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CÉLINE la petite musique

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Citations sur temps

Les passages de Céline sur temps — composés à la main, vérifiés mot pour mot.

La grande défaite, en tout, c’est d’oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu’à quel point les hommes sont vaches. Quand on sera au bord du trou faudra pas faire les malins nous autres, mais faudra pas oublier non plus, faudra raconter tout sans changer un mot, de ce qu’on a vu de plus vicieux chez les hommes et puis poser sa chique et puis descendre. Ça suffit comme boulot pour une vie tout entière.
— L.-F. Céline
Celui qui parle de l’avenir est un coquin, c’est l’actuel qui compte. Invoquer sa postérité, c’est faire un discours aux asticots.
— L.-F. Céline
À vingt ans je n’avais déjà plus que du passé.
— L.-F. Céline
On avait à peine le temps de les voir disparaître les hommes, les jours et les doses dans cette verdure, ce climat, la chaleur et les moustiques. Tout y passait, c’était dégoûtant, par bouts, par phrases, par membres, par regrets, par globules, ils se perdaient au soleil, fondaient dans le torrent de la lumière et des couleurs, et le goût et le temps avec, tout y passait. Il n’y avait que de l’angoisse étincelante dans l’air.
— L.-F. Céline
Ainsi s’en vont les hommes qui décidément ont bien du mal à faire tout ce qu’on exige d’eux : le papillon pendant la jeunesse et l’asticot pour en finir.
— L.-F. Céline
Il avait offert sans presque s’en douter à une petite fille vaguement parente des années de torture, l’annihilement de sa pauvre vie dans cette monotonie torride, sans conditions, sans marchandage, sans intérêt que celui de son bon cœur. Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se voyait pas. Il s’endormit d’un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l’air bien ordinaire.
— L.-F. Céline
La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi.
— L.-F. Céline
On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité.
— L.-F. Céline
Les pauvres sont fadés. La misère est géante, elle se sert pour essuyer les ordures du monde de votre figure comme d’une toile à laver. Il en reste.
— L.-F. Céline
C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
— L.-F. Céline
il avait toujours eu peur de la vie, à présent il rattachait sa peur à quelque chose, à la mort, à sa tension, comme il l’avait rattachée pendant quarante ans au risque de ne pas pouvoir finir de payer la maison. Il était toujours malheureux, tout autant, mais il fallait cependant qu’il se dépêche de trouver une bonne raison nouvelle pour être malheureux.
— L.-F. Céline
« Folle » qu’on disait d’elle, la vieille, c’est vite dit ça « folle ». Elle était pas sortie de ce réduit plus de trois fois en douze années voilà tout ! Elle avait peut-être ses raisons… Elle ne voulait rien perdre… Elle n’allait pas nous les dire à nous qu’on n’est plus inspirés par la vie.
— L.-F. Céline
Elle venait d’un temps où le petit peuple n’avait pas encore appris à s’écouter vieillir.
— L.-F. Céline
J’entendais bien, moi, toujours, le sang tomber sur le parquet comme à petits coups d’une montre de plus en plus lente, de plus en plus faible.
— L.-F. Céline
Autant se taire et regarder dehors, par la fenêtre, les velours gris du soir prendre déjà l’avenue d’en face, maison par maison, d’abord les plus petites et puis les autres, les grandes enfin sont prises et puis les gens qui s’agitent parmi, de plus en plus faibles, équivoques et troubles, hésitants d’un trottoir à l’autre avant d’aller verser dans le noir.
— L.-F. Céline
Plus loin, bien plus loin que les fortifications, des files et des rangées de lumignons dispersés sur tout le large de l’ombre comme des clous, pour tendre l’oubli sur la ville, et d’autres petites lumières encore qui scintillent parmi des vertes, qui clignent, des rouges, toujours des bateaux et des bateaux encore, toute une escadre venue là de partout pour attendre, tremblante, que s’ouvrent derrière la Tour les grandes portes de la Nuit.
— L.-F. Céline
À mesure qu’on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous.
— L.-F. Céline
Déjà on en est moins fier d’elle de sa jeunesse, on ose pas encore l’avouer en public que ce n’est peut-être que cela sa jeunesse, de l’entrain à vieillir.
— L.-F. Céline
Faut entendre au fond de toutes les musiques l’air sans notes, fait pour nous, l’air de la Mort.
— L.-F. Céline
La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit.
— L.-F. Céline
Trahir, qu’on dit, c’est vite dit. Faut encore saisir l’occasion. C’est comme d’ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c’est rare qu’on puisse.
