il n’arrive pas à la vomir sa valse de Faust le manège, mais il fait tout ce qu’il peut. Elle lui descend sa valse et elle lui remonte encore autour du plafond rond qui tourbillonne avec ses mille tartes de lumières en ampoules. C’est pas commode. Il souffre de musique dans le tuyau de son ventre l’orgue.— L.-F. Céline
La ville de Fort-Gono où j’avais échoué apparaissait ainsi, précaire capitale de la Bragamance, entre mer et forêt, mais garnie, ornée cependant de tout ce qu’il faut de banques, de bordels, de cafés, de terrasses, et même d’un bureau de recrutement, pour en faire une petite métropole, sans oublier le square Faidherbe et le boulevard Bugeaud, pour la promenade, ensemble de bâtisses rutilantes au milieu des rugueuses falaises, farcies de larves et trépignées par des générations de garnisaires et d’administrateurs dératés.— L.-F. Céline
Ils ne veulent recevoir chez eux en somme que les curieux qui leur apportent du pognon, parce que tous les argents d’Europe, c’est des fils à Dollar.— L.-F. Céline
C’est bon les villes inconnues ! C’est le moment et l’endroit où on peut supposer que les gens qu’on rencontre sont tous gentils. C’est le moment du rêve.— L.-F. Céline
Le réverbère du trottoir blanchissait la petite marquise en vitres comme avec de la neige au-dessus du perron. Je suis resté là, au coin de la rue, rien qu’à regarder, longtemps.— L.-F. Céline
Il faut avouer que le Passage, c’est pas croyable comme croupissure. C’est fait pour qu’on crève, lentement mais à coup sûr, entre l’urine des petits clebs, la crotte, les glaviots, le gaz qui fuit. C’est plus infect qu’un dedans de prison.— L.-F. Céline
Sous le vitrail, en bas, le soleil arrive si moche qu’on l’éclipse avec une bougie.— L.-F. Céline
Plus tard c’était l’accalmie, le grand domaine des brouillards … Ça devenait alors tout magique … Ça devenait comme un autre monde … On voyait plus à deux pas autour de soi, au jardin … Y avait plus qu’un nuage, il entrait doucement dans les pièces, il cachait tout, il passait peu à peu partout, dans la classe, entre les mômes … Les bruits de la ville, du port, montaient, remplissaient l’écho …— L.-F. Céline
Les refrains s’enlaçaient quand même dans la jolie nuit tombante, à travers les zéphyrs pourris … Le monstre aux cent mille braguettes, écroulé sur les martyrs, remue la musique dans son ventre …— L.-F. Céline
C’est comme une bête immense la ville, c’est écrasé dans l’horizon … C’est noir, c’est gris … ça change … ça fume … ça fait un bruit triste, ça gronde tout doucement … ça fait comme une carapace … des crans, des trous, des épines qui raccrochent le ciel …— L.-F. Céline
C’est vicelard comme tout la cliente, plus c’est huppée mieux c’est voleuse.— L.-F. Céline
Sur le fond cru du gaz, y avait les musiques des bistrots, leurs portes qui chavirent. On se sentait menacés. On repassait vite sur l’autre trottoir, ma mère avait peur des ivrognes. La gare c’était dedans comme une boîte, la salle d’attente pleine de fumée avec une lampe d’huile en haut, branleuse au plafond. Ça tousse, ça graillonne autour du petit poêle, les voyageurs, tout empilés, ils grésillent dans leur chaleur. Voici le train qui vrombit, c’est un tonnerre, on dirait qu’il arrache tout.— L.-F. Céline
Elles osent aborder nulle part. L’éclusier bouffi crache trois fois sa chique, tombe la veste, ramone et râle sur la chignole … La porte aux pivots tremblote, grince et démarre à petits coups … Les remous pèsent … les battants suintent et cèdent enfin …— L.-F. Céline
En bas, la campagne … la plaine … le vent qui prend son élan … trébuche au fleuve … tourmente le bateau‑lavoir … C’est l’infini clapotis … les triolets des branches dans l’eau …— L.-F. Céline
En me redressant debout je sentais plus mes deux guibolles … J’allais comme saoul dans la rue … Les passants, ils me remarquaient … Je suis resté un bon moment planqué sous le petit tunnel à la Porte Saint‑Denis. J’osais plus sortir du trou … Je voyais de loin les omnibus, ils ondulaient dans la chaleur … J’avais des éblouissements …— L.-F. Céline
