Thème
Citations sur maladie
Les passages de Céline sur maladie — composés à la main, vérifiés mot pour mot.
J’en arrivais à ne plus prendre de quinine pour bien laisser la fièvre me cacher la vie. On se soûle avec ce qu’on a.— L.-F. Céline
les hommes quand ils sont bien portants, y a pas à dire, ils vous font peur… Surtout depuis la guerre… Moi je sais à quoi ils pensent… Ils s’en rendent pas toujours compte eux-mêmes… Mais moi, je sais à quoi ils pensent… Quand ils sont debout, ils pensent à vous tuer… Tandis que quand ils sont malades, y a pas à dire ils sont moins à craindre… Faut t’attendre à tout, que je te dis, tant qu’ils tiennent debout.— L.-F. Céline
« Bardamu ! qu’il a hurlé alors après moi, Bardamu ! Elle est ouverte ! Elle est ouverte la fenêtre que je te dis ! » Je ne savais pas quoi lui répondre moi, j’en restais imbécile devant. Il tenait ses deux bras en plein dans la fenêtre, dans l’air frais. Il ne voyait rien évidemment, mais il sentait l’air. Il les allongeait alors ses bras comme ça dans son noir tant qu’il pouvait, comme pour toucher le bout. Il voulait pas y croire. Du noir tout à lui.— L.-F. Céline
Ne croyez donc jamais d’emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s’ils peuvent dormir encore ?… Si oui, tout va bien. Ça suffit.— L.-F. Céline
Ce n’était plus un voyage, c’était une espèce de maladie.— L.-F. Céline
Dès qu’on arrive quelque part, il se révèle en vous des ambitions. Moi j’avais la vocation d’être malade, rien que malade. Chacun son genre.— L.-F. Céline
Tout lugubre qu’était l’hôpital, c’était cependant l’endroit de la colonie, le seul où l’on pouvait se sentir un peu oublié, à l’abri des hommes du dehors, des chefs. Vacances d’esclavage, l’essentiel en somme, et seul bonheur à ma portée.— L.-F. Céline
Le médecin lui avait appris à trouver le chemin de sa mort à lui.— L.-F. Céline
Il se recroquevillait tellement dans le noir pour tousser sur lui-même que je ne le voyais presque plus, si près de moi, ses mains seulement je voyais encore un peu, qui se rejoignaient doucement comme une grosse fleur blême devant sa bouche, dans la nuit, à trembler.— L.-F. Céline
Il courait son cœur, on pouvait le dire, derrière ses côtes, enfermé, il courait après la vie, par saccades, mais il avait beau bondir, il ne la rattraperait pas la vie. C’était cuit.— L.-F. Céline
Faut se dépêcher, faut pas la rater sa mort. La maladie, la misère qui vous disperse les heures, les années, l’insomnie qui vous barbouille en gris, des journées, des semaines entières et le cancer qui nous monte déjà peut-être, méticuleux et saignotant du rectum. On n’aura jamais le temps qu’on se dit !— L.-F. Céline
Un fou, ce n’est que les idées ordinaires d’un homme mais bien enfermées dans une tête. Le monde n’y passe pas à travers sa tête et ça suffit. Ça devient comme un lac sans rivière une tête fermée, une infection.— L.-F. Céline
En pensant à présent, à tous les fous que j’ai connus chez le père Baryton, je ne peux m’empêcher de mettre en doute qu’il existe d’autres véritables réalisations de nos profonds tempéraments que la guerre et la maladie, ces deux infinis du cauchemar.— L.-F. Céline
la peur me montait des intestins, m’attrapait le cœur et me le tenait, à battre, jusqu’à m’en faire bondir tout entier hors du plumard pour arpenter ma chambre dans un sens et puis dans l’autre jusqu’au fond de l’ombre et jusqu’au matin.— L.-F. Céline
Les membres de ce concile matinal, à les examiner de mon coin, me semblaient tous assez profondément malades, paludéens, alcooliques, syphilitiques sans doute, leur déchéance visible à dix mètres me consolait un peu de mes tracas personnels. Après tout, c’étaient des vaincus, tout de même que moi ces Matamores !… Ils crânaient encore voilà tout ! Seule différence !— L.-F. Céline
