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CÉLINE la petite musique

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Citations sur misère

Les passages de Céline sur misère — composés à la main, vérifiés mot pour mot.

Je ne connaissais que des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne.
— L.-F. Céline
Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue. S’ils se mettent à penser à vous, c’est à votre torture qu’ils songent aussitôt les autres, et rien qu’à ça. On ne les intéresse que saignants, les salauds !
— L.-F. Céline
À vingt ans je n’avais déjà plus que du passé.
— L.-F. Céline
Sa formidable résignation l’accablait, cette qualité de base qui rend les pauvres gens de l’armée ou d’ailleurs aussi faciles à tuer qu’à faire vivre. Jamais, ou presque, ils ne demandent le pourquoi, les petits, de tout ce qu’ils supportent. Ils se haïssent les uns les autres, ça suffit.
— L.-F. Céline
Ainsi s’en vont les hommes qui décidément ont bien du mal à faire tout ce qu’on exige d’eux : le papillon pendant la jeunesse et l’asticot pour en finir.
— L.-F. Céline
Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.
— L.-F. Céline
Il avait offert sans presque s’en douter à une petite fille vaguement parente des années de torture, l’annihilement de sa pauvre vie dans cette monotonie torride, sans conditions, sans marchandage, sans intérêt que celui de son bon cœur. Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se voyait pas. Il s’endormit d’un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l’air bien ordinaire.
— L.-F. Céline
La loi, c’est le grand « Luna Park » de la douleur. Quand le miteux se laisse saisir par elle, on l’entend encore crier des siècles et des siècles après.
— L.-F. Céline
C’était comme une plaie triste la rue qui n’en finissait plus, avec nous au fond, nous autres, d’un bord à l’autre, d’une peine à l’autre, vers le bout qu’on ne voit jamais, le bout de toutes les rues du monde.
— L.-F. Céline
Les pauvres sont fadés. La misère est géante, elle se sert pour essuyer les ordures du monde de votre figure comme d’une toile à laver. Il en reste.
— L.-F. Céline
Elle venait d’un temps où le petit peuple n’avait pas encore appris à s’écouter vieillir.
— L.-F. Céline
À mesure qu’on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous.
— L.-F. Céline
Est-ce que la vie elle est gentille avec eux ? Pitié de qui et de quoi qu’ils auraient donc eux ? Pour quoi faire ? Des autres ? A-t-on jamais vu personne descendre en enfer pour remplacer un autre ? Jamais. On l’y voit l’y faire descendre. C’est tout.
— L.-F. Céline
Trahir, qu’on dit, c’est vite dit. Faut encore saisir l’occasion. C’est comme d’ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c’est rare qu’on puisse.
— L.-F. Céline
Faut pas espérer laisser sa peine nulle part en route. C’est comme une femme qui serait affreuse la Peine, et qu’on aurait épousée. Peut-être est-ce mieux encore de finir par l’aimer un peu que de s’épuiser à la battre pendant la vie entière.
— L.-F. Céline
L’amour c’est elle la misère et rien qu’elle encore, elle toujours, qui vient mentir dans notre bouche, la fiente, c’est tout. Elle est partout la vache, faut pas la réveiller sa misère même au chiqué.
— L.-F. Céline
Bientôt il n’y aura plus que des gens et des choses inoffensifs, pitoyables et désarmés tout autour de notre passé, rien que des erreurs devenues muettes.
— L.-F. Céline
Ne croyez donc jamais d’emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s’ils peuvent dormir encore ?… Si oui, tout va bien. Ça suffit.
— L.-F. Céline
On ne monte pas dans la vie, on descend.
— L.-F. Céline
Dans ces moments-là, c’est un peu gênant d’être devenu aussi pauvre et aussi dur qu’on est devenu. On manque de presque tout ce qu’il faudrait pour aider à mourir quelqu’un. On a plus guère en soi que des choses utiles pour la vie de tous les jours, la vie du confort, la vie à soi seulement, la vacherie. On a perdu la confiance en route. On l’a chassée, tracassée la pitié qui vous restait, soigneusement au fond du corps comme une sale pilule. On l’a poussée la pitié au bout de l’intestin avec la merde.
— L.-F. Céline
Mais il n’y avait que moi, bien moi, moi tout seul, à côté de lui, un Ferdinand bien véritable auquel il manquait ce qui ferait un homme plus grand que sa simple vie, l’amour de la vie des autres. De ça, j’en avais pas, ou vraiment si peu que c’était pas la peine de le montrer.
— L.-F. Céline
La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français.
— L.-F. Céline
Haineux et dociles, violés, volés, étripés et couillons toujours, ils nous valaient bien ! Tu peux le dire ! Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d’opinions, ou bien si tard, que ça n’en vaut plus la peine. On est nés fidèles, on en crève nous autres !
— L.-F. Céline
Soldats gratuits, héros pour tout le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du Roi Misère. C’est lui qui nous possède ! Quand on est pas sages, il serre… On a ses doigts autour du cou, toujours, ça gêne pour parler, faut faire bien attention si on tient à pouvoir manger…
— L.-F. Céline
La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment ; d’autres commencent et s’y prennent vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.
— L.-F. Céline
Ma conclusion c’était que les Allemands pouvaient arriver ici, massacrer, saccager, incendier tout, l’hôtel, les beignets, Lola, les Tuileries, les Ministres, leurs petits amis, la Coupole, le Louvre, les Grands Magasins, fondre sur la ville, y foutre le tonnerre de Dieu, le feu de l’enfer, dans cette foire pourrie à laquelle on ne pouvait vraiment plus rien ajouter de plus sordide, et que moi, je n’avais cependant vraiment rien à perdre, rien, et tout à gagner. On ne perd pas grand-chose quand brûle la maison du propriétaire.