— L.-F. Céline
Faut pas espérer laisser sa peine nulle part en route. C’est comme une femme qui serait affreuse la Peine, et qu’on aurait épousée. Peut-être est-ce mieux encore de finir par l’aimer un peu que de s’épuiser à la battre pendant la vie entière.
— L.-F. Céline
On ne peut pas se retrouver pendant qu’on est dans la vie. Y a trop de couleurs qui vous distraient et trop de gens qui bougent autour. On ne se retrouve qu’au silence, quand il est trop tard, comme les morts.
— L.-F. Céline
Bientôt il n’y aura plus que des gens et des choses inoffensifs, pitoyables et désarmés tout autour de notre passé, rien que des erreurs devenues muettes.
— L.-F. Céline
Être seul c’est s’entraîner à la mort.
— L.-F. Céline
La grande fatigue de l’existence n’est peut-être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c’est-à dire immonde, atroce, absurde.
— L.-F. Céline
Nos adieux en furent abominablement brutalisés. « Au revoir, mes enfants ! » eut-il juste le temps de nous dire et sa main s’est détachée, enlevée aux nôtres… Elle remuait là-bas dans la fumée, sa main, élancée dans le bruit, déjà sur la nuit, à travers les rails, toujours plus loin, blanche…
— L.-F. Céline
On a beau dire et prétendre, le monde nous quitte bien avant qu’on s’en aille pour de bon.
— L.-F. Céline
On ne monte pas dans la vie, on descend.
— L.-F. Céline
Son cœur s’est mis à battre de plus en plus vite et puis tout à fait vite. Il courait son cœur après son sang, épuisé là-bas, minuscule déjà, tout à la fin des artères, à trembler au bout des doigts. La pâleur lui est montée du cou et lui a pris toute la figure. Il a fini en étouffant. Il est parti d’un coup comme s’il avait pris son élan, en se resserrant sur nous deux, des deux bras. Et puis il est revenu là, devant nous, presque tout de suite, crispé, déjà en train de prendre tout son poids de mort.
— L.-F. Céline
De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l’écluse, un autre pont, loin, plus loin… Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus.
— L.-F. Céline
Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort.
— L.-F. Céline
La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment ; d’autres commencent et s’y prennent vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.
— L.-F. Céline
Il s’agissait de vivre une heure de plus au fond pour nous tous, et une seule heure dans un monde où tout s’est rétréci au meurtre c’est déjà un phénomène.
— L.-F. Céline
Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papier devant nous, que votre crotte du matin… Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l’affirme ! La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte.
— L.-F. Céline
Je n’avais pas encore appris qu’il existe deux humanités très différentes, celle des riches et celle des pauvres. Il m’a fallu, comme à tant d’autres, vingt années et la guerre, pour apprendre à me tenir dans ma catégorie, à demander le prix des choses et des êtres avant d’y toucher, et surtout avant d’y tenir.
— L.-F. Céline
Musyne disparut avec les autres. Je l’ai attendue, chez nous, en haut, une nuit, tout un jour, un an… Elle n’est jamais revenue me trouver.
— L.-F. Céline
Elle croyait au fond que les petites gens de sa sorte étaient faits pour souffrir de tout, que c’était leur rôle sur la terre, et que si les choses allaient récemment aussi mal, ça devait tenir encore, en grande partie à ce qu’ils avaient commis bien des fautes accumulées, les petites gens… Ils avaient dû faire des sottises, sans s’en rendre compte, bien sûr, mais tout de même ils étaient coupables et c’était déjà bien gentil qu’on leur donne ainsi en souffrant l’occasion d’expier leurs indignités… C’était une « intouchable » ma mère.
— L.-F. Céline
À Paris, sans fortune, sans dettes, sans héritage, on existe à peine déjà, on a bien du mal à ne pas être déjà disparu… Alors ici ? Qui se donnerait seulement la peine de venir jusqu’à Bikomimbo cracher dans l’eau seulement, pas davantage, pour faire plaisir à mon souvenir ? Personne évidemment.
— L.-F. Céline
Le ciel pendant une heure paradait tout giclé d’un bout à l’autre d’écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu’aux premières étoiles. Après ça le gris reprenait tout l’horizon et puis le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ça se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux, avachies sur la forêt comme des oripeaux après la centième.
— L.-F. Céline
On peut se perdre en allant à tâtons parmi les formes révolues. C’est effrayant ce qu’on en a des choses et des gens qui ne bougent plus dans son passé. Les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà. On ne sait plus qui réveiller en vieillissant, les vivants ou les morts.
— L.-F. Céline
C’est par les odeurs que finissent les êtres, les pays et les choses. Toutes les aventures s’en vont par le nez.