La vie ne devient guère tolérable qu’à la tombée de la nuit, mais encore l’obscurité est-elle accaparée presque immédiatement par les moustiques en essaims. Pas un, deux ou cent, mais par billions. S’en tirer dans ces conditions-là devient une œuvre authentique de préservation. Carnaval le jour, écumoire la nuit, la guerre en douce.— L.-F. Céline
Étouffer et souffrir était devenu pour lui comme un état second, voler aussi. On l’aurait bien désemparé si on l’avait rendu bien portant et scrupuleux d’un seul coup.— L.-F. Céline
Papaoutah fendait l’eau comme s’il l’avait suée toute lui-même, douloureusement. Il défaisait une vaguelette après l’autre avec des précautions de pansements.— L.-F. Céline
Je préférais rester stupéfié là, tremblotant, baveux dans les 40°, que d’être forcé, lucide, d’imaginer ce qui m’attendait à Fort-Gono. J’en arrivais à ne plus prendre de quinine pour bien laisser la fièvre me cacher la vie. On se soûle avec ce qu’on a.— L.-F. Céline
Ce qui avait l’air hier encore d’une roche, n’était plus aujourd’hui que flasque mélasse. Des branches pendouillantes, l’eau tiède vous poursuivait en cascades, elle se répandait dans la case et partout alentour comme dans le lit d’un vieux fleuve délaissé. Tout fondait en bouillie de camelotes, d’espérances et de comptes et dans la fièvre aussi, moite elle aussi.— L.-F. Céline
Malade, je l’étais complètement, à ce point que je me faisais l’effet de n’avoir plus besoin de mes jambes, elles pendaient simplement au rebord de mon lit comme des choses négligeables et un peu comiques.— L.-F. Céline
Bébert passait, irrésistiblement emmené, souriant. Il se tenait tout en haut de sa fièvre comme en équilibre, moi en bas à cafouiller.— L.-F. Céline
On finit par se réjouir de pas grand-chose, du très peu que la vie veut bien nous laisser de consolant.— L.-F. Céline
Elle a couru derrière moi, la folie … tant et plus pendant vingt‑deux ans. C’est coquet. Elle a essayé quinze cents bruits, un vacarme immense, mais j’ai déliré plus vite qu’elle, je l’ai baisée, je l’ai possédée au « finish ».— L.-F. Céline
Toute jaune et rouge qu’était maintenant sa figure avec beaucoup de sueur dessus, comme un masque qui serait en train de fondre …— L.-F. Céline
L’univers, pour lui, n’était plus qu’un énorme acide … Il avait plus qu’à essayer de devenir tout « bicarbonate » …— L.-F. Céline
Bientôt, il serait plus que des trous … Les étoiles passeraient à travers avec les renvois.— L.-F. Céline
Ma grande rivale c’est la musique, elle est coincée, elle se détériore dans le fond de mon esgourde … Elle en finit pas d’agonir … Elle m’ahurit à coups de trombone, elle se défend jour et nuit.— L.-F. Céline
Quand la fièvre s’étale, la vie devient molle comme un bide de bistrot … On s’enfonce dans un remous de tripes.— L.-F. Céline
Il m’est monté dans tout le corps de telles bouffées de fièvre … un afflux de chaleur si dense, que je me croyais devenu un autre.— L.-F. Céline
Elle en gémissait comme un chien, toute tordue sur le lino même … À plat par terre qu’elle s’étendait quand mon père était sorti. Elle trouvait ça plus frais que la plume.— L.-F. Céline
Depuis deux, trois mois, il ne dormait plus qu’une heure de nuit … Il en avait la tête ficelée par toute l’inquiétude … comme un seul paquet … le reste le concernait plus …— L.-F. Céline
Je pouvais plus cacher ma joie … Des distractions, des drôleries qui me survenaient dans les tempes.— L.-F. Céline
C’est une idée comme une fièvre. Tu bafouilles et puis c’est marre …— L.-F. Céline
Je tremblais encore comme une feuille … Il m’a redonné des couvertures … Je continuais la grelotte … Il m’a complètement recouvert, enseveli sous un tas de manteaux … Toutes ses peaux d’ours je les avais dessus … Y avait un choix dans l’armoire ! … Je frissonnais quand même … Je regardais les murs de la piaule … Ils avaient aussi rapetissé ! …— L.-F. Céline