— L.-F. Céline
Je vous le dis, petits bonshommes, couillons de la vie, battus, rançonnés, transpirants de toujours, je vous préviens, quand les grands de ce monde se mettent à vous aimer, c’est qu’ils vont vous tourner en saucissons de bataille… C’est le signe… Il est infaillible. C’est par l’affection que ça commence.
— L.-F. Céline
Ce monde n’est je vous l’assure qu’une immense entreprise à se foutre du monde !
— L.-F. Céline
Je n’avais pas encore appris qu’il existe deux humanités très différentes, celle des riches et celle des pauvres. Il m’a fallu, comme à tant d’autres, vingt années et la guerre, pour apprendre à me tenir dans ma catégorie, à demander le prix des choses et des êtres avant d’y toucher, et surtout avant d’y tenir.
— L.-F. Céline
Dans le grand abandon mou qui entoure la ville, là où le mensonge de son luxe vient suinter et finir en pourriture, la ville montre à qui veut le voir son grand derrière en boîtes à ordures. Il y a des usines qu’on évite en se promenant, qui sentent toutes les odeurs, les unes à peine croyables et où l’air d’alentour se refuse à puer davantage. Tout près, moisit la petite fête foraine, entre deux hautes cheminées inégales, ses chevaux de bois dépeint sont trop coûteux pour ceux qui les désirent, pendant des semaines entières souvent, petits morveux rachitiques, attirés, repoussés et retenus à la fois, tous les doigts dans le nez, par leur abandon, la pauvreté et la musique.
— L.-F. Céline
Elle croyait au fond que les petites gens de sa sorte étaient faits pour souffrir de tout, que c’était leur rôle sur la terre, et que si les choses allaient récemment aussi mal, ça devait tenir encore, en grande partie à ce qu’ils avaient commis bien des fautes accumulées, les petites gens… Ils avaient dû faire des sottises, sans s’en rendre compte, bien sûr, mais tout de même ils étaient coupables et c’était déjà bien gentil qu’on leur donne ainsi en souffrant l’occasion d’expier leurs indignités… C’était une « intouchable » ma mère.
— L.-F. Céline
Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls.
— L.-F. Céline
Tout lugubre qu’était l’hôpital, c’était cependant l’endroit de la colonie, le seul où l’on pouvait se sentir un peu oublié, à l’abri des hommes du dehors, des chefs. Vacances d’esclavage, l’essentiel en somme, et seul bonheur à ma portée.
— L.-F. Céline
À Paris, sans fortune, sans dettes, sans héritage, on existe à peine déjà, on a bien du mal à ne pas être déjà disparu… Alors ici ? Qui se donnerait seulement la peine de venir jusqu’à Bikomimbo cracher dans l’eau seulement, pas davantage, pour faire plaisir à mon souvenir ? Personne évidemment.
— L.-F. Céline
On n’explique rien. Le monde ne sait que vous tuer comme un dormeur quand il se retourne le monde, sur vous, comme un dormeur tue ses puces.
— L.-F. Céline
Il est bien rare que la vie revienne à votre chevet, où que vous soyez, autrement que sous la forme d’un sacré tour de cochon.
— L.-F. Céline
L’anarchie partout et dans l’arche, moi Noé, gâteux.
— L.-F. Céline
C’était les pauvres de partout.
— L.-F. Céline
Presque tous les désirs du pauvre sont punis de prison.
— L.-F. Céline
La vie des gens sans moyens n’est qu’un long refus dans un long délire et on ne connaît vraiment bien, on ne se délivre aussi que de ce qu’on possède.
— L.-F. Céline
Il faut se dépêcher de s’en gaver de rêves pour traverser la vie qui vous attend dehors, sorti du cinéma, durer quelques jours de plus à travers cette atrocité des choses et des hommes.
— L.-F. Céline
Ce qui est pire c’est qu’on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu’il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l’angoisse de ce lendemain, toujours plus précaire, plus sordide.
— L.-F. Céline
Il y a un moment de la misère où l’esprit n’est plus déjà tout le temps avec le corps. Il s’y trouve vraiment trop mal. C’est déjà presque une âme qui vous parle. C’est pas responsable une âme.
— L.-F. Céline
On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s’en aperçoit à la manière qu’on a prise d’aimer son malheur malgré soi.
— L.-F. Céline
Ah ! si je l’avais rencontrée plus tôt, Molly, quand il était encore temps de prendre une route au lieu d’une autre ! Avant de perdre mon enthousiasme sur cette garce de Musyne et sur cette petite fiente de Lola ! Mais il était trop tard pour me refaire une jeunesse. J’y croyais plus ! On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s’en aperçoit à la manière qu’on a prise d’aimer son malheur malgré soi. C’est la nature qui est plus forte que vous, voilà tout. Elle nous essaye dans un genre et on ne peut plus en sortir de ce genre-là.
— L.-F. Céline
En somme, tant qu’on est à la guerre, on dit que ce sera mieux dans la paix et puis on bouffe cet espoir-là comme si c’était du bonbon et puis c’est rien quand même que de la merde.
— L.-F. Céline
La lumière du ciel à Rancy, c’est la même qu’à Detroit, du jus de fumée qui trempe la plaine depuis Levallois. Un rebut de bâtisses tenues par des gadoues noires au sol. Les cheminées, des petites et des hautes, ça fait pareil de loin qu’au bord de la mer les gros piquets dans la vase. Là-dedans, c’est nous.
— L.-F. Céline
Dans la fatigue et la solitude le divin ça sort des hommes.
— L.-F. Céline
Pendant qu’elle invoquait, provoquait le Ciel et l’Enfer, tonitruait de malheur, je baissais le nez et baissant déconfit je voyais se former sous le lit de la fille une petite flaque de sang, une mince rigole en suintait lentement le long du mur vers la porte. Une goutte, du sommier, chutait régulièrement. Tac ! tac !
— L.-F. Céline
Trop d’humiliation, trop de gêne portent à l’inertie définitive. Le monde est trop lourd pour vous. Tant pis.