— L.-F. Céline
Pour une surprise, c’en fut une. À travers la brume, c’était tellement étonnant ce qu’on découvrait soudain que nous nous refusâmes d’abord à y croire et puis tout de même quand nous fûmes en plein devant les choses, tout galérien qu’on était on s’est mis à bien rigoler, en voyant ça, droit devant nous… Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout.
— L.-F. Céline
Il faut se dépêcher de s’en gaver de rêves pour traverser la vie qui vous attend dehors, sorti du cinéma, durer quelques jours de plus à travers cette atrocité des choses et des hommes.
— L.-F. Céline
Ce qui est pire c’est qu’on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu’il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l’angoisse de ce lendemain, toujours plus précaire, plus sordide.
— L.-F. Céline
C’est cela l’exil, l’étranger, cette inexorable observation de l’existence telle qu’elle est vraiment pendant ces quelques heures lucides, exceptionnelles dans la trame du temps humain, où les habitudes du pays précédent vous abandonnent, sans que les autres, les nouvelles, vous aient encore suffisamment abruti.
— L.-F. Céline
Tout dans ces moments vient s’ajouter à votre immonde détresse pour vous forcer, débile, à discerner les choses, les gens et l’avenir tels qu’ils sont, c’est-à-dire des squelettes, rien que des riens, qu’il faudra cependant aimer, chérir, défendre, animer comme s’ils existaient.
— L.-F. Céline
Le voyage c’est la recherche de ce rien du tout, de ce petit vertige pour couillons
— L.-F. Céline
C’est cela l’exil, l’étranger, cette inexorable observation de l’existence telle qu’elle est vraiment pendant ces quelques heures lucides, exceptionnelles dans la trame du temps humain, où les habitudes du pays précédent vous abandonnent, sans que les autres, les nouvelles, vous aient encore suffisamment abruti. Tout dans ces moments vient s’ajouter à votre immonde détresse pour vous forcer, débile, à discerner les choses, les gens et l’avenir tels qu’ils sont, c’est-à-dire des squelettes, rien que des riens, qu’il faudra cependant aimer, chérir, défendre, animer comme s’ils existaient. Un autre pays, d’autres gens autour de soi, agités d’une façon un peu bizarre, quelques petites vanités en moins, dissipées, quelque orgueil qui ne trouve plus sa raison, son mensonge, son écho familier, et il n’en faut pas davantage, la tête vous tourne, et le doute vous attire, et l’infini s’ouvre rien que pour vous, un ridicule petit infini et vous tombez dedans…
— L.-F. Céline
On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s’en aperçoit à la manière qu’on a prise d’aimer son malheur malgré soi.
— L.-F. Céline
j’aimais encore mieux mon vice, cette envie de m’enfuir de partout, à la recherche de je ne sais quoi, par un sot orgueil sans doute, par conviction d’une espèce de supériorité.
— L.-F. Céline
Ah ! si je l’avais rencontrée plus tôt, Molly, quand il était encore temps de prendre une route au lieu d’une autre ! Avant de perdre mon enthousiasme sur cette garce de Musyne et sur cette petite fiente de Lola ! Mais il était trop tard pour me refaire une jeunesse. J’y croyais plus ! On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s’en aperçoit à la manière qu’on a prise d’aimer son malheur malgré soi. C’est la nature qui est plus forte que vous, voilà tout. Elle nous essaye dans un genre et on ne peut plus en sortir de ce genre-là.
— L.-F. Céline
C’est avec leur chair et leur esprit qu’ils avaient acquis leur maison, tel l’escargot. Mais lui l’escargot fait ça sans s’en douter. Les Henrouille eux, n’en revenaient pas d’avoir passé à travers la vie rien que pour avoir une maison et comme des gens qu’on vient de désemmurer ça les étonnait.
— L.-F. Céline
Ce n’est pas si facile que ça en a l’air. Ce n’est pas le tout de se dire « Je suis malheureux ». Il faut encore se le prouver, se convaincre sans appel.
— L.-F. Céline
J’étais comme arrivé au moment, à l’âge peut-être, où on sait bien ce qu’on perd à chaque heure qui passe. Mais on n’a pas encore acquis la force de sagesse qu’il faudrait pour s’arrêter pile sur la route du temps et puis d’abord si on s’arrêtait on ne saurait quoi faire non plus sans cette folie d’avancer qui vous possède et qu’on admire depuis toute sa jeunesse.
— L.-F. Céline
Être vieux, c’est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c’est tomber dans cette insipide relâche où on n’attend plus que la mort.
— L.-F. Céline
Des vagues incessantes d’êtres inutiles viennent du fond des âges mourir tout le temps devant nous, et cependant on reste là, à espérer des choses… Même pas bon à penser la mort qu’on est.
