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CÉLINE la petite musique

Œuvre

Semmelweis

Les plus beaux passages de Semmelweis, composés à la main et vérifiés mot pour mot.

Dans l'Histoire des temps la vie n'est qu'une ivresse, la Vérité c'est la Mort.
La conscience n'est dans le chaos du monde qu'une petite lumière, précieuse mais fragile. On n'allume pas un volcan avec une bougie. On n'enfonce pas la terre dans le ciel avec un marteau.
Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien, comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est beaucoup plus cher, forcément.
L'heure trop triste vient toujours où le Bonheur, cette confiance absurde et superbe dans la vie, fait place à la Vérité dans le cœur humain.
L'humanité s'ennuyait, elle brûla quelques Dieux, changea de costume et paya l'Histoire de quelques gloires nouvelles.
On peut aimer la chaleur du feu, mais personne ne veut s'y brûler. Semmelweis, c'était le feu.
Aussi haut en effet que votre génie vous place, aussi pures que soient les vérités qu'on énonce, a-t-on le droit de méconnaître la formidable puissance des choses absurdes ?
La Musique, la Beauté sont en nous et nulle part ailleurs dans le monde insensible qui nous entoure. Les grandes œuvres sont celles qui réveillent notre génie, les grands hommes sont ceux qui lui donnent une forme.
L'à-peu-près est la forme agréable de l'échec, consolation tentante... Pour le franchir, l'ordinaire lucidité ne suffit pas, il faut alors au chercheur une puissance plus ardente, une lucidité pénétrante, sentimentale comme celle de la jalousie.
Il a vécu, lui si sensible, parmi des lamentations si pénétrantes que n'importe quel chien s'en fût enfui en hurlant. Mais ainsi, forcer son rêve à toutes les promiscuités, c'est vivre dans un monde de découvertes, c'est voir dans la nuit, c'est peut-être forcer le monde à entrer dans son rêve.
Si l'on pouvait écrire l'histoire mystérieuse des véritables événements humains, quel moment sensible, quel moment périlleux que ce voyage ! Mais il est aussi vrai que la durée, la douleur des hommes comptent peu, somme toute, à côté des passions, des frénésies absurdes qui font danser l'Histoire sur les portées du Temps.
Forçats de la Pensée, voilà, tous, ce que nous sommes.
Mais on n'explique pas tout avec des faits, des idées et des mots. Il y a, en plus, tout ce qu'on ne sait pas et tout ce qu'on ne saura jamais.
Il nous démontre le danger de vouloir trop de bien aux hommes. C'est une vieille leçon toujours jeune.
Le monde ne dure que par l'ivresse généreuse de la santé, une des forces magnifiques de la jeunesse, qui compte aussi l'ingratitude et l'insolence.
Skoda savait manier les hommes, Semmelweis voulait les briser. On ne brise personne. Il voulut enfoncer toutes les portes rebelles, il s'y blessa cruellement.
Rarissime est celui qui, se trouvant au milieu de cette obsession des ambiances qu'on appelle la Fatalité, ose, et trouve en lui la force qu'il faut pour affronter le Destin commun qui l'entraîne.
La fièvre des accouchées ! Divinité terrible ! Détestable ! mais tellement habituelle !
L'homme est un être sentimental. Point de grandes créations hors du sentiment, et l'enthousiasme vite s'épuise chez la plupart d'entre eux à mesure qu'ils s'éloignent de leur rêve.
Mais, décidément, la Raison n'est qu'une toute petite force universelle, car il ne faudra pas moins de quarante ans pour que les meilleurs esprits admettent et appliquent enfin la découverte de Semmelweis.
Il n'y a pas que la guerre dans le cœur des hommes.
Jamais la conscience humaine ne se couvrit d'une honte plus précise, ne descendit plus bas, que durant ces mois de 1849 dans la haine pour Semmelweis.
Je voudrais bien que ma découverte se trouvât à être d'ordre physique, car on peut expliquer la lumière comme on veut, cela ne l'empêche pas d'éclairer, elle ne dépend en rien des physiciens. Ma découverte, hélas ! dépend des accoucheurs ! C'est tout dire...
L'homme finit où le fou commence, l'animal est plus haut et le dernier des serpents frétille au moins comme son père.
Il semble qu'il n'y eût au fond de cet être aucune indulgence pour le sort commun, pour la Mort, et rien de possible en lui qu'une foi immense dans la vie.
C'était le jeu du talent d'expliquer la mort par le « pus bien lié », « pus de bonne nature », le « pus louable ». Au fond, fatalisme à grands mots, sonorités d'impuissance.
Il marquera d'une pierre initiale et une fois pour toutes le point de départ de son esprit vers la découverte : On meurt plus chez Klin que chez Bartch.
Et tous ceux dont nous avons parlé jusqu'ici se contentèrent, pour la plupart, de mépriser la vérité qui leur était offerte ; en voici d'autres beaucoup plus ardents de sottise, militants.
Honte à celui qui ne sait pas choisir l'aspect convenable aux destinées de notre espèce ! Il est bête, il est fou.
Ce fut un très grand cœur et un grand génie médical.
Son œuvre est éternelle.
Il demeure, sans aucun doute, le précurseur clinique de l'antisepsie, car les méthodes préconisées par lui, pour éviter la puerpérale, sont encore et seront toujours d'actualité.