— L.-F. Céline
La médecine, c’est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l’air d’un larbin, par les pauvres on a tout du voleur.
— L.-F. Céline
C’est même depuis ce temps-là que je suis certain d’être aussi dégueulasse que n’importe quel autre.
— L.-F. Céline
C’est tuer et se tuer qu’ils voulaient, pas d’un seul coup bien sûr, mais petit à petit comme Robinson avec tout ce qu’ils trouvaient, des vieux chagrins, des nouvelles misères, des haines encore sans nom quand ça n’est pas la guerre toute crue et que ça se passe alors plus vite encore que d’habitude.
— L.-F. Céline
J’écoutais jusqu’au bout pour être bien certain que je ne me trompais pas, que c’était bien ça qui se passait. J’aurais pas pu manger mes haricots tant que ça se passait. Je ne pouvais pas fermer la fenêtre non plus. Je n’étais bon à rien. Je ne pouvais rien faire. Je restais à écouter seulement comme toujours, partout.
— L.-F. Céline
Cependant, je crois qu’il me venait des forces à écouter ces choses-là, des forces d’aller plus loin, des drôles de forces et la prochaine fois, alors je pourrais descendre encore plus bas la prochaine fois, écouter d’autres plaintes que je n’avais pas encore entendues, ou que j’avais du mal à comprendre avant, parce qu’on dirait qu’il y en a encore toujours au bout des autres des plaintes encore qu’on n’a pas encore entendues ni comprises.
— L.-F. Céline
L’esprit est content avec des phrases, le corps c’est pas pareil, il est plus difficile lui, il lui faut des muscles. C’est quelque chose de toujours vrai un corps, c’est pour cela que c’est presque toujours triste et dégoûtant à regarder.
— L.-F. Céline
Les habitudes s’attrapent plus vite que le courage et surtout l’habitude de bouffer.
— L.-F. Céline
Autant pas se faire d’illusions, les gens n’ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c’est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous. Ils essayent de s’en débarrasser de leur peine, sur l’autre, au moment de l’amour, mais alors ça ne marche pas et ils ont beau faire, ils la gardent tout entière leur peine, et ils recommencent, ils essayent encore une fois de la placer.
— L.-F. Céline
Les hommes y tiennent à leurs sales souvenirs, à tous leurs malheurs et on ne peut pas les en faire sortir. Ça leur occupe l’âme. Ils se vengent de l’injustice de leur présent en besognant l’avenir au fond d’eux-mêmes avec de la merde. Justes et lâches qu’ils sont tout au fond. C’est leur nature.
— L.-F. Céline
Quand on arrive vers ces heures-là en haut du pont Caulaincourt on aperçoit au-delà du grand lac de nuit qui est sur le cimetière les premières lumières de Rancy. C’est sur l’autre bord Rancy. Faut faire tout le tour pour y arriver. C’est si loin ! Alors on dirait qu’on fait le tour de la nuit même, tellement il faut marcher de temps et des pas autour du cimetière pour arriver aux fortifications.
— L.-F. Céline
J’ai fini par m’endormir sur la question, dans ma nuit à moi, ce cercueil, tellement j’étais fatigué de marcher et de ne trouver rien.
— L.-F. Céline
Et la musique est revenue dans la fête celle qu’on entend d’aussi loin qu’on se souvienne depuis les temps qu’on était petit, celle qui ne s’arrête jamais par-ci par-là, dans les encoignures de la ville, dans les petits endroits de la campagne, partout où les pauvres vont s’asseoir au bout de la semaine, pour savoir ce qu’ils sont devenus. Paradis ! qu’on leur dit. Et puis on fait jouer de la musique pour eux, tantôt ci tantôt là, d’une saison dans l’autre, elle clinque, elle moud tout ce qui faisait danser l’année d’avant les riches.
— L.-F. Céline
C’est la fête à tromper les gens du bout de la semaine. Et on va la boire la canette sans mousse ! Mais le garçon, lui, pue vraiment de l’haleine sous les faux bosquets. Et la monnaie qu’il rend contient des drôles de pièces, si drôles qu’on n’a pas encore fini de les examiner des semaines et des semaines après et qu’on les refile avec bien de la peine et quand on fait la charité. C’est la fête quoi. Faut être amusant quand on peut, entre la faim et la prison, et prendre les choses comme elles viennent.
— L.-F. Céline
Il n’y a jamais de fête véritable que pour le commerce et en profondeur encore et en secret. C’est le soir qu’il se réjouit le commerce quand tous les inconscients, les clients, ces bêtes à bénéfices sont partis, quand le silence est revenu sur l’esplanade et que le dernier chien a projeté enfin sa dernière goutte d’urine contre le billard japonais.
— L.-F. Céline
Tant pis alors qu’il m’a répondu, j’en ai trop marre des trucs réguliers à tout le monde… T’es vieux, t’attends encore ton tour de rigoler et quand il arrive… Bien patient s’il arrive… T’es crevé et enterré depuis longtemps… C’est un business pour les innocents les métiers honnêtes, comme on dit…
— L.-F. Céline
Faut être amusant quand on peut, entre la faim et la prison, et prendre les choses comme elles viennent. Puisqu’on est assis, faut déjà pas se plaindre. C’est toujours ça de gagné.
— L.-F. Céline
Des vagues incessantes d’êtres inutiles viennent du fond des âges mourir tout le temps devant nous, et cependant on reste là, à espérer des choses… Même pas bon à penser la mort qu’on est.
— L.-F. Céline
La mort n’est après tout qu’une question de quelques heures, de minutes même, tandis qu’une rente c’est comme la misère, ça dure toute la vie.
— L.-F. Céline
Quand la bête à misère, puante, vous traque, pourquoi discuter ? C’est rien dire et puis foutre le camp qu’est malin.
— L.-F. Céline
Le même pinard, le même cinéma, les mêmes ragots sportifs, la même soumission enthousiaste aux besoins naturels, de la gueule et du cul, en referaient là-bas comme ici la même horde lourde, bouseuse, titubante d’un bobard à l’autre, hâblarde toujours, trafiqueuse, malveillante, agressive entre deux paniques.