— L.-F. Céline
on s’est tous rattrapés comme les boules du jeu qui tremblotent au bord du trou qui font des manières avant d’en finir. Elles partent bien violentes et grondeuses elles aussi les boules, et elles ne vont jamais nulle part, en définitive. Nous non plus, et toute la terre ne sert qu’à ça, qu’à nous faire nous retrouver tous.
— L.-F. Céline
La vie c’est une classe dont l’ennui est le pion, il est là tout le temps à vous épier d’ailleurs, il faut avoir l’air d’être occupé, coûte que coûte, à quelque chose de passionnant, autrement il arrive et vous bouffe le cerveau.
— L.-F. Céline
Ça commençait d’un petit ton gentil leur chanson, ça n’avait l’air de rien, comme toutes les choses pour danser, et puis voilà que ça vous faisait pencher le cœur à force de vous faire triste comme si on allait perdre à l’entendre l’envie de vivre, tellement que c’était vrai que tout n’arrive à rien, la jeunesse et tout, et on se penchait alors bien après les mots et après qu’elle était déjà passée la chanson et partie loin leur mélodie pour se coucher dans le vrai lit à soi, le sien, vrai de vrai, celui du bon trou pour en finir.
— L.-F. Céline
On ne pouvait aller plus loin, parce qu’après ça il n’y avait plus que les morts.
— L.-F. Céline
Il faut alors continuer sa route tout seul, dans la nuit. On a perdu ses vrais compagnons. On leur a pas seulement posé la bonne question, la vraie, quand il était temps. À côté d’eux on ne savait pas. Homme perdu. On est toujours en retard d’abord.
— L.-F. Céline
Notre peine est ainsi, la grande, une distraction.
— L.-F. Céline
On s’enfonce, on s’épouvante d’abord dans la nuit, mais on veut comprendre quand même et alors on ne quitte plus la profondeur.
— L.-F. Céline
Faut se dépêcher, faut pas la rater sa mort. La maladie, la misère qui vous disperse les heures, les années, l’insomnie qui vous barbouille en gris, des journées, des semaines entières et le cancer qui nous monte déjà peut-être, méticuleux et saignotant du rectum. On n’aura jamais le temps qu’on se dit !
— L.-F. Céline
Ce n’est pas tout à fait de la nuit qu’ils ont au fond des orbites, c’est presque encore du regard mais en plus doux, comme en ont des gens qui savent.
— L.-F. Céline
Elle valait pourtant la peine d’être vue et entendue la mère Henrouille au milieu de ses cadavres. Elle vous les regardait en plein visage, elle qui n’avait pas peur de la mort et si ridée pourtant, si ratatinée déjà, elle-même, qu’elle était comme une des leurs avec sa lanterne à venir bavarder en plein dans leur espèce de figure.
— L.-F. Céline
Collés au mur comme des fusillés ils étaient ces vieux morts… Plus tout à fait en peau ni en os, ni en vêtements qu’ils étaient… Un peu de tout cela ensemble seulement… En très crasseux état et avec des trous partout… Le temps qui était après leur peau depuis des siècles ne les lâchait toujours pas… Il leur déchirait encore des bouts de figure par-ci par-là le temps… Il leur agrandissait tous les trous et leur trouvait même encore des longs filins d’épiderme que la mort avait oubliés après les cartilages. Leur ventre s’était vidé de tout, mais ça leur faisait à présent comme un petit berceau d’ombre à la place du nombril.
— L.-F. Céline
Vigny-sur-Seine se présente entre deux écluses, entre ses deux coteaux dépouillés de verdure, c’est un village qui mue dans sa banlieue. Paris va le prendre. Il perd un jardin par mois. La publicité, dès l’entrée le bariole en ballet russe. La fille de l’huissier sait faire des cocktails. Il n’y a que le tramway qui tienne à devenir historique, il ne s’en ira pas sans révolution. Les gens sont inquiets, les enfants n’ont déjà plus le même accent que leurs parents.
— L.-F. Céline
Ça tourne vite au vice la raison, comme la bonne humeur et le sommeil chez les neurasthéniques. On ne peut plus penser qu’à sa raison. Rien ne va plus. Fini de rigoler.
— L.-F. Céline
Je suis, je l’avoue, je le clame Ferdinand : Vidé ! Abruti ! Vaincu ! Par quarante années de petitesses sagaces !… C’est énormément trop déjà !…
— L.-F. Céline
Sur les soirs l’été, elle devenait parfois comme douce, la boue, quand le ciel, en rose, tournait au sentiment.