Dehors à travers le carreau, sur le trottoir, à présent, c’étaient des poissons qui passaient … On les voyait joliment bien … Ils allaient doucement … Ils ondulaient sur la vitrine … Ils venaient comme ça dans la lumière … Ils ouvraient la bouche, il en sortait de petits brouillards …— L.-F. Céline
Tous les sifflements du chemin de fer, ils s’enroulaient en serpentins à travers les buées du ciel … C’était un royaume de fantômes … Il fallait même rentrer vite … On serait tombés de la falaise …— L.-F. Céline
Au moment des accalmies, il arrivait des nuages tout roses, sur la terre et sur l’horizon … et puis les champs devenaient bleus … Comme c’était disposé la ville, les toits des maisons dévalaient en pente vers le fleuve, on aurait dit toute une avalanche, des bêtes et des bêtes … un énorme troupeau tour noir et tassé dans les brumes qui descendait de la campagne … Tout ça fumait dans les buées … jaunes et mauves …— L.-F. Céline
Les jonquilles, les pâquerettes tremblotaient dans toutes les prairies … Le ciel est remonté chez lui, il gardait ses nuages comme tout le monde.— L.-F. Céline
C’était plus qu’un énorme délire, un cratère tout dépecé sur quatre kilomètres de tour, tout grondant d’abîmes et d’ivrognes …— L.-F. Céline
Aux grilles des Tuileries j’oblique … Je traverse, je pénètre dans les jardins … y avait déjà une damnée foule … C’était pas commode du tout de trouver une place dans les herbes … et surtout à l’ombre … C’était beaucoup plus que comble … Je me laisse un peu caramboler, je dégringole dans un glacis, au revers d’un remblai, dans les pourtours du grand bassin … C’était bien frais, bien agréable … Mais il survient juste alors toute une armée de cramoisis, une masse compacte, râlante, suifeuse, dégoulinante des quatorze quartiers d’alentour …— L.-F. Céline
Bâtir c’est la mort ! On ne bâtit bien que des tombes ! Achetez vivant ! Demeurez vivants !— L.-F. Céline
C’est l’instant foireux où tous les magasins relâchent leurs petits maniaques, leurs employés trop ingénieux … Tous les folichons sont en bombe ! … Le grand éparpillage des fabriques, des manutentions … Ils se précipitent, ils sont nu‑tête, ils cavalent derrière l’omnibus ! … les artisans tracassés par les effluves du Progrès !— L.-F. Céline
Il allait, venait, comme bête en cage ! Et c’est lui pourtant qu’était sur la route ! La route est large ! …— L.-F. Céline
À ceux que la vie quotidienne crucifiait lentement au fond des villes perverses, putrides, insanes ! … À ceux qui voulaient tenter l’impossible pour que leur petit chérubin échappe à l’atroce destinée d’un esclavage en boutique … d’une tuberculose de comptable …— L.-F. Céline
Une « Samothrace » en mastic … D’autres « Victoires » en pendulettes … Des méduses en nœuds de serpents qui faisaient des colliers … Encore des Chimères ! … Cent allégories pour des bagues, plus caca les unes que les autres …— L.-F. Céline
Les plaques des noms sur les portes, elles fondaient après les clous tellement ça devenait une étuve … Il a fait des 39,2 !— L.-F. Céline
C’est triste vraiment … C’est infâme ! … les innocents qui défilent le long des vitrines …— L.-F. Céline
Un défilé d’hurluberlus exorbités jusqu’aux sourcils, qui se dépoitraillaient devant la porte, gonflés, soufflés de certitudes, de solutions implacables …— L.-F. Céline
Siffle ! Siffle, ma garce ! Râle ! et Rugis ! Grogne ! je t’entends ! … Des goinfres ! … Des gouffres ! …— L.-F. Céline
Il est remonté en bicyclette, il est reparti en zigzag d’un bord à l’autre de la route … Il vadrouillait loin dans la nuit avec son petit lampion rouge … On l’a regardé disparaître … Il pouvait plus s’en aller droit.— L.-F. Céline
Quand t’es de Paris, faut que t’y restes ! …— L.-F. Céline
Et toujours ce mal au cœur … La rue, elle me foutait la panique … de la voir comme ça devant moi … sur les côtés … à droite … à gauche … Toutes les façades tout ça si fermé, si noir ! Merde ! … si peu baisant … c’était encore pire que Blême ! …— L.-F. Céline
À temps nouveaux, façons nouvelles !— L.-F. Céline
Chez nous, les villes, c’est couché, hein, et elles attendent le voyageur, tandis qu’ici elles sont toutes droites, debout, ça vous la coupe.— L.-F. Céline