— L.-F. Céline
Ce sont des esprits d’insectes dans des bottines à boutons. Faut rien leur dire, à peine les approcher. Elles sont mauvaises.
— L.-F. Céline
La vie c’est une classe dont l’ennui est le pion, il est là tout le temps à vous épier d’ailleurs, il faut avoir l’air d’être occupé, coûte que coûte, à quelque chose de passionnant, autrement il arrive et vous bouffe le cerveau.
— L.-F. Céline
La douleur s’étale, tandis que le plaisir et la nécessité ont des hontes. Ce sont des péchés qu’on le veuille ou non d’être baiseurs et pauvres.
— L.-F. Céline
Il arrivait dans un seul courrier matinal de l’agence Pomone assez d’amour inassouvi pour éteindre à jamais toutes les guerres de ce monde. Mais voilà, ces déluges sentimentaux ne dépassent jamais le derrière. C’est tout le malheur.
— L.-F. Céline
Elles chantaient la déroute d’exister et de vivre et elles ne comprenaient pas. Elles prenaient ça encore pour de l’amour, rien que pour de l’amour, on leur avait pas appris le reste à ces petites.
— L.-F. Céline
Ça commençait d’un petit ton gentil leur chanson, ça n’avait l’air de rien, comme toutes les choses pour danser, et puis voilà que ça vous faisait pencher le cœur à force de vous faire triste comme si on allait perdre à l’entendre l’envie de vivre, tellement que c’était vrai que tout n’arrive à rien, la jeunesse et tout, et on se penchait alors bien après les mots et après qu’elle était déjà passée la chanson et partie loin leur mélodie pour se coucher dans le vrai lit à soi, le sien, vrai de vrai, celui du bon trou pour en finir.
— L.-F. Céline
Notre peine est ainsi, la grande, une distraction.
— L.-F. Céline
Sans compter la guerre prête toujours elle aussi, dans l’ennui criminel des hommes, à monter de la cave où s’enferment les pauvres.
— L.-F. Céline
On s’en sort des humiliations quotidiennes en essayant comme Robinson de se mettre à l’unisson des gens riches, par les mensonges, ces monnaies du pauvre. On a tous honte de sa viande mal présentée, de sa carcasse déficitaire.
— L.-F. Céline
Vigny-sur-Seine se présente entre deux écluses, entre ses deux coteaux dépouillés de verdure, c’est un village qui mue dans sa banlieue. Paris va le prendre. Il perd un jardin par mois. La publicité, dès l’entrée le bariole en ballet russe. La fille de l’huissier sait faire des cocktails. Il n’y a que le tramway qui tienne à devenir historique, il ne s’en ira pas sans révolution. Les gens sont inquiets, les enfants n’ont déjà plus le même accent que leurs parents.
— L.-F. Céline
Chacun possède ses raisons pour s’évader de sa misère intime et chacun de nous pour y parvenir emprunte aux circonstances quelque ingénieux chemin. Heureux ceux auxquels le bordel suffit !
— L.-F. Céline
Un patron se trouve toujours un peu rassuré par l’ignominie de son personnel. L’esclave doit être coûte que coûte un peu et même beaucoup méprisable. Un ensemble de petites tares chroniques morales et physiques justifie le sort qui l’accable. La terre tourne mieux ainsi puisque chacun se trouve dessus à sa place méritée.
— L.-F. Céline
Je suis, je l’avoue, je le clame Ferdinand : Vidé ! Abruti ! Vaincu ! Par quarante années de petitesses sagaces !… C’est énormément trop déjà !…
— L.-F. Céline
Sur les soirs l’été, elle devenait parfois comme douce, la boue, quand le ciel, en rose, tournait au sentiment.
— L.-F. Céline
Il suffit désormais de bouffer un peu, de se faire un peu de chaleur et de dormir le plus qu’on peut sur le chemin de rien du tout.
— L.-F. Céline
Rampantes pour toujours les nôtres, baveuses. Cette force allègre, précise et douce à la fois qui l’animait de la chevelure aux chevilles venait nous troubler, nous inquiétait d’une façon charmante, mais nous inquiétait, c’est le mot. Notre savoir hargneux des choses de ce monde boudait plutôt cette joie si l’instinct y trouvait son compte, le savoir toujours là, au fond peureux, réfugié dans la cave de l’existence, soumis au pire par habitude, par expérience.
— L.-F. Céline
L’orgue à sentiments du manège profite de ce qu’on la grelottait déjà pour vous faire trembloter encore un peu plus par les nerfs. C’est la faillite du monde entier dont il rigole, l’instrument. Il en hurle à la déroute parmi ses mirlitons argentés, l’air va crever dans la nuit d’à côté, à travers les rues pisseuses qui descendent des Buttes.
— L.-F. Céline
Comme des mouches qu’ils s’agitaient avec même en plus leurs petites larves entre les bras, bien livides, blafards bébés, qui disparaissent à force d’être pâles dans le trop de lumière. Un peu de rose seulement autour du nez qu’il leur restait aux bébés à l’endroit des rhumes et des embrassades.
— L.-F. Céline
Il devait chercher un autre Ferdinand, bien plus grand que moi, bien sûr, pour mourir, pour l’aider à mourir plutôt, plus doucement. Il faisait des efforts pour se rendre compte si des fois le monde aurait pas fait des progrès. Il faisait l’inventaire, le grand malheureux, dans sa conscience… S’ils avaient pas changé un peu les hommes, en mieux, pendant qu’il avait vécu lui, s’il avait pas été des fois injuste sans le vouloir envers eux…
— L.-F. Céline
on est tous assis sur une grande galère, on rame tous à tour de bras, tu peux pas venir me dire le contraire !… Assis sur des clous même à tirer tout nous autres ! Et qu’est-ce qu’on en a ? Rien ! Des coups de trique seulement, des misères, des bobards et puis des vacheries encore.