— L.-F. Céline
Dans l’aventure de Monmouth, quand tout le ridicule piteux de notre puérile et tragique nature se déboutonne pour ainsi dire devant l’Éternité il se prenait à son tour de vertige Baryton, et comme il ne tenait déjà plus que par un fil à notre destin ordinaire il lâcha la rampe… Depuis ce moment, je peux bien le dire, il ne fut plus des nôtres… Il ne pouvait plus…
— L.-F. Céline
Il avait bien maigri depuis Toulouse et puis quelque chose que je lui connaissais pas encore lui était comme monté sur la figure, on aurait dit comme un portrait, sur ses traits mêmes, avec de l’oubli déjà, du silence tout autour.
— L.-F. Céline
Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s’y mettre. On en a bien marre de s’écouter toujours causer… On abrège… On renonce… Ça dure depuis trente ans qu’on cause… On ne tient plus à avoir raison.
— L.-F. Céline
On n’est plus qu’un vieux réverbère à souvenirs au coin d’une rue où il ne passe déjà presque plus personne.
— L.-F. Céline
J’étais arrivé plus loin qu’elle dans la nuit à présent, plus loin même que la vieille Henrouille qui était morte… On était plus tous ensemble… On s’était quittés pour de bon… Pas seulement par la mort, mais par la vie aussi… Ça s’était fait par la force des choses… Chacun pour soi !
— L.-F. Céline
Elle possédait Sophie cette démarche ailée, souple et précise qu’on trouve, si fréquente, presque habituelle chez les femmes d’Amérique, la démarche des grands êtres d’avenir que la vie porte ambitieuse et légère encore vers de nouvelles façons d’aventures… Trois-mâts d’allégresse tendre, en route pour l’Infini
— L.-F. Céline
Parmi tous les stands, je l’ai bien reconnu tout de suite en passant le « Tir des Nations », un souvenir, j’en ai rien remarqué aux autres. Voilà quinze ans – que je me suis dit, rien que pour moi. – Voilà quinze ans qui viennent de passer… Une paye ! On en a perdu des copains en route !
— L.-F. Céline
Tu cherches à savoir ce qu’il y a entre toi et moi ?… Eh bien entre toi et moi, y a toute la vie… Ça te suffit pas des fois ?
— L.-F. Céline
Mon trimbalage à moi, il était bien fini. À d’autres !… Le monde était refermé ! Au bout qu’on était arrivés nous autres !… Comme à la fête !… Avoir du chagrin c’est pas tout, faudrait pouvoir recommencer la musique, aller en chercher davantage du chagrin… Mais à d’autres !…
— L.-F. Céline
C’est de l’autre côté de la vie.
— L.-F. Céline
L’âme, c’est la vanité et le plaisir du corps tant qu’il est bien portant, mais c’est aussi l’envie d’en sortir du corps dès qu’il est malade ou que les choses tournent mal. On prend des deux poses celle qui vous sert le plus agréablement dans le moment et voilà tout !
— L.-F. Céline
Tout ce qui est intéressant se passe dans l’ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes.
— L.-F. Céline
On passe son temps à tuer ou à adorer en ce monde et cela tout ensemble. « Je te hais ! Je t’adore ! » On se défend, on s’entretient, on repasse sa vie au bipède du siècle suivant, avec frénésie, à tout prix, comme si c’était formidablement agréable de se continuer, comme si ça allait nous rendre, au bout du compte, éternels.
— L.-F. Céline
Si les gens sont si méchants, c’est peut-être seulement parce qu’ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs.
— L.-F. Céline
On demeure comme hésitant un instant devant, et puis on finit par l’accepter tel qu’il est devenu le visage avec cette disharmonie croissante, ignoble, de toute la figure. Il le faut bien dire oui, à cette soigneuse et lente caricature burinée par deux ans. Accepter le temps, ce tableau de nous.
— L.-F. Céline
Il faut croire Claude Lorrain, les premiers plans d’un tableau sont toujours répugnants et l’art exige qu’on situe l’intérêt de l’œuvre dans les lointains, dans l’insaisissable, là où se réfugie le mensonge, ce rêve pris sur le fait, et seul amour des hommes.
— L.-F. Céline
Ils passaient ainsi pendant des semaines et des années les uns devant les autres, les colons, jusqu’au moment où ils ne se regardaient même plus tellement ils étaient fatigués de se détester.
— L.-F. Céline
Papaoutah fendait l’eau comme s’il l’avait suée toute lui-même, douloureusement. Il défaisait une vaguelette après l’autre avec des précautions de pansements.
— L.-F. Céline
Que sa nièce l’a oublié aussi. Que le lieutenant Grappa n’a jamais revu son Toulouse… Que la forêt qui guettait depuis toujours la dune au détour de la saison des pluies a tout repris, tout écrasé sous l’ombre des acajous immenses, tout, et même les petites fleurs imprévues du sable qu’Alcide ne voulait pas que j’arrose… Qu’il n’existe plus rien.
— L.-F. Céline
Ce qui avait l’air hier encore d’une roche, n’était plus aujourd’hui que flasque mélasse. Des branches pendouillantes, l’eau tiède vous poursuivait en cascades, elle se répandait dans la case et partout alentour comme dans le lit d’un vieux fleuve délaissé. Tout fondait en bouillie de camelotes, d’espérances et de comptes et dans la fièvre aussi, moite elle aussi.
— L.-F. Céline
Il y a un moment entre deux genres d’humanités où l’on en arrive à se débattre dans le vide.
— L.-F. Céline
Quand à six heures tout s’arrête on emporte le bruit dans sa tête, j’en avais encore moi pour la nuit entière de bruit et d’odeur à l’huile aussi comme si on m’avait mis un nez nouveau, un cerveau nouveau pour toujours. Alors à force de renoncer, peu à peu, je suis devenu comme un autre… Un nouveau Ferdinand.
— L.-F. Céline
C’est fini. Partout ce qu’on regarde, tout ce que la main touche, c’est dur à présent. Et tout ce dont on arrive à se souvenir encore un peu est raidi aussi comme du fer et n’a plus de goût dans la pensée. On est devenu salement vieux d’un seul coup.
— L.-F. Céline
Plus de mystère, plus de niaiserie, on a bouffé toute sa poésie puisqu’on a vécu jusque-là.
— L.-F. Céline
Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, d’un endroit que je ne connais pas, qu’elle sache bien que je n’ai pas changé pour elle, que je l’aime encore et toujours, à ma manière, qu’elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée.
— L.-F. Céline
Tant qu’il faut aimer quelque chose, on risque moins avec les enfants qu’avec les hommes, on a au moins l’excuse d’espérer qu’ils seront moins carnes que nous autres plus tard.
— L.-F. Céline
Notre figure n’est qu’une erreur.
— L.-F. Céline
Et puis l’hiver a traîné, s’est étalé pendant des mois et des semaines encore. On n’en sortait plus de la brume et de la pluie, au fond de tout.
— L.-F. Céline
Le véritable savant met vingt bonnes années en moyenne à effectuer la grande découverte, celle qui consiste à se convaincre que le délire des uns ne fait pas du tout le bonheur des autres et que chacun ici-bas se trouve indisposé par la marotte du voisin.
— L.-F. Céline
Ce que les hommes vous cachent encore… Ce qu’ils vous montreront encore… Si on vit assez longtemps… Si on avance assez loin dans leurs balivernes
— L.-F. Céline
On finit par se réjouir de pas grand-chose, du très peu que la vie veut bien nous laisser de consolant.
— L.-F. Céline
C’est à cela que ça sert, à ça seulement, un homme, une grimace, qu’il met toute une vie à se confectionner, et encore qu’il arrive même pas toujours à la terminer tellement qu’elle est lourde et compliquée la grimace qu’il faudrait faire pour exprimer toute sa vraie âme sans rien en perdre.
— L.-F. Céline
La nuit est sortie de dessous les arches, elle est montée tout le long du château, elle a pris la façade, les fenêtres, l’une après l’autre, qui flambaient devant l’ombre. Et puis, elles se sont éteintes aussi les fenêtres. Il ne restait plus qu’à partir une fois de plus.
— L.-F. Céline
On les a vus traverser la place refroidie, plantée des débris de la fête, le dernier bec de gaz du bout a éclairé leur groupe brièvement blanchi et puis la nuit les a pris. On entendit encore un peu leurs voix et puis plus rien du tout. Il n’y avait plus rien.
— L.-F. Céline
Les souvenirs eux-mêmes ont leur jeunesse… Ils tournent dès qu’on les laisse moisir en dégoûtants fantômes tout suintants d’égoïsme, de vanités et de mensonges… Ils pourrissent comme des pommes
— L.-F. Céline
Comme toutes les pensées conduisent à la mort, il arriverait un certain moment où il ne verrait plus qu’elle avec lui dans son cinéma.
— L.-F. Céline
Puisque nous sommes que des enclos de tripes tièdes et mal pourries nous aurons toujours du mal avec le sentiment. Amoureux ce n’est rien c’est tenir ensemble qui est difficile.
— L.-F. Céline
Tout notre malheur vient de ce qu’il nous faut demeurer Jean, Pierre ou Gaston coûte que coûte pendant toutes sortes d’années. Ce corps à nous, travesti de molécules agitées et banales, tout le temps se révolte contre cette farce atroce de durer.