— L.-F. Céline
On est en bas dans les cales à souffler de la gueule, puants, suintants des rouspignolles, et puis voilà ! En haut sur le pont, au frais, il y a les maîtres et qui s’en font pas, avec des belles femmes roses et gonflées de parfums sur les genoux.
— L.-F. Céline
Ça suffit pour haïr, cent sous, et désirer qu’ils en crèvent tous. Pas d’amour à perdre dans ce monde, tant qu’il y aura cent sous.
— L.-F. Céline
Si les gens sont si méchants, c’est peut-être seulement parce qu’ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs.
— L.-F. Céline
C’est déjà des cercueils les murs de ce côté-là.
— L.-F. Céline
Cette répulsion instinctive qu’inspirent les commerçants à ceux qui les approchent et qui savent, est une des très rares consolations qu’éprouvent d’être aussi miteux qu’ils le sont ceux qui ne vendent rien à personne.
— L.-F. Céline
Je n’avais envie moi que de m’en aller, mais comme on doit toujours avoir l’air utile quand on est pas riche et comme d’autre part je n’en finissais pas avec mes études, ça ne pouvait pas durer.
— L.-F. Céline
Parmi ces formes en travail, quelques-unes portaient en plus un petit point noir sur le dos, c’étaient les mères, qui venaient trimarder elles aussi les sacs de palmistes avec leur enfant en fardeau supplémentaire.
— L.-F. Céline
N’importe quoi, dans la vanité, c’est mieux que rien du tout.
— L.-F. Céline
La négrerie pue sa misère, ses vanités interminables, ses résignations immondes ; en somme tout comme les pauvres de chez nous mais avec plus d’enfants encore et moins de linge sale et moins de vin rouge autour.
— L.-F. Céline
Allez donc, vous serez moins mal encore ici qu’à la guerre ! Ici, après tout, on peut se débrouiller. On bouffe mal, c’est exact, et pour boire, c’est une vraie boue, mais on peut dormir tant qu’on veut… Pas de canons ici mon ami ! Pas de balles non plus ! En somme c’est une affaire !
— L.-F. Céline
Pudique Alcide ! Comme il avait dû en faire des économies sur sa solde étriquée… sur ses primes faméliques et sur son minuscule commerce clandestin… pendant des mois, des années, dans cet infernal Topo !… Je ne savais pas quoi lui répondre moi, je n’étais pas très compétent, mais il me dépassait tellement par le cœur que j’en devins tout rouge… À côté d’Alcide, rien qu’un mufle impuissant moi, épais, et vain j’étais… Y avait pas à chiquer. C’était net.
— L.-F. Céline
Je préférais rester stupéfié là, tremblotant, baveux dans les 40°, que d’être forcé, lucide, d’imaginer ce qui m’attendait à Fort-Gono. J’en arrivais à ne plus prendre de quinine pour bien laisser la fièvre me cacher la vie. On se soûle avec ce qu’on a.
— L.-F. Céline
Ce qui avait l’air hier encore d’une roche, n’était plus aujourd’hui que flasque mélasse. Des branches pendouillantes, l’eau tiède vous poursuivait en cascades, elle se répandait dans la case et partout alentour comme dans le lit d’un vieux fleuve délaissé. Tout fondait en bouillie de camelotes, d’espérances et de comptes et dans la fièvre aussi, moite elle aussi.
— L.-F. Céline
C’est désespérant quand on y pense, combien c’est défendu les hommes les uns contre les autres, comme autant de maisons.
— L.-F. Céline
Il y a un moment entre deux genres d’humanités où l’on en arrive à se débattre dans le vide.
— L.-F. Céline
Ce n’est pas tout à fait vivant ce qui se passe sur les écrans, il reste dedans une grande place trouble, pour les pauvres, pour les rêves et pour les morts.
— L.-F. Céline
un vrai Saint-Esprit, plus précieux que du sang. J’ai eu tout de même le temps d’aller les voir et même je suis entré pour leur parler à ces employés qui gardaient les espèces. Ils sont tristes et mal payés.
— L.-F. Céline
Dans ce milieu trop différent de celui où j’avais de mesquines habitudes, je m’étais à l’instant comme dissous. Je me sentais bien près de ne plus exister, tout simplement.
— L.-F. Céline
Des haricots, la vie. Ma petite mufle d’amie, j’ai fini par la découvrir, avec bien du mal, au vingt et troisième étage d’une 77e Rue.
— L.-F. Céline
Plus de mystère, plus de niaiserie, on a bouffé toute sa poésie puisqu’on a vécu jusque-là.
— L.-F. Céline
De leur masse montait l’odeur d’entrejambes urineux comme à l’hôpital. Quand ils vous parlaient on évitait leur bouche à cause que le dedans des pauvres sent déjà la mort.
— L.-F. Céline
Les maisons vous possèdent, toutes pisseuses qu’elles sont, plates façades, leur cœur est au propriétaire.
— L.-F. Céline
C’est pourtant qu’un patron qu’ils vont chercher dans Paris, celui qui vous sauve de crever de faim, ils ont énormément peur de le perdre, les lâches. Il vous la fait transpirer pourtant sa pitance. On en pue pendant dix ans, vingt ans et davantage.
— L.-F. Céline
Et puis l’hiver a traîné, s’est étalé pendant des mois et des semaines encore. On n’en sortait plus de la brume et de la pluie, au fond de tout.
— L.-F. Céline
Je ne savais pas faire ma putain. Ils avaient l’air si misérables, si puants, la plupart de mes clients, si torves aussi, que je me demandais toujours où ils allaient les trouver les vingt francs qu’il fallait me donner, et s’ils allaient pas me tuer en revanche.
— L.-F. Céline
Les arrière-cours, c’est les oubliettes des maisons en série.