— L.-F. Céline
Un peu meilleur l’endroit dans les débuts, forcément, parce qu’il faut toujours un peu de temps pour que les gens arrivent à vous connaître, et pour qu’ils se mettent en train et trouvent le truc pour vous nuire. Tant qu’ils cherchent encore l’endroit par où c’est le plus facile de vous faire du mal, on a un peu de tranquillité, mais dès qu’ils ont trouvé le joint alors ça redevient du pareil au même partout.
— L.-F. Céline
Le tyran est dégoûté de la pièce qu’il joue bien avant les spectateurs. Il s’en va baiser quand il n’en peut plus le tyran de sécréter des délires pour le public. Alors son compte est bon ! Le Destin le laisse tomber en moins de deux !
— L.-F. Céline
C’est pas la peine de se débattre, attendre ça suffit, puisque tout doit finir par y passer dans la rue. Elle seule compte au fond. Rien à dire. Elle nous attend. Faudra qu’on y descende dans la rue, qu’on se décide, pas un, pas deux, pas trois d’entre nous, mais tous.
— L.-F. Céline
D’un coup, comme je n’y pensais plus, leur chanson est devenue plus forte que la vie et même qu’elle a fait tourner le destin en plein du côté du malheur.
— L.-F. Céline
Tellement nombreux qu’on a honte vraiment, d’avoir pas eu le temps de les regarder pendant qu’ils vivaient là à côté de vous, des années… On n’a jamais assez de temps c’est vrai, rien que pour penser à soi-même.
— L.-F. Céline
Elle essaye de se faire du thé qu’on explique. Il faut bien qu’elle essaye puisqu’elle est là pour l’éternité. Elle n’en finira jamais de le faire bouillir son thé à cause du brouillard qui est devenu bien trop dense et bien trop pénétrant.
— L.-F. Céline
Après tout quand l’égoïsme nous relâche un peu, quand le temps d’en finir est venu, en fait de souvenir on ne garde au cœur, que celui des femmes qui aimaient vraiment un peu les hommes, pas seulement un seul, même si c’était vous, mais tous.
— L.-F. Céline
On est accablé du sujet de sa vie entière dès qu’on vit seul. On en est abruti. Pour s’en débarrasser on essaye d’en badigeonner un peu tous les gens qui viennent vous voir et ça les embête.
— L.-F. Céline
Si on vivait assez longtemps on ne saurait plus où aller pour se recommencer un bonheur. On en aurait mis partout des avortons de bonheur, à puer dans les coins de la terre et on ne pourrait plus même respirer.
— L.-F. Céline
Dans tous les coins des jardins publics, il y a comme ça d’oubliés des tas de petits cercueils fleuris d’idéal, des bosquets à promesses et des mouchoirs remplis de tout. Rien n’est sérieux.
— L.-F. Céline
La vérité ne demande qu’à vous quitter. Il s’en faut toujours de très peu pour qu’elle vous libère. On n’y tient pas à sa vérité.
— L.-F. Céline
Rien qui s’éteigne comme un feu sacré.
— L.-F. Céline
il m’adressait des petits sourires, mais si indécis, si pâles ces sourires, qu’on aurait pu les prendre pour des adieux.
— L.-F. Céline
À l’estaminet des mariniers, je venais souvent tout seul encore, à l’heure morte qui suit le déjeuner, quand le chat du patron est bien tranquille, entre les quatre murs, comme enfermé dans un petit ciel en ripolin bleu rien que pour lui.
— L.-F. Céline
C’est là sur le pont qu’on venait pour écouter l’accordéon, celui des péniches, pendant qu’elles attendent devant la porte, que la nuit finisse pour passer au fleuve. Surtout celles qui descendent de Belgique sont musicales, elles portent de la couleur partout, du vert et du jaune, et à sécher des linges plein des ficelles et encore des combinaisons framboise que le vent gonfle en sautant dedans par bouffées.
— L.-F. Céline
Vous demeurent seulement précieux les menus chagrins, celui de n’avoir pas trouvé le temps pendant qu’il vivait encore d’aller voir le vieil oncle à Bois-Colombes, dont la petite chanson s’est éteinte à jamais un soir de février. C’est tout ce qu’on a conservé de la vie.
— L.-F. Céline
Il faudrait pour reprendre de l’intérêt trouver de nouvelles grimaces à exécuter devant les autres… Mais on n’a plus la force de changer son répertoire. On bredouille.
— L.-F. Céline
C’est bien agréable de toucher ce moment où la matière devient la vie. On monte jusqu’à la plaine infinie qui s’ouvre devant les hommes.
— L.-F. Céline
« Et la jeunesse alors ? que je leur demandai. Qu’est-ce qu’on en fait ?… Elle s’amuse donc plus la jeunesse ? Qu’est-ce que je dirais moi qui ai dix piges de plus que vous autres ? Ma cocotte ! » Ils me regardaient alors, Madelon et lui, comme s’ils s’étaient trouvés devant un intoxiqué, un gazé, un baveux, et que ça vaille même plus la peine qu’on me réponde…
— L.-F. Céline
C’était comme s’il essayait de nous aider à vivre à présent nous autres. Comme s’il nous avait cherché à nous des plaisirs pour rester. Il nous tenait par la main.
— L.-F. Céline
« Quand nous viendrons nous autres d’aussi loin qu’elles mon ami que ne puerons-nous pas ? »
— L.-F. Céline
Je dirai tout un jour, si je peux vivre assez longtemps pour tout raconter.
— L.-F. Céline
On n’en finit pas d’être heureux. On en a jamais assez de bonheur, tant qu’on est capable encore de jouer un rôle.
— L.-F. Céline
C’est bon les villes inconnues ! C’est le moment et l’endroit où on peut supposer que les gens qu’on rencontre sont tous gentils. C’est le moment du rêve.
— L.-F. Céline
Nous restions accrochés aux phrases et aux coussins, bien ahuris par l’essai commun de nous rendre heureux, plus profondément, plus chaudement et encore un peu plus, les uns les autres, le corps repu, par l’esprit seulement, à faire tout le possible pour tenir tout le plaisir du monde dans le présent, tout ce qu’on connaissait de merveilleux en soi et dans le monde, pour que le voisin enfin se mette à en profiter aussi et qu’il nous avoue le voisin que c’était bien cela qu’il cherchait d’admirable, qu’il ne lui manquait justement que ce don de nous depuis tant et tant d’années, pour être enfin parfaitement heureux, et pour toujours !
— L.-F. Céline
C’était un artiste le patron, beau sexe, beaux cheveux, belles rentes, tout ce qu’il faut pour être heureux ; de l’accordéon par là-dessus, des amis, des rêveries sur le bateau, sur les eaux rares et qui tournent en rond, bien heureux à ne partir jamais
— L.-F. Céline
Des mois s’écoulèrent encore, mois de grande prudence, ternes, silencieux. Nous finîmes par éviter tout à fait d’évoquer le souvenir même de Baryton entre nous. D’ailleurs son souvenir nous faisait à tous comme un peu honte.
— L.-F. Céline
D’un côté, on ne le regretta pas, mais tout de même ce départ créait un sacré vide dans la maison. D’abord la façon dont il était parti nous rendait tristes et pour ainsi dire malgré nous. Elle n’était pas naturelle la façon dont il était parti.
— L.-F. Céline
Le réverbère du trottoir blanchissait la petite marquise en vitres comme avec de la neige au-dessus du perron. Je suis resté là, au coin de la rue, rien qu’à regarder, longtemps.
— L.-F. Céline
la petite musique de la poche
— L.-F. Céline
C’était pas difficile à se rendre compte dès ce moment là qu’en fait de réconciliation c’était une entrevue ratée. Et pour ma combinaison aussi, c’était raté. C’était même une faillite. On avait eu tort de chercher à se revoir.
— L.-F. Céline
une Révolution faut la juger vingt ans plus tard.
— L.-F. Céline
on a beau être jeune quand on s’aperçoit pour le premier coup … comme on perd des gens sur la route … des potes qu’on reverra plus … plus jamais … qu’ils ont disparu comme des songes … que c’est terminé … évanoui … qu’on s’en ira soi‑même se perdre aussi … un jour très loin encore … mais forcément …
— L.-F. Céline
dans tout l’atroce torrent des choses, des gens … des jours … des formes qui passent … qui s’arrêtent jamais …
— L.-F. Céline
Les enfants, c’est comme les années, on les revoit jamais.
— L.-F. Céline
C’est triste les raclures du temps … c’est infect, c’est moche.
— L.-F. Céline
Merde ! Ce que ça vieillit vite un môme !
— L.-F. Céline
Il me montait une envie farouche … j’en tremblais moi de panique d’aller sauter dessus finalement … de me mettre là devant … qu’ils restent pile … Que je les accroche au costard … une idée de con … qu’ils s’arrêtent … qu’ils bougent plus du tout ! … Là, qu’ils se fixent ! … une bonne fois pour toutes ! … Qu’on les voye plus s’en aller.
— L.-F. Céline
Je suis abandonné aussi à quarante-huit ans, Marie — à quarante-huit ans sans amour, laissé derrière lui par la vie, chauve, orphelin des destinées.
— L.-F. Céline