— L.-F. Céline
Là viennent chuter, craquer, rebondir les cris, les appels des vingt maisons en pourtour, jusqu’aux petits oiseaux des concierges en désespoir qui moisissaient en pépiant après le printemps qu’ils ne reverront jamais dans leurs cages, auprès des cabinets, qui sont tous groupés les cabinets, là, dans le fond d’ombre, avec leurs portes toujours déglinguées et ballantes.
— L.-F. Céline
On finit par se réjouir de pas grand-chose, du très peu que la vie veut bien nous laisser de consolant.
— L.-F. Céline
Comme on devient de plus en plus laid et répugnant à ce jeu-là en vieillissant, on ne peut même plus la dissimuler sa peine, sa faillite, on finit par en avoir plein la figure de cette sale grimace qui met des vingt ans, des trente ans et davantage à vous remonter enfin du ventre sur la face.
— L.-F. Céline
C’est à cela que ça sert, à ça seulement, un homme, une grimace, qu’il met toute une vie à se confectionner, et encore qu’il arrive même pas toujours à la terminer tellement qu’elle est lourde et compliquée la grimace qu’il faudrait faire pour exprimer toute sa vraie âme sans rien en perdre.
— L.-F. Céline
Un chien, dessus, fait pipi, vite, la gérante somnole. Un autobus à vide fonce vers son dépôt. Les idées aussi finissent par avoir leur dimanche ; on est plus ahuri encore que d’habitude. On est là, vide. On en baverait. On est content. On a rien à causer, parce qu’au fond il ne vous arrive plus rien, on est trop pauvre, on a peut-être dégoûté l’existence ? Ça serait régulier.
— L.-F. Céline
Misère pour misère, je préférais encore celle qui ne fait pas de bruit à toute celle qu’on étale dans les journaux.
— L.-F. Céline
Moi, tu sais, je m’en passe des femmes qu’il disait, avec leurs beaux derrières, leurs grosses cuisses, leurs bouches en cœur et leurs ventres dans lesquels il y a toujours quelque chose qui pousse, tantôt des mômes, tantôt des maladies… C’est pas avec leurs sourires qu’on le paye son terme !
— L.-F. Céline
Le cœur à soi quand on est un peu bu de fatigue vous tape le long des tempes. Bim ! Bim ! qu’il fait, contre l’espèce de velours tendu autour de la tête et dans le fond des oreilles. C’est comme ça qu’on arrive à éclater un jour.
— L.-F. Céline
Quand on n’a pas d’argent à offrir aux pauvres, il vaut mieux se taire. Quand on leur parle d’autre chose que d’argent, on les trompe, on ment, presque toujours.
— L.-F. Céline
Un peu meilleur l’endroit dans les débuts, forcément, parce qu’il faut toujours un peu de temps pour que les gens arrivent à vous connaître, et pour qu’ils se mettent en train et trouvent le truc pour vous nuire. Tant qu’ils cherchent encore l’endroit par où c’est le plus facile de vous faire du mal, on a un peu de tranquillité, mais dès qu’ils ont trouvé le joint alors ça redevient du pareil au même partout.
— L.-F. Céline
Vous remarquerez qu’il y a toujours deux prostituées en attente au coin de la rue des Dames. Elles tiennent ces quelques heures épuisées qui séparent le fond du jour au petit matin. Grâce à elles la vie continue à travers les ombres. Elles font la liaison avec leur sac à main bouffi d’ordonnances, de mouchoirs pour tout faire et les photos d’enfants à la campagne.
— L.-F. Céline
Un énorme babillage s’étend gris et monotone au-dessus de la vie comme un mirage énormément décourageant.
— L.-F. Céline
Ils ont une certaine manière de parler les gens distingués qui vous intimide et moi qui m’effraye, tout simplement, surtout leurs femmes, c’est cependant rien que des phrases mal foutues et prétentieuses, mais astiquées alors comme des vieux meubles. Elles font peur leurs phrases bien qu’anodines. On a peur de glisser dessus, rien qu’en leur répondant.
— L.-F. Céline
Et même quand ils prennent des tons canailles pour chanter des chansons de pauvres en manière de distraction, ils le gardent cet accent distingué qui vous met en méfiance et en dégoût, un accent qui a comme un petit fouet dedans, toujours, comme il en faut un, toujours, pour parler aux domestiques.
— L.-F. Céline
La Seine a tué ses poissons et s’américanise entre une rangée double de verseurs tracteurs-pousseurs qui lui forment au ras des rives un terrible râtelier de pourritures et de ferrailles.
— L.-F. Céline
J’avais renoncé d’ailleurs, depuis belle lurette à toute espèce d’amour-propre. Ce sentiment m’avait semblé toujours très au-dessus de ma condition, mille fois trop dispendieux pour mes ressources.
— L.-F. Céline
Aux fins des journées on s’apitoie sur le petit mouvement que créent les tramways en ramenant de Paris les employés par paquets dociles. Au premier détour après l’épicier c’est déjà fini leur déroute. Ils vont se verser tout doucement dans la nuit. On a à peine eu le temps de les compter.
— L.-F. Céline
Après le remblai de l’autre rive, c’est la grande plaine de Gennevilliers qui commence, une bien belle étendue grise et blanche où les cheminées se profilent doucement dans les poussières et dans la brume. Tout près du halage se tient le bistrot des mariniers, il garde l’entrée du canal. Le courant jaune vient pousser sur l’écluse. On regardait ça nous autres en contrebas pendant des heures, et à côté, l’espèce de long marécage aussi dont l’odeur revient sournoise jusque sur la route des autos. On s’habitue.
— L.-F. Céline
C’est là sur le pont qu’on venait pour écouter l’accordéon, celui des péniches, pendant qu’elles attendent devant la porte, que la nuit finisse pour passer au fleuve. Surtout celles qui descendent de Belgique sont musicales, elles portent de la couleur partout, du vert et du jaune, et à sécher des linges plein des ficelles et encore des combinaisons framboise que le vent gonfle en sautant dedans par bouffées.
— L.-F. Céline
À l’instant je le trouvai abominable de me déranger au moment juste où je commençais à me refaire un bon petit égoïsme. On se méfie de ce qui arrive par les routes, on a raison.
— L.-F. Céline
Les petites bonnes de Bretagne toussent bien davantage que l’hiver dernier c’est vrai, quand elles arrivaient seulement à Paris. C’est leurs cuisses marbrées vert et bleu qui ornent, comme elles peuvent, les harnais des chevaux de bois. Les gars d’Auvergne qui payent les tours pour elles, prudents titulaires aux Postes, ne les fricotent qu’en capotes, c’est connu.
— L.-F. Céline
Les miennes d’idées elles vadrouillaient plutôt dans ma tête avec plein d’espace entre, c’était comme des petites bougies pas fières et clignoteuses à trembler toute la vie au milieu d’un abominable univers bien horrible…
— L.-F. Céline
La femme qui sait tenir compte de notre misérable nature devient aisément notre chérie, notre indispensable et suprême espérance. Nous attendons auprès d’elle, qu’elle nous conserve notre menteuse raison d’être, mais tout en attendant elle peut, dans l’exercice de cette magique fonction gagner très largement sa vie.
— L.-F. Céline
Il ne manquait que l’argent pour foutre le camp. Ça suffit.
— L.-F. Céline
On n’était pas bien en somme aux colonies.
— L.-F. Céline
La ville de Fort-Gono où j’avais échoué apparaissait ainsi, précaire capitale de la Bragamance, entre mer et forêt, mais garnie, ornée cependant de tout ce qu’il faut de banques, de bordels, de cafés, de terrasses, et même d’un bureau de recrutement, pour en faire une petite métropole, sans oublier le square Faidherbe et le boulevard Bugeaud, pour la promenade, ensemble de bâtisses rutilantes au milieu des rugueuses falaises, farcies de larves et trépignées par des générations de garnisaires et d’administrateurs dératés.
— L.-F. Céline
On ne venait pas à Topo. Il n’y avait aucune raison pour venir à Topo.
— L.-F. Céline
Ils ne veulent recevoir chez eux en somme que les curieux qui leur apportent du pognon, parce que tous les argents d’Europe, c’est des fils à Dollar.
— L.-F. Céline
Je dirai tout un jour, si je peux vivre assez longtemps pour tout raconter.
— L.-F. Céline
Ça représente une belle santé pour y tenir toute une vie à un régime pareil.
— L.-F. Céline
Mon humanitarisme me vaut de sa part une haine animale. C’est une bête elle, faut pas l’oublier.
— L.-F. Céline
Gare aux faibles alors ! C’est le petit qui prend. Les torgnoles aplatissent au mur tout ce qui ne peut pas se défendre et riposter : enfants, chiens ou chats.
— L.-F. Céline
ça fait tort au malade et à sa famille un médecin gratuit, si pauvre soit-elle.
— L.-F. Céline
Ah ! si j’avais du pognon !… Tout le monde me trouverait bien gentil ici… là-bas… Et partout… En Amérique même… C’est y pas vrai ce que je dis là ?
— L.-F. Céline
Nous n’étions pas des ambitieux, ni l’un ni l’autre et on s’en foutait nous des possibilités d’avenir. C’était un tort d’ailleurs.
— L.-F. Céline
« Possible qu’il m’a répondu alors, du tac au tac, mais toi t’as beau être un médecin et bien instruit et tout, tu comprends rien à ma nature… – Tais-toi tiens Léon ! que je finis par lui dire et pour conclure. Tais-toi, petit malheureux, avec ta nature ! Tu t’exprimes comme un malade !…
— L.-F. Céline
Faut encore du cœur et du savoir pour aller plus loin que les autres
— L.-F. Céline
C’est barbouillé d’une crasse épaisse de symboles, et capitonné jusqu’au trognon d’excréments artistiques que l’homme distingué va tirer son coup… Arrive ensuite que pourra !
— L.-F. Céline
la petite musique de la poche
— L.-F. Céline
C’était pas difficile à se rendre compte dès ce moment là qu’en fait de réconciliation c’était une entrevue ratée. Et pour ma combinaison aussi, c’était raté. C’était même une faillite. On avait eu tort de chercher à se revoir.
— L.-F. Céline
On sait que ces choses-là c’est toujours difficile à arranger et que de les arranger ça coûte toujours très cher.
— L.-F. Céline
On aurait dit qu’ils n’en avaient jamais fini de se débarrasser de moi, de déblayer leur intimité de ma sale évocation.
— L.-F. Céline
C’était l’indépendance qu’était son faible à Robinson. Il le disait lui-même.
— L.-F. Céline
Y a pas de bonheur dans l’existence, y a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatants, secrets, différés, sournois …
— L.-F. Céline
Il souffre, se mutile, saigne, crève et n’apprend rien.
— L.-F. Céline
la grande victime de l’Histoire ça ne veut pas dire qu’on est un ange !
— L.-F. Céline
la misère c’est l’accessoire dans l’Histoire du monde moderne !
— L.-F. Céline
Le peuple est Roi ! … Le Roi la saute ! Il a tout ! Il manque de chemise !
— L.-F. Céline
Il faut avouer que le Passage, c’est pas croyable comme croupissure. C’est fait pour qu’on crève, lentement mais à coup sûr, entre l’urine des petits clebs, la crotte, les glaviots, le gaz qui fuit. C’est plus infect qu’un dedans de prison.
— L.-F. Céline
Sous le vitrail, en bas, le soleil arrive si moche qu’on l’éclipse avec une bougie.
— L.-F. Céline
Pour nous l’âme, c’était la frousse. Dans chaque piaule, la peur de manquer elle suintait des murs …
— L.-F. Céline
je maigrissais de plus en plus … Sauf des biceps bien entendu. Je grandissais encore des pieds. Je grandissais de l’âme … de partout … Je devenais sublime
— L.-F. Céline
Ils se recroquevillaient dans le malheur, ils se décomposaient, ils se mutilaient du désespoir, ils se morfondaient férocement pour opposer moins de surface … Ils essayaient de se faufiler par‑dessous les catastrophes …
— L.-F. Céline
Je pourrissais dans la saison, croulant de sueur et de honte, rampant les étages, suintant après les sonnettes, je dégoulinais totalement, sans vergogne et sans morale.
— L.-F. Céline
J’ai dégusté moi la pâtée ! … la jeunesse ! La merde ! …
— L.-F. Céline
Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.
— L.-F. Céline
C’est à la lumière au pétrole qu’elle réparait, notre ouvrière. Elle s’enfumait, elle se crevait les yeux avec ça.
— L.-F. Céline
On mangeait plus qu’une fois sur deux … On remplaçait depuis longtemps les allumettes du fourneau par des papillotes.
— L.-F. Céline
Le patron c’est tout la charogne, ça pense qu’à vous débrayer … L’effroi du tréfonds, c’est d’être un jour « fleur », sans emploi
— L.-F. Céline
On n’avait qu’une chose de commun, dans la famille, au Passage, c’était l’angoisse de la croûte. On l’avait énormément.
— L.-F. Céline
C’est effrayant, en ce temps‑là, ce qu’on était polis
— L.-F. Céline
La peine en ce temps‑là on en parlait pas. C’est en somme que beaucoup plus tard qu’on a commencé à se rendre compte que c’était chiant d’être travailleurs. On avait seulement des indices.
— L.-F. Céline
C’était comme un truc déglingué, le piano du vrai malheur qu’aurait plus que des notes atroces … Même remonté dans le wagon je craignais encore qu’elle me repoisse …
— L.-F. Céline
Aux portes de la vieillesse, notre santé, minée déjà par les angoisses continuelles, les labeurs harassants, les revers, les perpétuelles inquiétudes, les privations de tous ordres, chancelle, s’effondre …
— L.-F. Céline
Une véritable fatalité s’acharne sur notre pauvre barque ! …
— L.-F. Céline
Je me sentais là tout indigne, tout purulent, tout véreux … Je vois bien ce qu’il aurait fallu faire et je luttais désespérément,, mais je parvenais de moins en moins … Je me bonifiais pas avec l’âge … Et j’avais de plus en plus soif …
— L.-F. Céline
Voilà toute la reconnaissance ! Pour toute une vie de sacrifices ! Deux existences en pleine angoisse ! Nous les vieux idiots ! les sales truffes toujours ! Nous toujours ! …
— L.-F. Céline
Vous me comprenez, tout n’est pas dans un porte‑monnaie ! … Ferdinand ! Non ! Il n’y a rien dans un porte‑monnaie ! Rien ! … »
— L.-F. Céline
Tel un vieux jupon sur la corde, il était calamiteux …
— L.-F. Céline
Tu vois dans quelle tourbe je m’enfonce ! … Ah ! Ferdinand ! Tu as raison ! Je croule dans ma fange ! …
— L.-F. Céline
C’était des braves petites bêtes loyales et fidèles … Absolument familiales … Ils m’attendaient dans la soupente … Dès qu’ils m’entendaient remuer l’échelle … Ils roucoulaient double ! …
— L.-F. Céline
Les arbres en avaient la tremblote … Ils ramaient les fantômes du vent … Aussitôt vidées nos assiettes on retournait vite dans les tas de paille pour conserver notre chaleur ! …
— L.-F. Céline
On restait vautrés comme ça … des journées entières, tassés les uns dans les autres … sans ouvrir la bouche … sans nous dire un mot …
— L.-F. Céline
C’est pas marrant la famine
— L.-F. Céline
Le froid ça fait vachement rire ! …
— L.-F. Céline
J’ai pas dormi, depuis vingt ans, une seule nuit complète ! Si vous voulez tout savoir ! C’est la vérité absolue ! … On m’a tout enlevé à moi ! … le sommeil, l’appétit, mes économies ! …
— L.-F. Céline
C’est la fatigue qui la tuera
— L.-F. Céline
On se déplumait jour après jour
— L.-F. Céline
Maman, à force d’escalades, elle en avait les jambes tordues … Ça lui faisait si drôle qu’elle pouvait plus s’arrêter … Elle faisait des terribles grimaces tout autour de notre table … Ça lui tiraillait les cuisses … C’est les crampes qui la torturaient …
— L.-F. Céline
Je crève, oui littéralement. Je ne divague plus … J’ai un sursaut dans la mémoire …
— L.-F. Céline
on marche dans les nuages, les buées qui fondent dans la gadouille, dans la purée, les vieux tessons … C’est dégueulasse ! …
— L.-F. Céline
Je le vois encore le grand placard tout noir qui s’élève dans l’air … au‑dessus du panorama …
— L.-F. Céline
C’est pas grand‑chose à faire fondre deux billets de mille francs ! …
— L.-F. Céline
Quand un groupe de parents fouineurs nous arrive un tantôt, un dimanche, par la route, à pied, vers les quatre heures pour se faire leur opinion propre … Ils examinèrent avec soin les locaux, toutes les dépendances, l’allure générale du domaine … Jamais nous ne les revîmes !
— L.-F. Céline
Pas plus de Courtial que de beurre au cul ! …
— L.-F. Céline
Voilà comment j’ai vécu … Persécutée jour et nuit ! … Exactement ! Une véritable vie de criminelle ! …
— L.-F. Céline
À ton âge, on se rempiffe d’autor ! … Il suffit de plus y penser ! … Penser à autre chose ! … Et de bouffer comme quatre ! … comme trente‑six ! …
— L.-F. Céline
C’est fini les cropinettes ! et les sauces de courant d’air ! … Mais oui mon petit ours ! … C’est terminé la claquette ! …
— L.-F. Céline